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« En 1988, nous étions trois femmes sur 700 chauffeurs à la Société des transports de la Communauté urbaine de Québec. À 24 ans, j’aimais jouer les pionnières. J’ai surtout rencontré des hommes assez ouverts à la présence des femmes. » Pourquoi Pascale Hamel a-t-elle choisi de conduire des autobus ? Par envie de côtoyer le public et de travailler à l’extérieur plutôt que dans un bureau.

Forcément, en 13 ans, elle a subi des remarques acides de la part du public. Du genre « si c’est une femme, j’embarque pas ! ». Il lui a fait plaisir alors de rétorquer que l’autobus suivant passait dans une heure ! À son grand étonnement, les réactions de mécontentement les plus vives sont venues de femmes. « J’en ai déduit qu’elles-mêmes devaient ressentir beaucoup d’insécurité au volant. D’où leur crainte de faire confiance à une conductrice. » Le plus souvent, les gens se montrent agréablement surpris de rencontrer une femme. « Merci pour nos filles ! », a même clamé récemment une passagère, heureuse de voir s’élargir les horizons de celles qui suivront. Pascale Hamel se plie à des horaires exigeants : la journée type s’étend fréquemment jusqu’à 12 heures avec des pauses de 2 à 3 heures. Par exemple la chauffeuse peut commencer à 6 h 30, interrompre sa tournée entre 9 h et 11 h 30, reprendre à midi, avoir un peu de temps libre en après-midi puis se retrouver dans la circulation de la sortie des bureaux. Dans les premières années, il faut s’attendre à une cadence de soir et de fin de semaine. La femme enceinte est automatiquement mise en retrait préventif compte tenu des secousses de la route.

Celui ou celle qui arrive en retard pour prendre possession de son autobus, ne serait-ce que d’une minute, perd le premier bloc d’heures qui lui a été attribué ce jour-là et est immédiatement remplacé par une autre personne. Faut-il se surprendre si le respect de l’horaire constitue un élément de stress constant dans le métier ? C’est la raison pour laquelle Pascale Hamel s’adonne régulièrement au karaté et fait du conditionnement physique. Pour garder la forme, le personnel dispose depuis peu d’un gymnase aménagé par la STCUQ. Autrefois, les chauffeurs en attente jouaient aux cartes ! Côté santé, l’influence des femmes (aujourd’hui 100 sur 700) se fait sentir. « Il nous arrive parfois d’organiser des repas santé avec quelques collègues où chacun fournit sa part. »

Au-delà de la routine quotidienne, le métier comporte sa part d’imprévus. Un homme fait une crise d’épilepsie, un autre flanque une raclée à son voisin, un piéton est frappé par une voiture. Des situations où il faut intervenir et utiliser ses notions de secourisme. Mais le pire ennemi demeure le climat rigoureux. Pascale Hamel ne donnerait cependant pas sa place dans une bonne tempête de neige, toutefois elle craint le verglas.

La chauffeuse rêve du jour où une carte à puces aura remplacé les billets, laissez-passer, monnaies et coupons de correspondance qui compliquent la vie et l’empêchent de prendre le temps de saluer les gens. À l’occasion, elle descend de son véhicule pour aider une personne aveugle à traverser la rue. Dans l’autobus, en dépit des minutes qui filent, personne ne trouve à redire…

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