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Une nouvelle formule de participation des parents sera mise en avant dans les écoles publiques dès . Au lieu de se limiter bien souvent à un droit de vote sur les dépenses liées à l’achat de biscuits pour Noël, un conseil d’établissement aura des pouvoirs accrus, semblables à ceux d’un conseil d’administration. Les femmes se verraient-elles enfin offrir l’occasion de jouer un véritable rôle dans les coulisses de l’éducation?

Jusqu’à maintenant, les parents désireux de prendre part à la vie d’une école publique à l’intérieur des mécanismes prévus par la loi pouvaient se joindre au comité d’école et au conseil d’orientation. Sans se noyer dans les détails, disons qu’il s’agissait là de structures leur permettant de travailler en équipe avec la direction et les enseignants, de s’informer des activités d’apprentissage et des objectifs pédagogiques, d’annoncer des projets et de donner des avis.

Comité et conseil : on a souvent reproché à ces entités de se ressembler, d’occasionner des chevauchements de mandats et de doubler le nombre de réunions pour des bénévoles souvent contraints de faire partie des deux instances à la fois, faute de volontaires! Et même si les membres en tiraient une expérience positive d’une manière générale, le pouvoir décisionnel des parents y tenait pour peu de chose. Nombre de femmes ont tenté, sans succès, d’assumer des responsabilités plus tangibles pour influer sur la qualité des services éducatifs. À force de dynamisme et de persévérance, certaines d’entre elles ont réussi à enrichir le milieu scolaire en organisant le financement de bibliothèques, en supervisant l’implantation de l’informatique, en participant à la distribution de lait aux enfants des milieux défavorisés ou en empêchant la fermeture d’écoles de quartier. Mais le cadre d’action ne leur a facilité ni la tâche ni la prise de décision.

Aujourd’hui, alors que les fusions de commissions scolaires semblent créer des superstructures pour gérer les budgets, la décentralisation donne aux écoles une plus grande marge de manœuvre pour se rapprocher des collectivités locales. Dans ce nouveau contexte, qu’en est-il au juste du pouvoir accru des parents? Suivant la réforme de la ministre Marois, les écoles primaires et secondaires seront désormais dotées d’un conseil d’établissement composé d’au plus vingt personnes, soit des parents d’enfants fréquentant l’école, des membres du personnel scolaire, des services de garde et de la communauté ainsi que des élèves du secondaire. Il est également établi que la direction assiste aux séances du conseil et une ou un commissaire peut y être convié. Fait à noter, compte tenu du nombre de personnes par groupe et de l’organisation du droit de vote, les parents, parmi lesquels se trouve nécessairement le président ou la présidente du conseil, détiennent la moitié des voix.

Résultat de nombreuses années de revendications, les pouvoirs dévolus aux parents sont enfin élargis. On parle notamment d’un droit de regard sur les façons d’appliquer le régime pédagogique, sur l’orientation des programmes d’études, sur le temps alloué aux matières ou sur la programmation des activités éducatives. Cependant, bien que les responsabilités soient plus lourdes, le conseil d’établissement en compte moins qu’avant. Les mères bénévoles intéressées par la fonction auront-elles le temps de s’informer suffisamment, de prendre les dossiers en charge, de défendre leurs positions? Militante auprès des comités d’école dans la région de Montréal depuis une douzaine d’années, Diane Guilbaut, dont la famille compte quatre enfants, se pose aussi la question. Avant de porter un jugement, elle attend de voir si la loi et les principes la sous-tendant auront vraiment pour effet d’accroître le champ d’action des parents et si ceux-ci pourront compter sur toute l’aide voulue pour remplir leurs tâches. Chose certaine, témoigne-t-elle, les femmes qui ont des enfants d’âge scolaire gagnent beaucoup à s’intéresser à ce qui se vit en classe. « De nos jours, l’école représente le village, le lieu communautaire par excellence. Et, en plus, c’est l’endroit où l’on forme la tête de nos enfants… »

Agente d’information, Diane Guilbault a l’habitude du monde des communications, ce qui lui a souvent été précieux. Menant une lutte ardente en faveur de l’école d’éducation internationale à Saint-Hubert, engagée dans un projet de 150 000 $ pour réaménager une cour de récréation, elle a également collaboré à l’organisation de marchés de fleurs en vue de collecter des fonds pour acheter des manuels scolaires et des logiciels. À maintes reprises, il lui a fallu aller bien au-delà des murs de l’école pour défendre… l’école. À preuve, des lettres adressées à la commission scolaire et aux ministres de l’Éducation, des pétitions, des représentations aux assemblées de commissaires et en commission parlementaire et même une émission de télévision pour un face-à-face avec Lorraine Pagé!

Mme Guilbault ne compte plus ses interventions au sein d’une équipe elle-même très mobilisée. Elle se demande d’ailleurs si, dans une école encore plus autonome qui devra coller d’assez près aux réalités locales et où les parents seront davantage sollicités, l’on ne creusera pas les écarts sociaux. D’un côté, il y aura les écoles dans lesquelles les parents sont mieux outillés pour faire valoir leur point de vue et obtenir du financement et, de l’autre, un milieu qui sera moins en mesure d’imposer ses priorités. Et cela, évidemment, au détriment des enfants.

Commissaire d’école dans la même région, France Allard s’en prend, elle aussi, à la charge de travail qui incombera aux bénévoles. « On a souvent observé que les parents qui prennent part aux comités sont efficaces à partir de la deuxième année. Mais ils seront peut-être trop essoufflés après un an pour envisager de continuer. » Par contre, elle accueille favorablement les nouvelles possibilités d’action. « Si je suis devenue commissaire, c’est parce que j’en avais assez de ne rien décider en tant que membre d’un comité d’école. » C’est à ce titre qu’elle a pu constater que, dans les sphères du pouvoir scolaire comme ailleurs, plus on monte, plus la présence des hommes s’affirme. De là à prédire que les nouveaux conseils d’établissement seront assiégés par les pères… « Peut-être bien, répond-elle, car les conseils d’administration attirent des candidats surtout. » Chose certaine, il y aura moins de sièges disponibles, et la concurrence sera forte entre les aspirantes et les aspirants. Jusqu’ici, les femmes n’avaient la plupart du temps qu’à lever la main lors de l’assemblée générale annuelle des parents pour se faire élire. Qui sait si, cette fois-ci, elles ne devront pas convaincre pour y arriver? À bonne entendeure…

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