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Mon premier amène à prendre conscience de son identité. Mon second augmente l’estime de soi. Mon troisième aide à s’affirmer. Mon quatrième propose de redéfinir ses relations avec les autres. Mon tout transforme et crée des liens de solidarité avec les autres femmes. Qui suis-je? Robert (le petit) écrit que je suis un contrepoison, un remède contre un mal moral. Vous avez deviné : je suis un ANTIDOTE.

Un Antidote de 524 pages, m’explique Mme Nikole DuBois, auteure du programme du même nom qu’elle a créé pour venir en aide aux femmes. Psychopédagogue et forte d’une longue expérience en milieu rural au Témiscouata, auprès des femmes surtout, Mme DuBois a élaboré une intervention féministe qu’elle a mise sur papier en .

Une approche féministe

Nikole DuBois décrit Antidote comme « une approche qui remet en cause l’inégalité sociale, économique et politique des femmes et qui vise à préciser et changer ce qui les maintient dans cette position ». Avec ce programme, elle cherche à faire prendre conscience aux femmes du moule (le poison quoi! ) dans lequel on les a coincées. Elle encourage les femmes à se défaire de leur carcan, à réagir. « On essaie de voir le prix que ça nous coûte d’être passives. Ensemble, les femmes sont invitées à développer une nouvelle identité personnelle et collective. »

D’identité et d’amour

D’abord une démarche collective (environ une vingtaine de participantes par groupe), Antidote se divise en deux parties : « Une quête d’identité » et « Une quête d’amour ». Une période d’arrêt de plusieurs mois à un an vient ponctuer les deux sessions qui durent chacune dix semaines. « Il faut laisser aux femmes le temps d’intégrer ce qu’elles ont appris avec Antidote I », explique Mme DuBois.

Une quête d’identité

Manque d’estime et de confiance en soi, peur de ne pas être aimée et frustration sont souvent le lot des femmes qui se présentent à Antidote. Pour illustrer ces caractéristiques, l’animatrice utilise un personnage, Madame Chose, qui ploie l’échine sous un sac à dos trop chargé des « lourdeurs », des difficultés vécues par les femmes. Chaque participante est invitée à faire l’inventaire de ce qu’elle traîne dans son « propre sac » : angoisses, responsabilités, peurs… A partir de cet exercice, les femmes constatent à quel point elles partagent souvent les mêmes problèmes. Elles réalisent aussi que leurs comportements sont souvent conditionnés par une image stéréotypée des femmes que leur renvoie la société.

En plus d’aider les participantes à prendre conscience de leur identité et de leurs points communs, on les encourage à exprimer leurs frustrations. « C’est comme une “boule de rage” qu’elles ont en dedans d’elles. Il faut qu’elles osent dire ce qui les dérange », lance Nikole DuBois. Une fois qu’elles ont « vidé leur sac », elles peuvent s’affirmer avec plus de force et de confiance. Et c’est là qu’intervient Madame Quelqu’une qui symbolise le potentiel et les ressources dont disposent les femmes pour s’en sortir. Pour qu’elles deviennent « Quelqu’une », on incite les participantes à poser des gestes concrets comme participer à la vie communautaire, par exemple, au sein de cuisines collectives, ou simplement à entreprendre des actions personnelles dans leur quotidien. Assez curieusement, c’est souvent dans l’allure physique qu’on perçoit les premiers changements. « Certaines femmes prennent plus soin de leur personne », constate Mme DuBois. En somme, elles retrouvent leur fierté.

Une quête d’amour

« On a des amours plus missionnaires qu’autre chose », déplore la créatrice d’Antidote. « Les femmes portent souvent sur leurs seules épaules la réussite du couple et de la famille », poursuit-elle. Aussi, Antidote II essaie de sensibiliser les femmes à leur façon d’aimer, d’entrer en relation avec les autres. Un des exercices proposés consiste à étudier les textes de chansons populaires, des contes de leur enfance et des romans Harlequin, afin de voir quelle image des femmes et des relations amoureuses on y véhicule. Et si on récrivait ces histoires, qu’en résulterait-il? Réponse des participantes : une image beaucoup plus moderne de femmes actives qui prennent leur destinée en main.

Donc, Antidote II vise à accroître l’autonomie affective des femmes. Aimer : oui, mais pas au point de s’oublier. Et réaliser qu’être seule a aussi ses avantages. L’affirmation versus la soumission, voilà le mot d’ordre. Évidemment, tout cela suppose un changement d’attitude avec ses proches. Afin d’éviter les situations trop tendues, l’animatrice essaie d’évaluer avec les participantes les réactions possibles de leur entourage. Et puis, on encourage les femmes à aller à leur rythme, à ne pas tout chambouler d’un seul coup. « On travaille sur une intégration lente mais sûre des changements qu’on veut faire, pour s’assurer d’être gagnante », souligne Mme DuBois.

Et elles furent heureuses, enfin…

Voici venu le temps de se quitter pour les participantes. Elles ont appris à reconnaître leur propre valeur, et celles des femmes en général, et à affirmer leur nouvelle personnalité. Pour fêter cette transformation, elles se marient… Mais attention, il n’y a pas l’ombre d’un homme à l’horizon. « Il s’agit plutôt d’un mariage avec une partie d’elles-mêmes qu’elles avaient oubliée, occultée », assure Mme DuBois.

Actuellement, le Québec compte au-delà de 2 000 femmes plus fortes, plus sereines et prêtes à se frayer un chemin dans la vie après avoir cheminé avec Antidote.

Un phénomène en expansion

Un brin aventurier, Antidote s’est rendu jusqu’en Afrique. En effet, convaincues par le programme, des Sénégalaises venues en mission au Québec sont reparties dans leur pays pour voir si elles pouvaient y faire des petits. Antidote, semble-t-il, s’y porte bien; il a juste troqué son sac à dos pour un panier sur la tête! Le programme poursuit également sa carrière internationale en Picardie où six Françaises, formées par Mme DuBois, vont bientôt commencer à implanter le programme en milieu rural. D’autres groupes, de la Belgique notamment, s’intéressent au projet. Comme quoi, les problèmes des femmes sont universels…

Heureuse du succès de son programme, l’auteure s’en trouve régénérée. « Comme femme, ça me construit, renchérit Nikole DuBois. Ça me confirme dans ma démarche. On m’a même demandé un Antidote III. » Et des gars lui ont demandé un Antidote pour hommes.

« Lorsque j’ai commencé à suivre Antidote, je venais de vivre un divorce. J’étais très renfermée et frustrée », se rappelle Lise Pelletier. Ébranlée par un mariage difficile et prestataire de l’aide sociale, elle s’était inscrite au programme Extra pour avoir une expérience de travail. C’est aux cuisines collectives de Dégelis, où elle se retrouve, qu’elle a suivi le programme Antidote. « Dans ma tête, j’étais une bonne à rien. Ou juste bonne à servir les hommes, c’est comme ça que j’avais été élevée. » Puis, peu à peu, elle prend confiance en elle : « On m’a fait réaliser que j’étais une personne à part entière. Aujourd’hui, je suis une autre femme. Avant, j’avais presque peur d’entrer à l’église, je m’assoyais toujours à l’arrière. Dans mon entourage, poursuit-elle, les gens ont trouvé que je m’étais épanouie. Même mes deux enfants ont vu et apprécié la différence. J’apprends aussi à mon garçon à respecter les femmes. »

Le croiriez-vous? Elle représente désormais les cuisines collectives de Dégelis et en fait la promotion devant des groupes un peu partout au Témiscouata. De surcroît, après avoir suivi des cours, elle effectue maintenant la comptabilité pour les cuisines collectives et pour l’entreprise de son mari. Car elle s’est remariée! « Mais cette fois-ci, j’ai un mari qui me respecte. On porte tous les deux les culottes dans la maison, on se consulte. » A entendre Lise parler avec autant d’entrain et d’assurance, on a peine à imaginer qu’elle ait déjà eu besoin du programme Antidote, et pourtant, elle partait de bien loin, confirme celle qui déclare vivre maintenant pleinement sa vie.

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