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Le , le docteur Gary Romalis, gynécologue de Vancouver qui pratique des avortements, était poignardé par un fanatique. Il avait déjà survécu en à un coup de feu. Cette attaque vicieuse relançait le débat au Canada sur la sécurité des cliniques, les stratégies des soi-disant provie et la fragilité des acquis en matière de droits reproductifs.

Pendant ce temps, les Américaines se félicitaient d’une double victoire. En cette année de campagne présidentielle, alors que l’avortement continue de diviser profondément l’opinion, la Cour suprême des États-Unis a donné raison, le , aux militantes et militants prochoix. Elle a d’abord déclaré inconstitutionnelle une loi du Nebraska interdisant les partial-birth abortions. Ce terme, qui n’apparaît nulle part dans les lois ni dans les ouvrages de procédure médicale, a été imposé par le lobby provie pour décrire la mort horrible d’embryons viables, par dilatation et extraction. Dans les faits, les avortements au-delà de seize semaines de grossesse sont rares; la Cour a donc jugé qu’un terme aussi vague pourrait compromettre l’accès à d’autres types d’avortement et imposer aux femmes un fardeau trop lourd. Ce jugement annule virtuellement les lois semblables adoptées par 29 autres États.

Dans une deuxième décision, la Cour a approuvé une loi « antiharcèlement » du Colorado empêchant les provie de s’approcher, à moins de huit pieds, des gens qui entrent dans les cliniques d’avortement. Les juges étaient cependant divisés, et c’est le vote de Sandra O’Connor qui a fait pencher la balance. Parmi les juges dissidents, notons le renommé Clarence Thomas (celui qui n’aurait pas harcelé sexuellement sa subordonnée Anita Hill), pour qui le partial-birth abortion se rapproche de l’infanticide.

La Cour suprême a penché cette fois du côté des femmes. Mais d’ici , de deux à quatre nouveaux juges seront nommés par le président au plus haut tribunal du pays. L’élection présidentielle du sera donc capitale. Si le républicain George W. Bush — partisan de la peine de mort et opposant notoire à l’avortement — est élu, le pendule pourrait brutalement basculer vers la droite, au point de renverser le fameux jugement Rœ vs Wade, qui garantit depuis aux Américaines leur droit constitutionnel à l’avortement.

Le jugement est déjà affaibli par 25 ans de guérilla juridique. Depuis surtout, le lobby provie s’attaque à l’avortement pièce par pièce, en visant tant les cliniques que les États, dont 30 sont aux mains des républicains. Restrictions du financement pour les femmes pauvres, allongement des périodes d’attente, demande de consentement parental, etc. : en seulement, 439 mesures antichoix étaient proposées aux législatures d’État, et 70 adoptées. Parallèlement, la violence contre les cliniques et les médecins s’amplifiait. « Au lieu d’un gigantesque brasier, les militantes et militants prochoix doivent combattre des centaines de feux de brousse allumés dans tout le pays… » À l’été, les éditrices du magazine américain Ms appelaient la majorité prochoix à reprendre le terrain perdu avant qu’il ne soit trop tard : « Un président antichoix en serait une catastrophe. […] Une cour conservatrice pourrait interdire l’avortement ou laisser le choix aux États. L’avortement deviendrait comme le jeu : légal dans quelques États, illégal dans la plupart. »

Par ailleurs, les mères américaines mènent une lutte de plus, en cette année d’élections. Elles étaient 700 000, en , à manifester à Washington pour une réglementation plus sévère des armes à feu. Parmi elles, Hillary Clinton, Susan Sarandon, Courtney Love… mais aussi des victimes d’armes à feu, et des voisines de l’école de Colombine, au Colorado. « Il y a 200 millions d’armes en circulation en Amérique, et plus de marchands de fusils que de McDonald’s! », a dénoncé Kerry Kennedy, dont le père Robert a été assassiné par balle. Le combat est loin d’être gagné : le Congrès à majorité républicaine refuse toute loi cœrcitive et 44 % seulement des Américaines et des Américains sondés veulent des lois plus strictes. Le très puissant lobby des armes a déjà donné son appui au candidat républicain George W. Bush. Sa victoire serait pour les mères une bien mauvaise nouvelle… À moins que le vote des femmes ne fasse élire le démocrate Al Gore?

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