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Photographie de Mme Julie Miville-Dechëne, présidente du Conseil du statu

L’historienne Micheline Dumont termine son très beau livre Le féminisme québécois raconté à Camille en invitant les jeunes femmes à dire comment elles veulent modifier le discours et les stratégies traditionnelles des militantes féministes afin de se reconnaître dans le mouvement des femmes : « Les bonnes vieilles méthodes de vos arrière-grand-mères sont périmées, et celles de vos mères aussi. D’accord. C’est à vous d’en inventer de nouvelles. »

Oui, il y a une déconnexion inquiétante entre le discours militant et les préoccupations des Québécoises, qui ne perçoivent plus la nécessité de se battre pour progresser en matière d’égalité des sexes. Et c’est trop facile de penser que le problème se situe du côté de celles qui ne nous écoutent plus, plutôt que d’être lié à notre façon de transmettre nos messages. Comment sortir de cette impasse, comment mieux faire part des préoccupations d’un plus large éventail de femmes au Québec?

Entendons-nous : le mouvement en faveur de l’égalité des sexes ne fera jamais l’unanimité. Certains jugent, par exemple, que si les femmes ne sont pas aussi présentes dans les lieux de pouvoir, c’est qu’elles ne veulent pas y être, tout simplement. Elles aspirent, dit-on, à un équilibre travail-famille qui freine leurs ambitions. D’autres, et j’en suis, pensent au contraire qu’il faut favoriser des efforts supplémentaires de recrutement, notamment en « récompensant » les partis politiques ou les entreprises qui atteignent des cibles témoignant d’une représentation équitable des sexes. Ce qui est rassurant, c’est que les jeunes femmes et hommes croient en l’importance de l’égalité entre les sexes. Un sondage Angus Reid mené en août auprès d’un millier de jeunes Canadiens de 12 à 17 ans révèle que 96 % des répondants pensent que les filles devraient avoir les mêmes possibilités et les mêmes droits que les garçons afin de faire leurs propres choix de vie.

Là où ça se gâte, c’est que 31 % des jeunes hommes canadiens croient que le rôle le plus important de la femme est de prendre soin de sa maison et de cuisiner pour sa famille. (Seulement 15 % des jeunes Britanniques croient la même chose.) Et 48 % d’entre eux estiment que les hommes devraient être responsables de gagner un revenu pour faire vivre la famille. Ce sont les jeunes Québécois qui sont le plus en accord (53 %) avec cet énoncé. Enfin, 45 % des jeunes Canadiens (32 % des Québécois) sont d’accord avec l’idée que pour être un homme, il faut être dur (tough). Bref, les stéréotypes sexuels ont la couenne dure, malgré des décennies de travail.

Faut-il pour autant se décourager? Non, car les mentalités sont difficiles à changer, et l’inégalité imprègne nos structures et nos institutions. L’organisme Plan International, qui a commandé ces sondages dans plusieurs pays, affirme qu’il est temps de changer de stratégie dans un rapport intitulé Parce que je suis une fille. La situation des filles dans le monde 2011. Et les garçons dans tout ça? « À moins que les jeunes hommes et les garçons travaillent aux côtés des filles et des jeunes filles pour contester les relations de pouvoir inégales, l’égalité des droits pour les femmes et les hommes restera un rêve bien lointain », mentionne l’organisme qui œuvre au mieux-être des enfants dans plus de 60 pays en développement. « Engager les garçons et les jeunes hommes avec sincérité dans le recadrage des définitions de masculinité saines et non violentes est essentiel pour promouvoir les droits des filles et des jeunes femmes – et assurer que l’objectif d’égalité des sexes est atteint », ajoute-t-il plus loin.

Au Québec, la question de la mixité dans le combat pour l’égalité des sexes divise les féministes. Certaines croient qu’il est temps d’associer les hommes à leurs efforts, d’autres pensent au contraire que les femmes doivent continuer à choisir seules les batailles à mener, quitte à intégrer les hommes ensuite.

Au-delà de ces débats, à titre de nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme, ma première préoccupation est de vous écouter afin que nous nous dirigions dans la bonne direction. La porte est grande ouverte grâce à notre nouveau webzine qui, dès à présent, vous encourage à réagir à nos articles, à proposer des sujets, bref, à démarrer un dialogue constructif.

À vous la parole!

  1. Because I am a Girl

Qu'en pensez-vous?

6 Réactions

  1. Raymonde Plamondon

    Bonjour,

    Je suis d’accord avec votre propos. Je dis toujours que rien n’est tout blance ou tout noir. La nuance est importante autant pour ne pas mettre de côté l’appui des hommes qui sont dans les faits, nos conjoints, nos maris, nos alliés dans le travail et dans les décisions à prendre.
    Je côtoie régulièrment des hommes, ils appércient que je leur fasse par de mes préoccupations mais n’aiment surtout pas qu’on les relaient au second plan. Paradoxale me dirai vous, en effet, il n’est pas toujours évident de faire valoir notre point de vue sur le droit des femmes en général parce que je crois que notre perception en tant que femme ou homme est très différente et traitée différemment par l’un et par l’autre.

    Je persiste à croire que nous devons faire valoir nos points de vue de femmes pour faire avancer la société en s’assurant que les hommes ne considèrent pas cela comme une critique mais comme une opinion au même titre que la leur.

  2. Suzanne Legault

    Correction au texte que je viens de vous faire parvenir:
    Comme disait un pakistanais avec qui je travaillais:

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