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La Fédération des agricultrices du Québec prend le taureau par les cornes pour inciter les parents à léguer ou à vendre leur ferme à leur fille quand ils se retirent. Épaulée par le gouvernement, la Fédération lance une campagne dans la région de la Montérégie pour démontrer qu’une progéniture féminine peut tout aussi bien prendre soin des vaches et des cochons ou cultiver les champs qu’un héritier. Le message « Chez nous la relève c’est notre fille » n’a rien d’une évidence au Québec. En effet, selon les dernières données datant de , les filles dirigent seulement 12 % des nouveaux établissements agricoles, fermes familiales comprises.

« Les parents considèrent encore l’agriculture comme un métier très manuel et ne pensent pas que leur fille pourrait leur succéder », précise Carmen Ducharme, présidente de la Fédération. « On s’attend à ce qu’une femme charge sur son dos un sac de 100 livres de moulée », renchérit Ariane-Olivier Ouellet, quinquagénaire choisie agricultrice de l’année par l’Union des producteurs agricoles (UPA). « Mais on peut toujours embaucher de la main- d’œuvre pour accomplir ces tâches. Et puis le métier évolue avec la mécanisation. » Selon elle, le manque de filles à la tête d’entreprises agricoles s’explique en grande partie par le fait qu’on les évalue sur la base de critères surtout masculins.

Pour parvenir à tenir les rênes de la ferme, une fille doit donc s’affirmer comme une « super-femme » et convaincre de sa valeur ses parents, les institutions financières et d’autres agriculteurs. « Vous savez, dans les assemblées générales de l’UPA, ce sont toujours les hommes qui mènent, affirme Ariane-Olivier Ouellet. Les femmes dérangent les dirigeants très conservateurs qui les traitent encore avec paternalisme. » Récemment encore, la législation leur donnait raison. Jusqu’en , les femmes étaient exclues du programme d’accès à la propriété et ne pouvaient toucher la prime d’établissement d’une nouvelle entreprise agricole de 15 000 $ à 30 000 $ versée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Malgré tout, la situation évolue puisque les filles forment le tiers des élèves inscrits aux programmes de formation collégiale en agriculture. Par ailleurs, 59 % des filles désireuses de s’établir en agriculture ont fait des études collégiales ou universitaires comparativement à 35 % des hommes. Si les diplômées persistent dans leur choix, on pourrait assister à l’arrivée d’une vague rose dans l’industrie verte.

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