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Martine Doyon

Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, affirme Claudia Larochelle en titre du recueil de nouvelles qu’elle vient de publier. La pétillante journaliste et auteure n’a peut-être pas de platebandes colorées, mais elle sait aborder avec brio des thèmes difficiles comme la mort, la solitude et le désespoir.

Gazette des femmes : C’est quoi, pour vous, une bonne fille?

Claudia Larochelle : Dans ce qui est socialement convenu, une bonne fille, c’est justement une fille qui plante ses fleurs au printemps, qui ne fume pas, ne boit pas, fait du yoga, est soignée, a un agenda hyper chargé qu’elle maîtrise à la perfection, etc. Toute ma vie, j’ai essayé de correspondre à cette définition, mais j’en suis incapable, car je suis pleine de faux plis. En même temps, selon moi, la bonne fille n’existe pas : sous le vernis, il y a toujours plein de bibittes, de trucs dégueulasses.

Pourtant, on essaie toutes d’en être une. Parce que c’est respectable. Parce qu’on nous a conditionnées à être de bonnes petites filles… Aujourd’hui, les femmes sont beaucoup plus libres, notamment de ne pas être parfaites. Elles devraient jouir de cette liberté-là! Mais comme la société leur impose une certaine perfection, elles essaient de l’atteindre, n’y parviennent pas, en souffrent, finissent par devenir malades, par faire des dépressions, voire par vouloir mourir. Dans la nouvelle Cannibale, je me suis inspirée d’un fait divers : une mère qui, par désespoir, décide de s’enlever la vie et d’enlever celle de son enfant. Ça arrive, mais qu’est-ce qui fait que ce déclic survient, alors qu’en apparence la femme est si parfaite?

Dans votre nouvelle Lettre à Béatrice/Maximilien, une mère s’adresse à son futur enfant et dit « naître femme est une malédiction ». Dans quel sens?

Je ne voudrais pas être un homme, mais je trouve qu’il est très difficile d’être une femme et je suis persuadée que vieillir est plus ingrat pour nous. Pour beaucoup, c’est un combat de tous les instants, car les diktats de la beauté sont redoutables. On parle de physique, ici, mais ça se répercute sur le plan social aussi; je trouve épouvantable la façon dont on traite les vieilles dames en particulier. On ne les voit plus, ni l’histoire qu’elles portent en elles. Elles sont anonymes. Pourtant, j’ai souvent de meilleures discussions avec elles qu’avec des jeunes. J’ai un très grand respect pour mes grands-mères, pour leur ouverture d’esprit, leur espèce de lucidité imparable. Elles portent un vécu et, d’après moi, on doit honorer ça.

Parmi les thèmes abordés dans vos nouvelles, celui de la mort – souvent désirée – est récurrent. Pourquoi?

Le suicide est un sujet qui me préoccupe. Peut-être est-ce parce que je côtoie des êtres d’une extrême sensibilité, d’une extrême fragilité, mais beaucoup de gens de mon entourage se sont suicidés [NDLR : dont Nelly Arcan, qui était une amie]. Aussi, ce n’est pas quelque chose qui m’échappe totalement. Adolescente, j’y ai pensé. J’étais assez sombre, mélancolique, je n’avais pas le bonheur facile. En vieillissant, c’est sûr qu’on change notre perspective de la vie; en tout cas on essaie. Mais j’ai toujours été obsédée par la mort. Ce n’est cependant pas une fascination morbide. C’est plus un désir de la contrôler avant qu’elle ne survienne.

Page couverture du livre.
Claudia Larochelle, Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Leméac, , 128 p.

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