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À siéger depuis 20 ans sans interruption à l’Assemblée nationale, Louise Harel a vu passer bien des tempêtes. À celles qui craignent les effets des restructurations, la ministre des Affaires municipales du Québec répond en coureuse de fond de la politique. Plus optimiste que nostalgique.

La Gazette des femmes : Bien des Québécoises s’inquiètent à la veille des premières élections postfusions. Elles craignent, entre autres choses, que la diminution du nombre de postes électifs éjecte des femmes de la scène municipale. Ont-elles tort?

Louise Harel : On n’a jamais tort de s’inquiéter. Cela dit, avec 10 % de mairesses et 23 % de conseillères, le milieu municipal n’a jamais été vraiment investi par les femmes. Elles sont mieux représentées dans les villes de plus de 100 000 habitants où il y a des règles, et dans les petites municipalités de moins de 500 personnes où ces fonctions ne sont pas payantes, presque du bénévolat en fait. Ce qui avantage les femmes, c’est la présence de règles du jeu. L’absence de règles formelles, pour le financement ou l’investiture par exemple, signifie que la lutte se résume à un jeu de pouvoir.

Ce qui plaide pour des changements systémiques, non?

Et c’est là que nous allons. Je suis très fière de la loi adoptée à la fin de juin par laquelle le financement des partis municipaux et des candidats sera modifié d’une façon qui, j’en suis sûre, favorisera les femmes. Période électorale raccourcie, montant de dépenses autorisé à la hausse mais obligation de divulguer aussi les dépenses préélectorales. Et puis le dernier budget prévoit que les citoyens qui contribueront financièrement à la campagne d’un parti municipal jouiront d’un crédit d’impôt, comme au provincial ou au fédéral. Les règles seront donc plus démocratiques, et ce sera aux femmes d’en profiter pour mieux lancer leur campagne. Et puis vous savez, la nostalgie n’aura qu’un temps! Faut-il être nostalgique d’un système qui n’a permis l’élection que de 10 % de mairesses?

Mais l’argent n’est que l’une des barrières qui freinent les femmes. Ne faut-il pas envisager d’autres moyens pour faciliter leur entrée en politique?

Il nous faut une nouvelle génération de moyens. Lesquels? Eh bien, je pense que les expériences menées en France et en Belgique sont très intéressantes, parce que conséquentes.

Justement, la France, et la Belgique bientôt, a choisi un moyen assez radical : une loi sur la parité. N’avez-vous pas toujours été opposée à une telle loi, de même qu’à l’idée de quotas?

La dernière chose que j’aurais voulu être dans ma vie, c’est le résultat d’un quota! Nous avons quand même instauré le programme « À égalité pour décider » *, qui me semble fournir des occasions de mobilisation et de solidarité. Mais oui, vous avez raison, il faut faire des pas de plus. Parce que moi aussi, je suis inquiète à la veille de ces premières élections… Pourtant, tout n’est pas noir : à Montréal, il y aurait aux dernières nouvelles 40 % de femmes candidates! À Québec c’est très différent, et c’est un paradoxe : madame Boucher, candidate à la mairie, s’est entourée d’hommes seulement, les anciens maires!

Revenons à la loi française. Pourquoi vous semble-t-elle si conséquente?

Parce qu’elle lie le financement des partis à la parité. Aux élections législatives, les partis qui ne présenteront pas de liste paritaire perdront des parts du financement reçu de l’État.

Et vous seriez d’accord avec ce genre de mesure punitive?

Punitive ou incitative, je vous laisse le choix des mots. Mais oui, j’appuierais des mesures cœrcitives si les partis ne font pas l’effort de chercher plus d’équilibre. Le temps est venu.

Si vous êtes d’accord avec l’objectif, pourquoi refusez-vous les moyens plus mécaniques, comme les quotas de femmes candidates, ou la parité?

Un quota signifie qu’on est désignée parce qu’on est une femme, et non pas au mérite. J’ai toujours rejeté cette idée de femme alibi depuis 30 ans, après avoir été — je sais de quoi je parle — la seule femme à l’exécutif de l’Union générale des étudiants du Québec à la fin des années 60.

Mais la parité n’est pas, comme le quota, une mesure temporaire de rééquilibrage. Elle affirme un principe fondamental, non? L’égalité des chances entre hommes et femmes

. Vous savez, dans certains lieux comme les universités, les femmes sont déjà majoritaires. Faudrait-il dans ces cas-là, pour respecter la parité, favoriser les hommes? C’est à double tranchant.

Pour certaines, le gouvernement ne voit pas dans l’égalité des sexes une priorité. Sinon, le principe serait au moins inscrit dans le préambule de la loi sur les réorganisations municipales

… Mais, même inscrit dans la loi, ça ne vaudrait pas le papier sur lequel ce serait écrit! C’est le rôle des chartes, pas des lois, que d’affirmer de tels principes! On peut bien invoquer la loi 101, mais il s’agit justement de la Charte de la langue. D’ailleurs, je travaille précisément là-dessus : les chartes des futures villes contiendront notamment ce principe.

Lequel exactement? Elles affirmeront explicitement l’égalité des hommes et des femmes dans les nouvelles structures?

Oui, cela y sera, comme la reconnaissance des relations interculturelles.

Une dernière suggestion, reprise par la politologue Chantal Maillé: que des couples — un homme, une femme — soient élus dans chaque circonscription. La forme ultime de la parité?

Je n’en ai jamais entendu parler auparavant. À première vue, ça me semble complètement déconnecté de la réalité du terrain! À supposer que les idées des élus diffèrent, comment décider? Ce serait la paralysie.

Qu'en pensez-vous?

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