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L’Homo sapiens heureux détenteur d’un emploi permanent sera minoritaire d’ici , prédisent les experts. Le hors norme devient une voie obligée : travail à temps partiel, à domicile, autonome, temporaire… Autant de facettes d’une même réalité, qu’on nomme « travail atypique ». Devinez qui de l’homme ou de la femme est le grand perdant dans cette mutation sociale? Elle plutôt que lui. La Gazette des femmes a voulu cerner les conséquences d’une telle transformation pour les travailleuses. Et a réuni sept « spécialistes », certaines observent le travail atypique, d’autres le vivent. Portrait-robot de la situation.

  • Maggy Apollon, 33 ans, architecte, travaille à son compte et se spécialise dans l’aménagement de garderies.
  • Marie-France Benoit, 47 ans, est conseillère syndicale au Service de la condition féminine de la CSN.
  • Lucie Desrochers, 50 ans, agente de recherche au Conseil du statut de la femme, vient de terminer une étude sur le travail atypique et de rédiger un avis à ce sujet.
  • Madeleine Gauthier, 59 ans, est professeure à l’INRS-Culture et Société, et responsable de l’Observatoire Jeunes et Société.
  • Hélène Lachance, 33 ans, agente de recherche en sciences sociales, travaille à forfait pour des universités.
  • Esther Paquet, 41 ans, représente l’organisme Au bas de l’échelle qui défend les droits des travailleuses et des travailleurs non syndiqués.
  • Caroline Hayeur, 32 ans, est photographe pigiste. Engagée pour prendre des clichés, la discussion l’a tellement interpellée qu’elle y a mis son grain de sel

En vingt ans, la proportion des emplois atypiques est passée de 16 à 30 % et elle continuera très certainement à gagner du terrain. Faut-il se battre contre cette tendance ou l’accepter?

Madeleine Gauthier : Je dirais qu’il faut « dompter » la situation. Sans rêver de retourner aux beaux jours des emplois permanents à temps plein, on peut relever les problèmes qu’occasionnent ces changements et revoir les normes du travail en conséquence.

Lucie Desrochers : La transformation du monde du travail entraîne présentement une érosion des conditions de travail. Les employeurs ont mis en œuvre des façons pour diminuer leur coût d’exploitation, comme celle de multiplier les emplois précaires au détriment des emplois à temps plein. À cet égard, la stratégie du Conseil du statut de la femme consiste à demander que les lois soient modifiées de façon à leur compliquer un peu la vie.

Esther Paquet : Il est important de ne pas avoir une attitude de résignation devant cette situation. La précarisation n’arrive pas du jour au lendemain. Il faut mettre au jour les stratégies patronales qui y mènent et les court-circuiter. On ne peut éradiquer la précarisation, mais on peut la freiner.

M. G. : Selon moi, il faut aussi penser à de nouvelles manières de procéder. Pour ce qui est des emplois précaires, on ne se trouve pas toujours en face d’un méchant patron; beaucoup d’emplois de ce type proviennent de petites entreprises qui n’ont pas les moyens de faire autrement. Mais certaines ont des solutions. Dans la région de Victoriaville par exemple, des entreprises qui n’embauchent du personnel que quelques mois par an collaborent et s’échangent celui-ci pour qu’il puisse travailler à longueur d’année. Il faut certes revoir les normes du travail, mais aussi la façon dont il est organisé.

E. P. : À vrai dire, il importe de s’assurer que le fait d’avoir un statut d’emploi autre qu’à temps plein n’entraîne aucune perte de droits. Les lois ne le garantissent pas à l’heure actuelle, puisqu’elles ont été établies en fonction des emplois à temps plein.

Hélène Lachance : Moi, en tant que jeune, j’aimerais qu’on me promette de meilleures protections que maintenant. Je voudrais aussi sentir qu’on me fera une place. On dit depuis longtemps qu’on veut rajeunir la fonction publique, mais, tout ce que l’on offre pour l’instant, ce sont des postes de stagiaires…

Avez-vous déjà eu un emploi « typique »?

H. L. : Non, jamais. J’ai eu tout de même de la chance jusqu’à un certain point, car je n’ai jamais eu à chercher longtemps pour obtenir du travail. Mais il reste que j’ai toujours travaillé à la pige; mon plus long contrat a duré un an.

M. G. : Puis-je vous dire que ça fait seulement six ans que j’ai une permanence? (rires)

Et vous Maggy Apollon, avez-vous déjà eu un emploi « typique »?

Maggy Apollon : Oui. Dans mon cas, le travail autonome est un choix. Je ne voudrais d’ailleurs plus tisser de liens avec une entreprise en échange d’avantages. Je crois que l’importance que prennent certaines formes de travail atypique, comme le travail autonome, est en partie liée à un changement de valeurs et d’objectifs sur le plan professionnel chez les jeunes. On est nombreux à avoir besoin de liberté; on change d’emploi aux trois ans parce qu’on se sent rouillés. Le développement personnel est devenu primordial. On ne travaille plus pour payer son hypothèque.

M. G. : Parce que vous ne vous achetez plus de maisons… (rires)

Caroline Hayeur : Il y a quand même un revers à la médaille. Bien sûr, comme pigiste, j’ai beaucoup de liberté. Je ne voudrais la sacrifier à aucun prix. Mais cela fait maintenant douze ans que je suis photographe à la pige et je n’ai toujours pas de réel pouvoir d’achat. J’ai hâte de payer des impôts! C’est là toute la dualité de la situation. Et la société n’est pas encore adaptée à cette réalité. Même si je facture pour 50 000 $ par an, on me refuse la marge de crédit de 2 000 $ dont j’aurais besoin, mes frais d’exploitation étant énormes.

M. A. : Les institutions financières ne comprennent pas encore qu’on peut être solvable même si on n’a pas un emploi dans une compagnie qui existe depuis 25 ans.

Marie-France Benoit : La dualité sécurité-liberté, on la sent de plus en plus chez les syndiqués aussi. Les gens recherchent encore une relative sécurité, mais aussi une reconnaissance sociale. Comme femmes et travailleuses — je féminise volontairement, parce que les emplois atypiques sont surtout le lot des femmes —, on voudrait une certaine liberté professionnelle, la possibilité de choisir le lieu de travail, le type de contrats, etc. C’est un nouveau défi collectif que d’agir sur les normes du travail et de changer les façons de faire, comme de donner le droit de se syndiquer aux travailleuses autonomes.

E. P. : Avant d’aller plus loin, je voudrais dire qu’il importe de différencier le travail atypique du travail précaire, car le premier n’est pas nécessairement précaire. Il faut juste se rappeler que bien des personnes se trouvent dans cette situation sans l’avoir choisie, surtout des femmes. À titre d’exemple, les deux tiers des emplois à temps partiel involontaires sont occupés par des femmes.

Si on fait une petite liste des avantages et des désavantages du travail atypique, on se rend bien compte qu’il est surtout profitable à l’employeur.

L. D. : Les avantages pour l’employeur sont économiques et immédiats, alors que les désavantages sont moraux et à long terme. Le travail atypique ne favorise pas une culture d’entreprise et la loyauté du personnel par exemple.

E. P. : On en sent les effets au moment de la retraite, entre autres. La précarité poursuit certaines femmes toute leur vie active et même après puisqu’elles ont peu cotisé au régime des rentes du Québec.

L. D. : Il faut dire que le travail autonome a beaucoup changé. Il y a quinze ans, un organisme comme le Conseil du statut de la femme ne s’en préoccupait que très peu, car il touchait de vrais entrepreneurs, des professionnels, des artisans. Aujourd’hui, les travailleurs se trouvant dans une situation ambiguë prolifèrent. Ils n’ont que peu de pouvoir sur leur travail et, s’ils avaient à s’adresser à la Commission des normes du travail, ils seraient souvent considérés comme des salariés.

E. P. : Beaucoup d’employeurs transforment ainsi des emplois permanents en travail autonome pour éviter de payer des charges sociales, en ne laissant même pas le choix à l’employé.

Est-ce très courant?

E. P. : Il est difficile de quantifier ce phénomène, mais des gens nous demandent régulièrement de les aider à clarifier leur situation, car leur employeur les considère comme des travailleurs autonomes. Parfois, ils le sont effectivement aux fins de la Loi sur l’impôt, mais demeurent des salariés selon la Loi sur les normes du travail. Par ignorance, ils pensent qu’ils sont réellement des travailleurs autonomes et ne se prévalent pas de certains de leurs droits.

L. D. : C’est pour cette raison que le Conseil demande à la Commission des normes du travail de mieux diffuser l’information. Les travailleurs ont souvent plus de droits qu’ils ne le croient, comme celui à des vacances bien qu’ils occupent un poste à temps partiel.

Parlons de la famille. Est-ce possible d’être mère et travailleuse atypique?

M. A. : Bien sûr. Je me demande même si les femmes ont un autre choix que celui de devenir travailleuses atypiques, et souvent à statut précaire, si elles désirent avoir des enfants.

Quand j’ai décroché mon premier emploi d’architecte, j’avais déjà un enfant, né durant mes études universitaires. Pour faire ma place dans ce bureau, je devais arriver avant tout le monde et partir après tout le monde. J’ai vécu un stress énorme, chaque journée étant un défi d’organisation et de négociation avec mon patron et la garderie. J’ai travaillé trois ans pour cette entreprise et j’ai eu mon deuxième enfant pendant cette période, ce qui m’a permis d’avoir un congé de maternité. C’était très bien, mais, au retour, le rythme était tout aussi épuisant. J’ai donc choisi de me lancer à mon compte. Outre une plus grande satisfaction sur le plan professionnel, j’y voyais des avantages, comme celui d’être à la maison quand les enfants arrivent de l’école à . Mon troisième enfant, pas vraiment planifié, je l’ai eu alors que j’étais travailleuse autonome depuis six mois seulement. Cette situation ne m’a donné droit à aucune aide financière, ce qui a été très dur psychologiquement.

C. H. : C’est pareil pour moi. Quand j’ai eu mon fils, il y a six ans, j’ai dû avoir recours à l’aide sociale.

M. A. : Si j’y avais songé, j’aurais probablement fait la même chose…

M. G. : On ne pense pas à cette solution. Si, comme société, on redéfinissait cette aide de manière positive, elle s’avérerait peut-être le moyen pour les travailleurs atypiques de prendre un temps d’arrêt. Ces gens sont souvent épuisés de devoir toujours courir après le prochain contrat.

M.-F. B. : L’assurance parentale qu’on nous promet depuis un certain temps devrait également être une mesure sociale accessible.

H. L. : Selon moi, cela serait la solution idéale. J’ai 33 ans; j’en voudrais tout de suite des bébés! Mais, comme je ne sais pas ce qui va survenir à la fin de chaque contrat, je n’ose pas. Comme travailleuse autonome, j’ai toujours la hantise de refuser un contrat; je me demande aussi si on va m’engager avec une bedaine, etc.

M. G. : Dans un cas comme le tien, je suis du côté du patron, car j’embauche des agentes de recherche. Je peux vous dire qu’une grossesse, c’est un drame chaque fois, parce qu’on n’a pas suffisamment de subventions pour payer des congés de maternité. Nous sommes des employeurs précaires!

Quand on parle de maternité, on soulève souvent la problématique travail-famille. Ne pourrait-on pas parler aussi de la conciliation études-famille? Les filles vont à l’école plus longtemps qu’avant et on ne renversera pas cette tendance. Pour permettre aux femmes d’avoir leur premier enfant plus tôt et pour contrer la baisse de la natalité, nous pourrions faire marcher notre imagination et mieux organiser l’aide financière aux étudiantes. J’ai moi-même eu mes enfants quand j’étais à l’université et j’ai beaucoup apprécié, à cause de la souplesse des horaires et des moins grandes obligations associées à ce statut.

Nous n’avons pas encore parlé des conjoints. Avant, la femme laissait son emploi le temps d’élever ses enfants, sans se poser de questions. Pourquoi le conjoint ne fait-il plus partie de l’équation? Serait-ce que nous ne voulons pas vivre à ses dépens ou simplement qu’il ne gagne plus assez d’argent?

M.-F. B. : J’espère sincèrement que c’est parce que les femmes ne veulent plus être dépendantes sur le plan économique. Ce qui n’empêche absolument pas d’aimer son conjoint et d’avoir des projets communs.

M. G. : La preuve a aussi été faite que le deuxième salaire est aujourd’hui nécessaire. C’est pourquoi certaines femmes revendiquent un revenu garanti pour avoir le droit de demeurer à la maison pour élever leurs enfants.

L. D. : Il y a vingt ans, ce n’était pas risqué de laisser un emploi, car il en pleuvait. Aujourd’hui, c’est coûteux pour une femme scolarisée de quitter le marché du travail, non seulement sur le plan économique, mais aussi pour la poursuite de sa carrière.

À la limite, certaines formes de travail atypique comme le temps partiel peuvent-elles être positives puisqu’elles permettent de garder un pied dans le marché du travail?

M.-F. B. : Oui, si c’est par choix. D’ailleurs, il y a une quinzaine d’années dans le milieu hospitalier, des femmes ont revendiqué des postes à temps partiel pour pouvoir élever leurs enfants. Ça paraît aberrant aujourd’hui, mais la réalité était autre à l’époque.

L. D. : De nos jours, cependant, on se fonde sur ce besoin-là pour justifier l’offre de travail à temps partiel, alors que ça n’a plus rien à voir. Le temps partiel vient assez loin dans l’ordre des demandes des femmes comme moyen de concilier le travail et la famille. Elles veulent plus de souplesse et, en général, elles préféreraient avoir plus de vacances, la possibilité d’aménager leur horaire, etc.

Le travail atypique entraîne son lot de stress. Doit-on s’inquiéter de la santé physique et mentale des jeunes, pour qui cette forme de travail est presque la norme?

H. L. : Personnellement, je ne serai pas en mesure de continuer à travailler ainsi encore bien des années. À la longue, c’est épuisant mentalement les contrats qui se chevauchent, le fait d’avoir trois bureaux, trois codes de photocopieuses, des dossiers qu’il faut traîner d’un endroit à l’autre, etc.

C. H. : Ce qui devient frustrant aussi, c’est le « deux poids, deux mesures ». J’ai été chargée de cours au cégep durant une session, ce qui correspondait à des horaires pourris, à aucune sécurité. Je côtoyais des professeurs et des chefs de département qui avaient de gros salaires, un syndicat pour les défendre. Sur mon chèque de paie, on m’enlevait des cotisations syndicales, de chômage, alors que je n’avais droit à rien.

E. P. : On note aussi de plus en plus de cas de harcèlement psychologique au travail, soit presque 45 % des plaintes que nous recevons. Dans notre analyse, nous lions cette hausse à la précarisation du travail. Les gens occupent des postes qu’ils voudraient quitter, mais ils n’ont même plus la possibilité de dire « Je claque la porte », à cause de la difficulté de trouver un nouvel emploi. Le taux de chômage élevé favorise l’expression de comportements abusifs de la part des employeurs. Cela donne lieu à des abus de pouvoir, à des atteintes à la dignité. Les gens endurent des situations intenables, finissent par tomber malades. Ils prennent parfois des années à se rebâtir une confiance.

La modification des lois semble être une solution pour améliorer la situation actuelle. Est-ce que le syndicalisme demeure également une voie à privilégier?

E. P. : On pense que oui, car on voit chaque jour à quel point les non-syndiqués ont de moins bonnes conditions de travail en général. Bien sûr, on ne pourra pas syndiquer tout le monde. Une des conséquences de la précarisation est la difficulté d’exercer son droit d’association. Les travailleurs temporaires se sentent moins concernés, ne voient pas leurs collègues…

L. D. : L’accréditation multipatronale est aussi une solution à envisager. Il faudrait également établir un cadre législatif pour accueillir des solidarités qui s’expriment sur des bases professionnelles, comme on l’a fait pour les artistes.

Est-ce que les jeunes ont une image déformée du syndicalisme?

L. D. : Oui. Beaucoup ont l’impression que leurs emplois précaires sont le résultat de la syndicalisation de ceux qui les ont précédés.

M.-F. B. : Des gens ont vraiment abusé, mais il faut combattre les préjugés. Les jeunes ne connaissent pas bien les avantages du syndicalisme et ce qu’ils pourraient en retirer.

M. G. : À peine 20 % des travailleurs de moins de 30 ans sont syndiqués. Il y a certes du travail à abattre de ce côté et il faut vraiment revoir les types de solidarité à privilégier. Le travail atypique a mené à l’individualisation du travail. Le syndicalisme n’est sans doute plus la seule solution. Comment peut-on recréer un climat de solidarité dans un contexte où l’organisation du travail oblige chacun à se débattre individuellement? Nous n’avons pas encore de réponses, seulement des pistes de réflexion!

Demandes spéciales

Souvent synonyme de précarité, le travail atypique touche surtout les femmes. Voilà l’hypothèse que le Conseil du statut de la femme a énoncée lorsqu’il s’est engagé dans une vaste étude sur ce type de travail, suivie d’un avis qu’il vient de publier. Il ne s’est pas trompé. Le travail aussi bien à temps partiel et à domicile que temporaire et autonome gagne dangereusement du terrain. Les statistiques en disent long à ce sujet. Depuis une vingtaine d’années, le travail à temps partiel involontaire a augmenté de 524 % au Québec! Deux fois sur trois, les postes en question sont occupés… par des femmes. Comme il s’agit d’une façon parmi d’autres d’économiser sur le dos des travailleurs — bas salaires, peu d’avantages sociaux, pas d’heures supplémentaires payées, etc. — le Conseil a cru bon d’examiner la situation. Non sans proposer des solutions pour contrer la précarisation.

En tête de liste de ses recommandations, une demande toute légitime : que la Loi sur les normes du travail oblige les employeurs à offrir les mêmes conditions de travail (salaire égal, congés, avantages sociaux, etc.) aux employés qui effectuent les mêmes tâches, quel que soit leur statut. Le Conseil s’est aussi penché sur la question du travail autonome qui concerne plus d’une femme sur dix en emploi. Une bonne nouvelle si on considère la souplesse liée à ce genre d’emploi. Mais la réalité n’est pas aussi rose. Bien difficile de dire où commence la précarité et où elle finit. De toute manière, selon les données recueillies par Lucie Desrochers, auteure de l’étude, les femmes n’ont pas la partie facile. En comparant différents revenus et en posant en principe que les personnes n’ayant pas constitué une société et n’embauchant pas de personnel risquent plus que d’autres de connaître l’instabilité en emploi, elle conlut que 65 % des travailleuses autonomes peuvent être considérées comme précaires. C’est le cas de 40 % des hommes.

La prolifération des « faux » travailleurs autonomes, subordonnés à un seul employeur et sous sa dépendance, a aussi de quoi inquiéter. Ceux-ci se trouvent alors dans la même situation qu’un salarié, sans jouir évidemment des avantages habituellement rattachés à ce statut. Pour contrer le phénomène, le Conseil demande qu’en cas de litige l’employeur ait le fardeau de démontrer que le travailleur est bel et bien autonome.

Le Conseil a également tenté d’être visionnaire en incluant le travail à domicile dans l’analyse du travail atypique. « À l’heure actuelle, travailler chez soi semble un sort enviable, car le salarié le fait généralement d’une manière volontaire, explique Lucie Desrochers. Cependant, il est à craindre que de plus en plus d’entreprises soient tentées de diminuer leur coût d’exploitation en obligeant les gens à travailler à la maison. » Avant que le phénomène devienne incontrôlable — pour l’instant, 6 % des Québécois travaillent à domicile —, le Conseil a décidé de recommander l’adoption de règlements interdisant à un employeur de forcer la main du personnel sur ce point.

Et puis, toutes les personnes ne possèdent pas l’espace nécessaire pour exercer leur métier à la maison. D’autres ont besoin des liens sociaux qui se tissent entre collègues. Un changement du lieu de travail entraîne par ailleurs une redéfinition des modes de surveillance de la main-d’œuvre, de la rémunération et de la gestion de la sécurité au travail qui n’a rien de simple. Selon le Conseil, la souplesse que permet ce type d’emploi a un revers : l’équilibre, parfois fragile, atteint dans la répartition des responsabilités familiales résistera-t-il si la femme est continuellement au foyer?

Bien que le télétravail centré sur l’ordinateur ait la cote plus que jamais, il ne faut pas oublier pour autant les formes traditionnelles de travail exécuté à la maison. Ainsi, les couturières demeurent les travailleuses à domicile les plus nombreuses, et une quantité d’autres femmes assemblent ou emballent de petits objets à la maison, préparent des envois postaux. Il s’agit en bonne partie d’immigrantes peu informées de leurs droits.

Des chiffres, des chiffres! Mais, en filigrane, même si les femmes ont fait leur place dans le monde du travail, elles n’ont pas encore obtenu ce à quoi elles pourraient s’attendre étant donné leur formation et leurs compétences. « Le monde du travail s’est transformé en même temps que les femmes y accédaient », dit Lucie Desrochers. Résultat net : d’une façon générale, les femmes semblent encore, sur le marché du travail, en situation d’insertion. Bien sûr, les jeunes hommes connaissent les mêmes conditions que leurs consœurs, le travail à forfait ou à temps partiel étant aussi leur lot. Sauf que, pour eux, il s’agit plutôt d’un état transitoire.

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