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Deux familles, trois générations, six femmes. Si différentes et tellement semblables. Leur évolution, leurs révolutions sont aussi les nôtres. Deux familles, trois générations, six femmes pour faire écho au thème du 8 mars sur la complicité au fil des âges. D’un âge à l’autre, le courant passe. Mais la complicité n’exclut pas la lucidité.

Femmes de l’Île

Les femmes d’aujourd’hui sont libres. Elles ont tous les droits. Je me demande comment toute cette histoire-là va tourner… La phrase reste en suspens. Ruth Lavoie a ses codes : il faut lire entre ses hésitations, entendre ses silences. Elle a des idées bien arrêtées sur « cette histoire » de bouleversements familiaux et sociaux. Elle a aussi la pudeur de sa génération. Ruth est née il y a 77 ans, à l’Île-aux-Grues, fichée au beau mi-temps du Saint-Laurent, au large de Montmagny. Une terre sans attache : on y accède en bateau l’été, en avion l’hiver.

Ruth est l’avant-dernière d’une famille de dix, à dominance féminine : huit filles, deux garçons. Elle fréquentera l’école de l’Île jusqu’à 15 ans. « Non, pas une école de rang. Ici, il n’y a pas de rangs; on ne peut pas se perdre! » Puis elle aidera ses parents à la ferme. Les années coulent, tranquilles comme le fleuve. « Il ne s’est rien passé de spécial. » Tout de même : une amourette, suivie de la rencontre avec le futur, dans une veillée. « Un gars de l’Île, lui aussi. » À 27 ans, Ruth se marie et emménage pour une vie… à quatre.

« Pendant quinze ans, mes beaux-parents ont vécu avec nous. » Un mélange de générations courant à l’époque. « On s’accommodait. Moi, par exemple, je n’aimais pas cuisiner. Souvent, ma belle-mère préparait les repas pendant que je faisais du travail de ferme. Elle ne se mêlait pas de l’éducation des enfants. Ça s’est assez bien passé, mais, quand ça n’allait pas, on se taisait. Dans la vie, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin. » Une chose entre toutes stressait Ruth : « J’avais toujours peur que mes enfants dérangent… »

Des enfants, elle en aura huit. Une flopée de six filles et deux garçons. Les accouchements auront tous lieu à la maison. « Y a des choses bien pires que ça. » Elle est comme ça, Ruth; pour elle, s’apitoyer sur son sort relève quasiment de l’indécence. Les enfants d’aujourd’hui sont tellement gâtés, juge-t-elle, qu’au fond « ce n’est pas plus facile pour les parents même s’il y en a juste deux ou trois. » Reste que huit petits, sans aucune commodité, ça garde occupée. L’idée d’avoir un emploi ne l’a jamais frôlée. « Ce n’était pas à la mode. » Et elle n’en a aucun regret. « Quand on trouvait du temps, on se réunissait entre femmes pour tricoter, jaser. » Le carnaval, les festivités de la mi-carême, les arrivées et les départs des bateaux marquaient le temps, les saisons, la vie de Ruth.

Et puis tout a changé. Trop vite à son goût. Elle a beau ponctuer ses réflexions de sentences comme « Chacun vit comme il veut », certains cris du cœur la trahissent. « Nous sommes passés à l’autre extrême. Nous, on était capables d’endurer. Maintenant, les femmes se marient et, à la moindre petite affaire, elles se séparent. Sont-elles plus heureuses? Voyons donc! Se retrouver seule, ça ne peut pas faire une vie bien plaisante. Elles sont peut-être devenues trop exigeantes. » À mots couverts, Ruth s’inquiète de l’avenir. Pour ses filles surtout, qui habitent tout près et en prennent bien soin. Parmi elles, Simone.

Simone, une baby-boomer de 1955, a grandi à l’Île-aux-Grues comme sa mère. Dans une famille où un enfant n’attendait pas l’autre, comme sa mère aussi. Comme elle encore, elle étudie sur place, jusqu’en huitième année. La similitude mère-fille commencera à s’estomper quand, à 18 ans, Simone épouse le père de la petite fille qu’elle a eue… deux ans plus tôt

Elle a aussi rompu avec la tradition de mère-à-temps-plein-pour-la-vie. Elle est maîtresse de postes de l’Île-aux-Grues depuis une quinzaine d’années. Retourner sur les bancs d’école ne lui déplairait pas non plus. « En informatique peut-être. » Elle estime par ailleurs être bien plus proche de ses filles — elle en a deux, et un garçon — que sa mère ne l’était des siennes. « Dans le temps, on dialoguait peu des choses de la vie. Mes filles et moi, nous nous parlons beaucoup. Je suis davantage une amie qu’une mère pour elles. Parfois même, on sort ensemble le soir! »

Le concept de « durée à tout prix » ne trouve non plus aucune résonance chez Simone. Subir, non merci! « Si l’une de mes sœurs ou moi divorçions, ma mère le prendrait mal. Cela provoquerait une fêlure entre nous. » Silence. « Elle aurait de la peine. Mais on ne peut pas vivre seulement en fonction des autres. Pour être heureuse, il faut vivre pour soi. » Que ses filles décident ou non d’épouser les hommes qu’elles choisiront est sans importance. « J’ai surtout hâte d’être grand-mère! Je tiens à être disponible pour m’occuper de mes petits-enfants. »

La vague des familles éclatées n’a pas encore déferlé sur l’Île. Les liens sont noués serrés.

« Nous nous voyons très souvent. Nous nous entraidons. Quand c’est le temps de faire le ménage chez maman, toutes les filles y vont. Lorsqu’il vivait, mon père nous appelait ses petites abeilles! » N’est-ce pas trop de promiscuité? « Parfois. Mais, au total, j’y trouve mon compte. Tout le monde a besoin d’être entouré. » Sauf que Simone aimerait progresser dans son travail, avoir une promotion. « En restant ici, c’est impossible. Je devrai m’exiler. » Cette perspective la déchire, on le sent. « Mais si on me fait une offre, je la prendrai », dit celle qui a toujours estimé capital d’inculquer l’autonomie à ses filles. « Le monde leur appartient. Je leur dis : “Foncez!” L’existence qui les attend sera plus stressante que la mienne. Mais l’indépendance financière, c’est sacré. Ce l’est devenu pour moi, ce le sera pour mes filles aussi, je pense. »

Mélanie Gagné a intégré l’enseignement maternel; elle en a même fait un objectif de vie. « Je travaillerai n’importe où, je ferai n’importe quoi, mais je vais toujours travailler, ça, c’est certain », assure la seconde fille de Simone. Vivre la vie des femmes de l’Île, je ne pourrais pas. Je ne suis pas faite pour ça. Entre ma grand-mère et moi, il y a une grande différence. »

Un fossé même. Quand vient le moment de parler de valeurs, la grand-mère et sa petite-fille de 23 ans engagent un dialogue de sourdes. « Ça accroche, regrette Mélanie. Que je travaille, passe encore. Mais que j’aie laissé mon chum, un bon gars de l’Île avec qui je sortais depuis longtemps, elle ne l’a pas encore accepté. Elle me répète toujours : “Pourquoi tu cherches ailleurs?” Moi, je lui réponds : “Si j’ai une chance de vivre une meilleure vie, pourquoi ne pas en profiter?” Les personnes âgées sont trop conservatrices. J’essaie de la comprendre, mais elle a aussi son bout de chemin à faire. Les ponts ne sont pas rompus pour autant. J’adore agacer ma grand-mère, la faire choquer même! Quand on parle de tout et de rien, on s’entend très bien. »

Mélanie a quitté son île à 13 ans, pour aller vivre en appartement avec des cousins plus âgés, à Montmagny. « Tous les enfants doivent partir sur le continent s’ils veulent étudier. Je retraversais chez mes parents les fins de semaine. » Dix ans plus tard, c’est toujours son mode de vie. Entre-temps, elle a terminé un diplôme d’études collégiales en techniques d’éducation spécialisée et travaille comme éducatrice en milieu scolaire auprès d’enfants handicapés.

Elle a beau être dangereusement de son époque, Mélanie demeure, profondément, une fille de l’Île. « Petite, j’étais certaine qu’il ne pouvait pas y avoir de plus bel endroit sur terre. Jusqu’au cégep, j’étais décidée à y faire ma vie. » Elle aimerait encore y avoir un pied-à-terre et travailler pas trop loin, à Québec peut-être. « Pour ne pas m’ennuyer, parce que les liens familiaux, c’est essentiel. J’en ai et j’en aurai toujours besoin. » Y demeurer en permanence ne fait toutefois plus partie de ses projets. « De toutes façons, je ne pourrais pas travailler dans mon domaine. » Mélanie veut se laisser le champ libre. Par nature, elle ne tolère aucune entrave.

Se marier ne lui dit rien. « Je ne crois pas me rendre jusque-là. » Les enfants, elle en veut, mais vraiment pas tout de suite. « Après l’accouchement, je ne serai pas longue à retourner travailler, s’empresse-t-elle d’ajouter. Et le père devra partager les tâches. Mon chum actuel est averti! J’ai confiance; il lui arrive de faire le ménage chez moi et on n’habite même pas ensemble. » Pour Mélanie, la ligne de vie qui l’attend sera à la fois plus facile et plus difficile que celle de ses aînées. « Plus difficile parce que les femmes ne doivent plus compter sur personne. Plus facile parce que je suis libre. Si j’avais vécu avant avec la personnalité que j’ai, je ne sais pas comment j’aurais fait. Moi aussi, j’aurais changé le monde! »

Femmes de ville

Décidée, Germaine Voyer, 75 ans, l’a toujours été. « Il n’était pas question que je devienne servante dans une maison privée ou religieuse. Et le travail de ferme ne m’intéressait pas. Je voulais étudier. Je rêvais peut-être d’autonomie avant l’heure. »

Native du Bic, dans le Bas-Saint-Laurent, Germaine a eu sept sœurs et cinq frères. Enfant, elle doit partir étudier chez les ursulines à Rimouski, avec pour bagage une bourse de vingt-cinq dollars du ministère de l’Instruction publique. « Pour payer ma pension là-bas, mon père devait vendre beaucoup de légumes de la ferme. Je dis toujours que j’ai eu une instruction de navets! »

Germaine revient au Bic avec un brevet d’enseignement en poche. Elle y joue les Émilie Bordeleau. « J’enseignais de la première à la septième année dans une unique salle de classe. » Jusqu’à la venue d’un certain jeune homme d’affaires de l’Abitibi, commerçant en bois. Qui prend mari prend pays : à 23 ans, Germaine part pour Val-d’Or. Elle aura cinq enfants, dont quatre filles. « Je suis restée au foyer. C’était normal. Il fallait bien que quelqu’un gagne la vie. Sauf qu’en contrepartie il fallait que je quête de l’argent à mon mari, toujours. Ça, c’était dur. »

Au cours d’une querelle de couple où les mots volent bas, le mari de Germaine lui lance à la figure : « Dis-moi, que rapportes-tu au juste dans la maison? » Une gifle psychologique. « Je lui en ai voulu. Plus maintenant. Au contraire, ses paroles provocantes ont eu un effet déclencheur. » Germaine a alors 43 ans et sa dernière fille, 13 ans. Elle se recycle, retourne enseigner. « J’étais tellement excitée quand j’ai tenu ma première paie entre mes mains! » À cette époque, la famille déménage sur une ferme dans les Cantons de l’Est. On offre à Germaine un poste de direction. Durant plus de vingt ans, elle assumera la supervision de trois écoles élémentaires de la région. « Je suis certainement l’une des rares femmes de ma génération à bénéficier d’une rente du gouvernement! »

Cette grand-mère estime avoir été gâtée. « J’ai mangé mon pain noir en premier, mais il n’était pas si mauvais que ça. » Une phrase qui rappelle étrangement le leitmotiv de Ruth Lavoie : « Y a des choses bien pires dans la vie. » Je lui fais remarquer la tendance des femmes de son âge à biffer les durs moments. « Peut-être, concède-t-elle. Mais, chez les Voyer, nous avions du plaisir, malgré tout. Nous dansions, nous chantions, nous avions du fun. Il y avait plus de vie de famille. Aujourd’hui, c’est compliqué. » Tout de même, une certaine nostalgie transparaît : « J’ai beaucoup donné à mes enfants, à mon mari. Je n’ai peut-être pas assez pensé à moi… »

Le mari de Germaine était maniaco-dépressif. « Peut-être aurais-je dû le quitter? À l’époque, ça ne se faisait pas. Je ne regrette rien. Les gens devraient être plus tolérants, penser davantage aux enfants avant de divorcer. Mais le malheur à deux n’est pas drôle non plus. Entre les quatre murs de leur maison, les femmes de ma génération ont beaucoup pleuré. » Germaine n’envie pas malgré cela l’existence de ses filles. « Moi, j’ai presque toujours eu une bonne à la maison. Elles, elles doivent se débrouiller seules. La libération des femmes porte mal son nom. Elles ont tout sur le dos! » Elle fait ce qu’elle peut pour aider. « J’essaie de donner un coup de main à ma dernière de 40 ans, qui a un bébé de 5 ans, en lui popotant des repas à réchauffer. »

La famille d’aujourd’hui ne l’inquiète pas pour autant. La sienne encore moins. « La rupture, l’éloignement, ce n’est pas chez nous que ça se passe! Et l’entraide existe. Mon aînée, qui habite à Montréal, a accueilli deux de ses nièces pour la durée de leurs études au cégep. » La génération qui pousse ne la rend pas pessimiste non plus. « Ce n’est pas vrai que les enfants d’aujourd’hui sont ignares. Ils sont renseignés sur beaucoup plus de sujets que nous l’étions. Je suis fière des jeunes! » Elle se dit d’ailleurs beaucoup plus près de ses petites-filles que sa mère ne l’était des siennes. « Mes filles me répètent souvent que, s’il m’arrivait quelque chose, leurs filles seraient peut-être encore plus dévastées qu’elles. »

Germaine a déjà légué son héritage. « J’ai essayé de faire de mes filles des femmes responsables, fortes. Je crois avoir réussi. Un peu trop! Les filles Turcotte prennent beaucoup de place, au risque parfois d’écraser leur mari. » Pour ajouter en riant, après réflexion : « Ce n’est pas mauvais. Qu’ils prennent la leur! »

Les « filles Turcotte » ont pris le pli très tôt, se rappelle l’une d’elles, Françoise. « Nous étions un clan de femmes. À la maison, nous avions le contrôle. » Du plus loin qu’elle se souvienne, Françoise juge avoir toujours eu une mère à part. « Elle a mené la vie des femmes au foyer de l’époque; elle a beaucoup “joué à la madame” comme elle le dit. Sauf qu’elle était différente. Moins sévère, plus ouverte, plus libre d’esprit que les autres. C’est quelqu’un ma mère. J’aimerais lui ressembler à son âge. »

Ce qui n’empêche pas Françoise d’avoir, plus ou moins consciemment, mené sa vie par réaction contre celle de sa mère. « Mon père était un homme malade. Vivre à ses côtés n’a pas toujours été rose pour elle. Je n’ai pas hérité de son sens du sacrifice. Dans mon couple, c’est moi qui possède la maison, l’auto, la job la plus payante. C’est moi qui ai le pouvoir. Je me suis donné les moyens de ne pas me laisser marcher sur les pieds. » Françoise, 51 ans, est un pur produit du féminisme et de la Révolution tranquille.

Elle est aussi violoniste. Si elle est devenue musicienne, c’est parce qu’elle détestait faire le ménage, avoue-t-elle. « Quand j’étais pensionnaire à Amos, celles qui apprenaient la musique étaient dispensées de corvée de ménage. Piano, violon, j’ai pris tous les cours que je pouvais. » Elle s’est aussi laissée prendre au jeu. Inscrite au collège Bellevue de Québec pour faire son cours classique, elle suit des cours au Conservatoire de musique. « Je m’y rendais le soir sur le pouce. J’y côtoyais des garçons. Je flottais! Je découvrais la vraie vie. »

Françoise ne tarde pas à vouloir vivre en appartement. « Mon père était contre, mais il n’a pas eu le choix. » Elle conteste à la fois dans sa propre vie et sur la place publique. Des protestations contre la guerre au Vietnam aux marches pour la protection du français, elle sera de toutes les manifs. Elle part bientôt sac au dos suivre le circuit initiatique des « enfants fleurs » : Afghanistan, Liban, Grèce… « Je gagnais ma vie en jouant du violon dans les restos. Et, ma foi, j’avais le cœur grand comme un autobus; j’ai eu beaucoup d’amoureux. » Elle a surtout rencontré des gens qui vivaient différemment, autrement qu’ici. « Au retour, deux ans plus tard, je n’étais plus la même. »

Professeure de musique dans les Cantons de l’Est, où elle s’est installée lorsque ses parents y vivaient encore (son père est mort, sa mère habite maintenant à Montréal), Françoise partage la vie du même homme depuis plus de vingt ans, ponctués de quelques interruptions. « Nous ne sommes pas mariés. Il déteste la paperasse et, moi, je me sens davantage en sécurité ainsi. En union libre, c’est plus simple. Je joue du violon aux mariages des autres, ça me suffit! »

Les voyages, les remises en question n’ont pas altéré les rapports mère-fille. Le contact est demeuré fluide. « Nous nous téléphonons au moins trois fois par semaine. Nous sortons souvent ensemble dans les magasins, au restaurant… » Ce genre de relation, Françoise la vit aussi avec sa fille unique. Une fille qu’elle a d’ailleurs élevé un peu dans le même esprit que sa mère. « J’ai tenté de lui donner une sorte de liberté balisée. Cela dit, elle est très différente de moi. Plus profonde, plus inquiète que moi à son âge aussi. C’est normal. Nous avions les moyens d’être insouciantes. Notre seule hâte était de nous libérer de nos parents pour pouvoir aller explorer toutes les avenues qui s’ouvraient à nous. J’ai pu vivre à fond mes 20 ans parce que je savais que le jour où je le déciderais, j’aurais un emploi. Que j’aurais même le luxe du choix. Pour ma fille, c’est l’inconnu… Quand je les regarde, elle et tous ceux de son âge, je ne suis pas certaine que les choses aillent en s’améliorant. »

Elsa Michy-Turcotte, 22 ans, ne semble pas s’en faire. « Je m’en remets au destin. Je finirai par dénicher une bonne job. Quitte à changer plusieurs fois d’ici là », juge la fille de Françoise qui étudie en rédaction-communication à l’Université de Sherbrooke. Son existence, Elsa la situe dans la continuité de celle de ses parents. « Ce sont eux qui ont commencé à vivre comme ils l’entendaient. » Elle estime cependant avoir reçu une éducation plus libre que celle de sa mère. « Maman a été élevée, malgré tout, selon des principes. Mes parents m’ont plutôt dit : « Fais tes expériences. Nous sommes derrière toi si tu as besoin de nous. » » Avec son père, Elsa discute philosophie existensielle. Avec sa mère, elle parle davantage d’elle, de ses relations amoureuses, entre autres.

Tout comme Mélanie Gagné, Elsa est prête à payer le prix de la liberté. « Les femmes de la génération de ma mère ont bien fait de brasser la cage. Rester à la maison et faire des enfants pour mon mari? Impensable. Aucun être humain ne mérite de ne pas décider de sa vie. » D’autant plus qu’elle considère que, pour le moment, les filles sont plus veinardes que les gars. « Ils subissent plus de pression. Ils sont obligés de travailler. Nous, quand nous voulons des enfants, nous pouvons choisir. » Ce qu’elle compte bien faire. « J’aurai probablement un bébé vers 30 ans et je resterai avec lui au moins les deux premières années, si je le peux. Je ne veux pas reprendre le travail trop vite. »

Dans la vie d’Elsa, Germaine fait figure de modèle. Pour l’avenir. « Ma grand-mère a le cœur tellement jeune! On parle de tout ensemble. Et elle aime rire, taquiner, faire des blagues! » Elsa a hérité, tout comme sa mère, des « Dix commandements de la jeune fille bien en appartement », un texte clin d’œil rédigé en mode humour par Germaine à l’intention de sa descendance. Elsa a cependant dépassé ce stade depuis longtemps. D’abord, elle a un chum depuis plus de quatre ans. Puis elle a beaucoup bourlingué. « Après être restée chez ma tante à Montréal pour le cégep, je suis allée habiter avec mon chum à Sherbrooke. Ma première année d’université terminée, j’avais besoin de changement. J’ai emménagé avec des copains. Ensuite, ce fut Ottawa pour un stage d’études. Pour retourner demeurer la session suivante à Sherbrooke, avec mon chum et un autre couple. L’automne dernier, je me suis installée chez mes parents pendant un stage en journalisme à la base militaire de Saint-Jean. Et me voici de retour à Sherbrooke. »

Elsa ne se serait pas fait prier pour étirer le récent séjour dans la maison familiale. « J’aime revenir chez moi. Je suis très attachée à mon monde, y compris les cousines, les tantes, toute ma famille élargie. Nous sommes près les uns des autres. Pour moi, c’est important. Trop peut-être. Mais, quand je regarde autour de moi, je trouve que j’ai beaucoup de chance… »

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