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Assurer nos biens relève d’une prudence justifiée. Par contre, faire en sorte que nos proches disposent d’un revenu suffisant advenant notre décès relève à la fois de la clairvoyance, de la générosité et de l’affection que nous portons à ceux qui nous sont chers. Mais les sentiments que nous éprouvons nous mènent-ils aux bonnes décisions en matière d’assurance-vie?

Au départ, le principe de l’assurance-vie est le suivant : une personne paie une prime, sur une base mensuelle ou annuelle, à une compagnie d’assurances. En retour, elle reçoit de son assureur la garantie que le ou les bénéficiaires qu’elle désigne toucheront une certaine somme si son décès survient durant la période de validité du contrat établi. Le montant de la prime à verser par l’assurée est fixé selon son espérance de vie, ce qui fait que plus la personne est jeune et en santé, plus elle a accès à une couverture élevée à moindre coût : tout est en effet calculé en fonction du « risque » que représente l’individu pour la compagnie d’assurances.

C’est là, bien sûr, résumer en quelques lignes un système de protection beaucoup plus complexe au sujet duquel il ne faut pas hésiter à consulter des conseillères, à magasiner et à comparer les produits afin de négocier ou de renégocier la meilleure police d’assurances au prix le plus avantageux. Mais avant d’entamer les discussions, on doit se poser la question qui devrait venir avant toutes les autres : a-t-on réellement besoin d’assurance-vie?

Une hypothèse : vous décédez…

Pas très réjouissant comme approche des problèmes. Mais l’exercice est le même que celui du testament et, dans les deux cas, cela ne fait pas mourir. Donc, supposons que vous décédiez. Y aurait-il une ou des personnes dont le niveau de vie serait menacé par la perte de votre revenu? Actuellement, vos enfants sont-ils à votre charge? Votre conjoint se trouverait-il dans une situation matérielle difficile si vous disparaissiez?

Selon Élise Cormier, professeure en sciences de la consommation à l’Université Laval, l’assurance-vie n’est vraiment nécessaire qu’aux personnes qui ont ce type de responsabilités à l’égard de leurs proches, qu’elles soient plus ou moins jeunes, seules

ou en couple, au travail ou à la retraite. Or bien des gens, par simple générosité, paient de l’assurance-vie pour favoriser éventuellement un parent qui, dans les faits, n’attend pas du tout après cet argent pour vivre. Il faut alors soupeser ce qu’il en coûte chaque année de planifier ce « cadeau » qu’on ne donnera jamais de son vivant. D’autres personnes choisissent ce genre de contribution au bénéfice d’un mouvement ou d’une cause à laquelle elles croient. Encore là, il s’agit d’une volonté de se rendre utile plutôt que d’un service indispensable.

Mais admettons que vous ayez des dépendants : pour combien de temps? Il arrive que des femmes oublient de réévaluer ponctuellement leur situation familiale et demeurent assurées comme si leur toit continuait d’abriter les enfants. Si ces derniers ont une nouvelle adresse depuis quelque temps déjà, occupent un emploi et se débrouillent maintenant avec leur seul salaire, il est sans doute temps de revoir la situation. Des ajustements aux grands changements sont précisément rendus possibles par des contrats d’assurance-vie de durée variable.

Quelle est la différence entre une assurance-vie entière et… une « temporaire 100 ans »?

Il existe une infinité de produits sur le marché de l’assurance-vie, mais on peut les regrouper en deux grandes catégories : l’assurance-vie entière et l’assurance-vie temporaire.

La première, tel que son nom l’indique, a une portée permanente et promet la couverture prévue à partir du moment où le contrat est signé jusqu’au décès de la personne dont la vie est assurée. La prime demeure la même pour toute la durée du contrat, mais elle est beaucoup plus élevée que pour une assurance-vie temporaire. En contrepartie, elle comporte un volet épargne puisqu’une « réserve d’argent » peut être réclamée après un certain nombre d’années si on met fin au contrat. De plus, des participations aux profits de la compagnie peuvent vous être versées, selon la santé de l’entreprise (ces sommes ne sont bien sûr jamais garanties).

Pour Élise Cormier, ce véhicule d’épargne présente peu d’intérêt pour une personne qui s’intéresse à la gestion de ses économies et qui saura trouver ailleurs de meilleures conditions de placement. De son côté, Clorinde Desjardins, qui est courtière en assurance-vie et qui travaille dans le domaine depuis quinze ans, estime que ce type de contrat est en perte de vitesse; dorénavant, beaucoup de ses clients préfèrent souscrire à une assurance-vie temporaire qui coûte moins cher, qui offre plus de souplesse et qui peut même s’étaler jusqu’à 100 ans pour les adeptes d’une certaine… permanence dans le temporaire! A la différence de l’assurance permanente, il n’y a ni de possibilité de rachat, ni de versements de participations.

Par contre, l’assurance-vie temporaire s’adapte aux besoins de l’assurée selon ses obligations pour une période précise : nombre d’enfants, situation professionnelle du conjoint, etc. Combien de temps faut-il assurer sa vie en fonction de ses enfants? Élise Cormier explique que, de nos jours, on soustrait du nombre 25 l’âge du plus jeune enfant : on obtient ainsi la durée conseillée du contrat d’assurance-vie. Autrement dit, on considère qu’il est sage de protéger financièrement nos « petits » au moins jusqu’à ce qu’ils aient leur quart de siècle.

Cinq ans, dix ans, vingt ans : le terme varie selon les circonstances. Il faut toutefois savoir qu’à l’expiration de votre contrat, si vous désirez continuer à souscrire à une assurance-vie, le montant de vos nouvelles primes sera établi selon l’âge que vous aurez atteint; pour une protection équivalente, les frais seront alors nettement plus élevés.

25 000 $? 200 000 $? Quelle est la couverture appropriée?

Le meilleur outil à avoir en main pour établir le montant de la couverture nécessaire est son propre budget, celui de la famille ou du couple selon les cas, ce qui permet une vue précise des revenus, des biens, des dépenses et des dettes. A partir de ce tableau, on peut déterminer exactement ce dont cette famille ou ce couple a besoin pour conserver son niveau de vie. Par la suite, on établit quel est, dans l’ensemble du tableau, l’apport financier de la personne qui compte prendre une assurance-vie, apport qui devrait être remplacé en cas de décès. En bout de ligne, on arrive à un montant de couverture inclus dans un contrat de plus ou moins long terme, assorti de primes plus ou moins élevées selon l’âge de l’assurée au moment de la signature de la police d’assurances. Reste à voir si cette protection financière convient à votre capacité de payer et ce que chaque assureur vous offre comme solution à l’équation.

L’assurance-vie pour soi-même

Pour Clorinde Desjardins, si le fait de souscrire à une assurance-vie constitue d’abord une démarche pour venir en aide aux autres, cela devrait plus souvent représenter pour les femmes un rempart de sécurité pour elles-mêmes, auquel elles veillent d’ailleurs personnellement. « Il n’est pas rare qu’au décès de leur mari, des femmes constatent avec stupéfaction que le montant qu’elles s’attendaient à toucher de la compagnie d’assurances ne leur est pas dû puisque les primes n’ont plus été payées depuis longtemps par l’assuré. » Oubli ou décision personnelle de l’homme qui n’en a pas averti son épouse? Le même problème peut se présenter lorsque deux conjoints se séparent et qu’il y a désignation dans le contrat d’une nouvelle bénéficiaire à l’insu de la précédente. C’est pourquoi Clorinde Desjardins suggère régulièrement à ses clientes d’être les propriétaires du contrat d’assurance-vie de leur partenaire. La personne paie alors les primes d’assurance-vie de son conjoint et, réciproquement, ce dernier se prête au même arrangement. De cette façon, chacun voit à ses propres intérêts.

Les couples auxquels elle propose cette formule y voient-ils une marque de méfiance mutuelle? Selon l’assureure, tout est dans l’art de présenter les choses pour que cette formule apparaisse avant tout comme un moyen de faire de l’assurance-vie une protection infaillible. Après tout, on n’est jamais si bien servie…

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