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Elle était religieuse. C’était hier, au temps du missionnariat. Mais aujourd’hui, qui est donc « la coopérante », cette femme qui s’expatrie pendant tout un pan de sa vie? Que sait-on d’elle? Peu. Pour l’instant, elle n’existe pas en tant que « créature statistiquement patentée ». À défaut d’un portrait impeccable, allons-y pour l’esquisse.

D’abord la toile de fond, sur mode « androgyne ». Depuis vingt ans, le coopérant a vieilli. Il avait en moyenne 25 ans, il en a aujourd’hui près de 40. C’est que les pays en développement se sont… développés. Leurs populations ont acquis connaissances et compétence. En coopération, les besoins à combler ont suivi le mouvement et se sont haussés d’un cran. Aujourd’hui, les postes exigent un c. v. plus étoffé. La scolarité moyenne du coopérant est donc grimpée de 12-15 ans à 17-18 ans. Maîtrises et doctorats ne sont plus rares sur le terrain. Conjoncture économique oblige, de nouveaux joueurs ont fait leur entrée sur l’échiquier : jeunes préretraités, finissants sans emplois, professionnels expérimentés expulsés du marché du travail. Durée des séjours? Des termes d’un ou deux ans, ordinairement renouvelables. Renouvelle-t-on? Oui, la plupart du temps pour un autre terme, indique-t-on à OXFAM.

Comment se détachent les femmes sur ce fond de scène? Partout on s’entend : il y a plus de coopérantes qu’avant. Selon les organismes, les femmes forment entre le tiers et la moitié du contingent. Parfois même, elles sont majoritaires. Mais encore? Francine Roberge, du Centre canadien d’études et de coopération internationale (CECI), l’un des chefs de file au pays dans l’envoi de coopérants à l’étranger, accepte de livrer impressions et statistiques diverses pour construire un portrait-robot. « La coopérante est en général un peu plus âgée que son collègue. Environ la moitié des coopérants sont célibataires; si les hommes seuls forment le plus fort des troupes, le nombre de femmes qui osent le départ en solo grossit sans cesse. Depuis une quinzaine d’années, des mères monoparentales se glissent dans les rangs et quittent avec bagages et enfants. Les destinations des femmes? Pas de préférences marquées. En revanche, plusieurs réclament un minimum décent : approvisionnement en eau au moins une fois la semaine, plancher de béton pour ne pas marcher sur les bestioles… Pour des raisons de sécurité, elles sont peu attirées par la vie de brousse. Les hommes ont peut-être tout aussi peur mais, par bravade, l’affichent moins ».

Selon des données fournies par l’Agence canadienne de coopération internationale (ACDI) les secteurs d’activité qui attirent le plus de candidates sont l’éducation, la gestion, le développement des ressources humaines, la santé et la nutrition ainsi que l’agriculture. Un domaine de coopération a particulièrement explosé depuis dix ans; celui de l’intégration des femmes au développement. Signe des temps?

Reste à savoir ce qui séduit les femmes dans la coopération. « Comme les hommes, elles veulent vivre une expérience, transmettre leurs connaissances, observe Francine Roberge. En fait, beaucoup de coopérantes et de coopérants ont le goût de donner quelque chose. Mais les hommes l’avouent moins spontanément; ils ne confieront pas non plus qu’ils veulent trouver un sens à leur vie. S’ils s’ouvrent, ce ne sera qu’avec beaucoup de détours et de justifications. Les femmes qui ressentent cette impulsion disent clairement : « Je veux partir pour aller aider, me sentir utile. » Pour elles, ça va de soi ».

  1. * Gouvernement du Canada, ACDI, Données sur les spécialistes outre-mer financés par l’Aide publique au développement (APD), .

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