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Les jeunes sont-ils les plus mal pris dans la déroute identitaire masculine? L’occasion fournie par la publication des résultats du sondage commandé par La Gazette des femmes est trop belle. Au-delà des réponses sages, c’est comme si le feu couve sous la cendre. Le féminisme aurait-il fauché par mégarde l’âme des garçons?

Retards scolaires à la pelletée, décrochage, chômage à la hausse, taux de suicide affolant : les manchettes des journaux montrent les gars sous un éclairage cru. « Une énorme crise des gars est en train d’émerger sans que l’on y prenne garde », alertait récemment, dans le Washington Post, Barney Brawer, responsable d’un projet sur l’évolution des garçons à l’Université Harvard. « Il s’est produit un incroyable déplacement des plaques tectoniques des genres. Tout ce que l’on a cru vrai jusqu’à maintenant doit être réexaminé. »

Aux États-Unis, une foule de magazines, de livres et de recherches commencent à scruter un certain Little boys blues. Tout le monde n’est pas chaud à l’idée de laisser sortir le chat du sac. Au Québec, des organismes auraient, dit-on, accueilli tièdement des demandes de subventions destinées à la recherche dans ce nouveau champ d’études. De son côté, Madeleine Gauthier, l’experte du dossier jeunesse à l’INRS-Culture et Société, rapporte s’être fait censurer plusieurs fois au cours des dernières années pour avoir osé s’inquiéter sur la place publique de l’avenir des jeunes hommes. « Laisse-les se défendre eux-mêmes, lui a-t-on intimé. Qu’ils se débrouillent. » La revue Outlook de l’American Association of University Women met le doigt sur l’irritant : « Nombre de personnes, notamment les féministes, craignent que l’on retourne les projecteurs trop vite sur les gars, alors que les filles n’ont eu le temps de profiter que d’une nanoseconde d’attention. »

Les garçons paient pour les pots cassés à la place des véritables coupables, estime l’anthropologue et le caustique observateur du genre humain qu’est Bernard Arcand. « La génération d’hommes visée par le féminisme est toujours en poste et elle s’en tire en toute impunité. Discrimination positive, programmes d’égalité en emploi, etc., ce sont les jeunes hommes qui font les frais des erreurs commises par leurs aînés. » Les pères transmettent symboliquement leurs privilèges sociaux à leurs filles. « Les féministes sont peut-être en train de faire subir à leurs fils le même genre d’injustice dont elles ont été victimes. »

« Le monde est devenu hostile aux garçons, dénonce William S. Pollack, un psychologue américain qui publiait un livre au début de l’été pour expliquer comment rescaper les gars du péril. Pollack s’insurge contre ce brusque revirement en faveur des femmes qui, à son avis, hypothèque lourdement l’avenir des jeunes garçons. « Ils sont devenus « toxiques ». Comme si la société craignait qu’ils infectent les filles de je ne sais trop quelle tare sociale. » Si la publicité est le reflet fidèle de ce que nous sommes, on serait tentés de le croire. L’homme, spécialement le jeune homme, est le mou, le twit, l’imbécile de service. Observez : même lorsqu’il s’agit de mousser des symboles virils de toute éternité telle la bière, il se fait damer le pion par des superfilles plus futées, plus fortes que lui, mieux quoi.

Une chose est sûre :les gars avancent dans la vie bombardés de messages contradictoires. Malin le jeunot qui peut décoder aujourd’hui ce que l’on attend de lui. Ainsi, les résultats d’une recherche menée en 1995 démontrent que la population, malgré ses beaux principes sur le nouvel homme, attend encore du Mâle qu’il se conforme en tous points aux stéréotypes conventionnels! Une constante dans toutes les études, rapporte Gilles Tremblay, travailleur social et psychothérapeute auprès d’une clientèle d’hommes. « On dénigre haut et fort les machos mais, en même temps, on fait pression sur les garçons pour qu’ils ne s’éloignent pas trop du modèle. Allez donc vous dépêtrer là-dedans. Les plus forts arrivent à naviguer, mais les plus fragiles trouvent le jeu dur. » William S. Pollack en rajoute. « Un homme est fort? C’est un violent! Il est viril? Regardez l’obsédé sexuel! Il ressent l’appel du large? Quel irresponsable! Même l’homme intelligent n’est pas à l’abri : on en fera tôt ou tard un arrogant, un sexiste et un raciste! »

Le seul à rallier tous les suffrages, c’est le coureur automobile Jacques Villeneuve, note Bernard Arcand. « Le secret de son succès? Au volant, c’est un tueur, mais, dans la vie, il est poli et bien élevé. Il réussit le tour de force de sentir à la fois l’huile à moteur et la poudre pour bébés. » Ce qui n’est quand même pas à la portée du premier venu.

En mal de modèles, les gars sont mal pris. Les aurait-on condamnés à errer dans un no man’s land identitaire? Carlos Ouellet, 26 ans, s’est bricolé une réponse qui lui convient. Pour être un gars correct, résume ce fils de féministe, il faut être « tout ce que nos pères n’étaient pas ». Sauf que, parfois, il est dérouté. « Ma blonde aime les hommes en uniforme parce qu’ils symbolisent la force, l’autorité. Elle me répète souvent qu’elle me voudrait plus directif, plus « animal » dans ma façon d’être avec elle. Un peu moins « rose »… » « Tu me veux l’aventurier qui chevauche sa moto, mais de retour à temps pour changer la couche du bébé », ironise le tube Échappé belle. Beau dommage qu’il est difficile de devenir un jeune homme bien par les temps qui courent!

Quand on laisse le choix aux garçons, l’imagerie virile reprend vite ses droits. Quatre-vingt-huit pour cent d’entre eux s’identifient aux stéréotypes qui caractérisent leur sexe, alors que seulement 44 % des filles en font autant selon une étude menée par le Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire de l’Université Laval auprès d’environ 2000 élèves de troisième secondaire. L’obstination des jeunes à se complaire dans leur habit du « vrai gars » indiscipliné qui traite les premiers de classe de nerds et hait l’école pour s’en confesser les perdra, pronostique un des responsables de la recherche, Jean-Claude Saint-Amant. « Pendant ce temps, les filles font l’inverse. Le modèle féminin étant peu stimulant, elles y tournent le dos et marchent dans les pas de leurs aînées battantes. Et plus loin encore. Résultat : elles travaillent fort, et triomphent. » Les gars sont ainsi depuis toujours, croit cependant le chercheur. Sauf qu’avant il y paraissait moins. Seule l’élite accédait à l’éducation avancée, et les filles, refoulées à l’entrée, n’offraient pas de point de comparaison.

Changer les gars? Ne vaudrait-il pas mieux aussi changer l’école? « Faut-il modifier les routes parce que les jeunes conducteurs ont nettement plus d’accidents que les jeunes conductrices? », rétorque Jean-Claude Saint-Amant. Quant à savoir pourquoi les gars ne changent pas eux-mêmes… « Les filles ont tout à gagner à s’éloigner du modèle classique. Les gars pressentent instinctivement qu’ils perdent des prérogatives au fil des mutations sociales. »

« Hier, être un homme, c’était « ne pas être une femme. » Maintenant que les filles se sont approprié tout ce que les hommes avaient, ceux-ci sont bien embêtés », constate Bernard Arcand. D’autant plus que l’on ne leur a pas renvoyé la balle. Au fait, on leur laisse quoi aux gars? La vaisselle? Même là, on a tellement dévalorisé le travail domestique que plus personne ne veut le faire ». Éric Laplante, 34 ans, ne le sait que trop. Son mariage s’est échoué quelque part sur le terrain glissant des tâches ménagères. « Chaque fois que ma femme devait passer le balai ou laver la toilette, elle éprouvait un profond ressentiment, se sentait dégradée. Le symbole était trop fort; elle n’a pas réussi à relativiser le message féministe. Notre mariage en a payé le prix. Le partage des tâches est lourd de sens : les différends de beaucoup de couples se cristallisent autour de la façon de plier le linge. »

Que les gars le veuillent ou non, la société « rosit », affirme Jean-Marc Léger, président de Léger & Léger, en s’appuyant sur les résultats d’une récente enquête effectuée par sa maison de sondage. On a demandé aux gens de réagir à une série de mots en indiquant s’ils les trouvaient « agréables » ou « désagréables ». « On assiste à un déplacement. Dans le passé, la population québécoise privilégiait les concepts dits moraux (économiser, perfection, concret), traditionnellement liés aux hommes de 35 ans et plus. Aujourd’hui, les mots qui font allusion à l’harmonie (relations humaines, culture, tendresse) ont la cote. Or, coïncidence, ce sont ceux qu’affectionnent les femmes de 35 ans et plus. » Les jeunes femmes plébiscitent tout ce qui se rapporte au plaisir (sensualité, île, émotion). « Moralité, harmonie et plaisir peuvent, à la limite, très bien cohabiter ». Un seul groupe se trouve isolé: les jeunes hommes.

« Les gars de 35 ans et moins apprécient les mots liés à l’opposition (danger, orage, ironie), poursuit Jean-Marc Léger. Non seulement ils se situent complètement à l’opposé des valeurs dominantes d’harmonie, mais, en plus, ils accolent une valeur positive à des mots comme armure, fusil, rigide et attaque. Ce n’est pas normal. Ils sont beaucoup moins roses que leurs aînés. Dans leur cas, je parlerais plutôt d’hommes noirs. Probable qu’ils s’adouciront un peu avec l’âge. Reste que l’écart entre eux et la majorité est nettement plus prononcé qu’il y a 30 ans et qu’actuellement le Québec est l’endroit au monde où il est le plus tranché. Il y a là un potentiel explosif, un danger de rupture », prophétise Jean-Marc Léger.

Faut-il dire : « Pitié pour les garçons » comme le faisait L’Actualité en 1992 dans un article qui les dépeignait comme les grands oubliés d’un monde de plus en plus pro-femmes? Le féminisme a-t-il fauché par mégarde l’âme des petits garçons? Pas si vite le mea-culpa!

Ne court-circuitons pas, avertit Jean-Marc Léger. « La révolte latente des gars n’est pas dirigée contre les acquis des femmes, mais contre ceux de la génération précédente qui, vieillissement aidant, en compte beaucoup. Ils se sentent écrasés par les baby-boomers, non par les femmes. »

Le féminisme n’explique pas tout : ce n’est qu’un mouvement parmi bien d’autres, juge le politologue et sociologue Pierre Noreau qui s’intéresse à la question de l’insertion sociale et professionnelle. Si les gars broient davantage d’idées noires que les filles de leur âge, c’est qu’ils sont aussi plus bousculés qu’elles par une foule de phénomènes qui n’ont rien à voir avec les luttes féministes. « Faire l’équation que le féminisme est responsable de tous leurs malheurs est extrêmement réducteur. Simpliste même. Si le féminisme a pu s’épanouir, c’est que la société était prête à cela. Votre sondage prouve que le mouvement d’affirmation des femmes n’a pas engendré de traumatismes graves chez les hommes, non? Le concept de « crise d’identité masculine » est à la mode depuis un certain temps parce qu’il fait l’affaire à la fois des sociologues et des psychologues, estime-t-il. La réalité est autrement plus compliquée. »

Il faut élargir l’analyse en scrutant notamment les transformations survenues dans la structure du travail, soutient Pierre Noreau. « La pyramide s’est renversée : le secteur des services qui englobe les trois quarts des emplois à l’heure actuelle a pris le pas sur l’industrie. Les gars ne peuvent plus espérer s’en tirer par la seule force de leurs bras. Les filles sont avantagées, car ce secteur leur ouvre beaucoup de possibilités. En plus, elles sont sûres de dépasser leur mère. Leur situation se compare à celle des gars des classes ouvrières des années 50 et 60. Portés par leur famille et leur entourage disposés à faire des sacrifices pour eux, ils avaient le vent dans les voiles parce qu’ils étaient certains de faire mieux que la génération précédente, de se hisser plus haut qu’elle. » Le dépassement est, de toujours, l’aiguillon qui stimule une génération par rapport à une autre. Actuellement, le modèle masculin plafonne. « Les jeunes hommes calculent que leurs chances sont extrêmement minces de réussir mieux que leur père. Ce serait plutôt le contraire. Quand on doute que le meilleur soit à venir, pourquoi faire des efforts? »

Le problème des gars est celui de la socialisation, fait valoir quant à lui Jean-Claude Saint-Amant. « On ne leur enseigne pas assez à s’autodiscipliner, à se responsabiliser. Quand ils sont petits, on leur en laisse passer beaucoup plus qu’aux filles. Il faut mieux les encadrer, leur apprendre à être sérieux. » Même Germain Dulac, tout expert en condition masculine qu’il soit, confesse préférer… les filles comme assistantes de recherche : « Que voulez-vous que je vous dise? Elles sont plus rigoureuses, plus perfectionnistes, plus ponctuelles même que les gars. »

Cela dit, le sociologue s’inquiète, mais, pour lui, « le féminisme n’est pas la cause de la déroute des garçons ». Ce qui a réellement tout balayé sur son passage, c’est le vent des années 60. « Sexe, drogue et rock’n roll. On voulait tout, ici et maintenant. Finies les contraintes. Alors on a tout balancé, y compris les valeurs morales bourgeoises. Or, historiquement, les critères de masculinité étaient ceux de la morale sociale. Lorsque cette dernière s’est effondrée, la masculinité a foutu le camp. Et les jeunes gars ne s’y retrouvent plus. » Le féminisme a tout au plus contribué à achever d’égrener un monument déjà déboulonné. Cassée l’image. Et disparus les exutoires. « Avant les gars se réalisaient naturellement dans l’action : « Je fais, donc je suis ». Nous étions des guerriers, de grands artistes, de brillants travailleurs. Maintenant, la guerre se fait heureusement rare, devenir artiste demande un courage fou, et le travail est en pleine crise. Tirez vos conclusions ».

Attaques sournoises, razzias, fusillades à l’aveuglette, les gars expriment leur malaise avec une incroyable violence, observe Germain Dulac. « Les valeurs viriles traditionnelles font un retour en force, sauf que l’élément clé qui les accompagnait hier, la maîtrise de soi, a aussi disparu dans le tourbillon du mouvement de contre-culture. » Montée de la droite, xénophobie, mondialisation à saveur « bigbrotherienne »: « Insidieusement, tout ce qui était annoncé dans le film L’Orange mécanique se met en place. » Et ce ne sont pas des mouvements comme les Promise Keepers qui prêchent un retour aux valeurs chrétiennes et aux rôles traditionnels masculins qui vont arranger les choses… « Sauf qu’ils ont cerné un élément fondamental : l’articulation entre paternité et spiritualité. Ils redonnent à près de deux millions d’adhérents ce dont ils ont soif : retrouver la fierté morale d’être père. »

Pour aider ses fils, le Québec aurait lui aussi intérêt à redonner au plus vite un socle à la figure paternelle, pense Gilles Tremblay. « On a terriblement disqualifié le père. Construire une identité masculine forte sans la paternité, c’est impensable. » S’entendre sur une définition serait déjà un bon début. Si l’on se fie à une enquête sur le sujet effectuée par l’hôpital Sainte-Justine et le CLSC Côte-des-Neiges auprès de pères québécois, vietnamiens et haïtiens, il y a du travail sur la planche. Les premiers se sont démarqués des autres par le flou désolant de leurs réponses! « Les féministes ont mis au point des modèles pour les femmes. Il est urgent pour nous d’en faire autant », conclut le travailleur social. Germain Dulac fournit une explication à ce vacuum : un excès de confiance. « Beaucoup d’hommes de ma génération, moi y compris, ont emboîté le pas au féminisme en croyant que Mère Nature serait aussi l’avenir des hommes. Nous sommes maintenant revenus de nos illusions : les féministes travaillaient pour les femmes, point. Je ne le leur reproche pas, mais, admettons-le, nous avons été bien naïfs. »

Les gars se contentent de réagir au brasse-camarade des filles, déplore Éric Laplante. « Quel type de père, d’homme voulons-nous être? Beaucoup sont incapables de répondre. En matière de garde lors d’un divorce, par exemple. Nous voulons voir nos enfants? Nous en occuper? Disons-le clairement. Il nous incombe de parler. » Le pendule va se recentrer, pourvu que les gars prennent leur place et déterminent leurs propres limites « même si cela sous-entend un nouveau calibrage des chasses gardées féminines, comme le soin des enfants », ajoute Yvon Lebel, membre d’un groupe de travail qui prépare un avis sur les jeunes pour le Comité de la santé mentale du Québec.

Yvon Lebel refuse cependant le pessimisme. « Les jeunes sont au centre d’un mouvement de déséquilibre sociologique, économique et religieux, c’est vrai. Et les gars, par nature plus radicaux que les filles, réagissent assez fortement, c’est vrai aussi. Mais tous ne sont pas en chute libre pour autant! Je prenais récemment connaissance d’une étude sur la détresse psychologique des jeunes gens : 25 % disaient aller mal. Mais on peut aussi lire que 75 % vont bien. Ce n’est quand même pas rien! » Il veut faire confiance aux jeunes hommes « plus pragmatiques, plus réalistes que leurs aînés. Ils sauront s’adapter. »

Carlos Ouellet range effectivement dans sa collection privée de qualités masculines le fait de « bien savoir s’adapter… aux situations vécues par les femmes, ne pas se sentir dévalorisé si notre conjointe fait un plus gros salaire que nous, entre autres choses. » Carlos ne semble aucunement angoissé devant la nouvelle répartition des pouvoirs. Au contraire. « Je ne voudrais pas revenir en arrière. Côtoyer des filles instruites, c’est plus l’fun. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Et qu’elles fassent les premiers pas vers nous dans les bars, c’est plutôt agréable! » Les modèles d’hier étaient nécrosés, évalue-t-il enfin, en particulier celui du père. « Je préfère inventer ».

Une réaction rafraîchissante qui ne surprend nullement Bernard Arcand. « Gardons-nous de mettre tous les jeunes dans le même panier, c’est ridicule! Nous traversons une période au cours de laquelle les gens sont plus libres de se tailler une vie sur mesure. Ça peut en déboussoler certains. On peut se mettre la corde au cou parce que la pression sociale est trop forte et que l’on étouffe. On peut aussi le faire parce que l’on panique devant une trop grande liberté. »

Certes, les jeunes hommes sont globalement en perte de vitesse par rapport aux filles, et c’est encore plus évident dans les milieux plutôt conservateurs et peu scolarisés, souligne-t-on dans les travaux sur les jeunes effectués par Madeleine Gauthier et son équipe. Mais ce sont quand même eux qui réussissent le mieux, et de loin, dans les secteurs neufs comme les technologies de l’information! Leur goût du risque, leur témérité innée et leur petit côté fonceur ne font pas que les desservir.

Les jeunes gars n’ont pas que subi le féminisme; ils en ont aussi intégré les bons fruits, certifie le sociologue Jocelyn Lindsay qui a beaucoup creusé la question des relations masculines-féminines et qui ne s’étonne pas du tout des résultats du sondage de La Gazette des femmes. Les gars ont changé. Mais les temps ont changé aussi. « Actuellement, ils sont aux prises avec tellement d’enjeux majeurs : la précarité d’emploi, le multiculturalisme, etc. Ils ont bien d’autres choses en tête que la question homme-femme. » Pierre Noreau va beaucoup plus loin. « Les jeunes ne peuvent pas vraiment être en réaction au féminisme, parce que leur structure de représentation de la réalité n’est tout simplement pas fondée sur l’opposition homme-femme. » En tout cas, à en croire le commentaire du Conseil permanent de la jeunesse, cette grille d’analyse ne les intéresse plus. « Les problèmes sont loin d’être résolus, mais nous en avons assez des confrontations. Laissons de côté nos monologues respectifs pour aborder un dialogue constructif. La réconciliation entre hommes et femmes est urgente. Il faut retrouver une complicité. »

Il y a du travail à abattre du côté des jeunes gars, mais ça ne se réglera pas sur le « genre », pense Germain Dulac. « Ils ne sont pas « opprimés ». Il n’est pas du tout question de cela ». Ne cherchons surtout pas à retourner en arrière, à définir l’Homme. Il ne suffit pas de convier les garçons à des pow-wow initiatiques virils dans la forêt comme le fait le masculiniste Robert Bly pour les éclairer. « Le problème des gars est un problème de société, jauge-t-il. Il faut recréer un système de valeurs qui permettra aux hommes d’être des fils, des pères, des conjoints, des travailleurs. Hommes, femmes, jeunes, nous avons tous besoin de nouveaux repères, d’une nouvelle philosophie de vie. C’est encore plus criant dans une société aussi petite que la nôtre où le choc des changements se répercute rapidement. » Est-on sur la bonne voie? « Non. On juge plus important de fixer notre attention sur l’autoroute de l’information. Je ne dis pas : « Pitié pour les garçons. » Je dis : « Pitié pour la société ».

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