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Trente minutes avec Agnès Varda, une cinéaste préoccupée depuis toujours par l’effet du temps.

À 73 ans, trois fois grand-mère, elle porte la frange drue comme dans sa vingtaine, quand jeune photographe éprise de théâtre, elle a tourné son premier film, La Pointe courte (1954). À son insu, Agnès Varda venait de lancer la « nouvelle vague » du cinéma français. Elle a derrière elle 19 films aux styles détonants. Jamais de redite. Un parcours non linéaire. Féministe, elle a parlé de la condition des mères, des femmes, de leur solitude aussi. La touche Varda. Un regard attentif, souvent souriant, même dans les sujets graves.

Les cheveux sont maintenant parsemés de fils blancs, mais le regard est toujours aussi percutant. Sa première fiction parlait d’un couple au bord du vide et de l’érosion du temps sur l’amour. « J’étais jeune pourtant, je n’avais jamais vécu une vie conjugale… L’effet du temps, comment il abîme, m’a toujours intéressée. Depuis si longtemps je me dis : si on ne se concentre pas sur chaque petit instant, ça n’a vraiment pas de sens cette vie. J’ai conscience que l’occasion, la lumière s’en vont, que les paysages changent, que tout est fragile. Dans la vie comme dans mon cinéma ».

Sa voix chante au bout du fil. Elle répond avec la franchise de celle qui n’a plus rien à perdre. Ou à prouver. On l’attrape au vol. Elle court dans toutes les directions même si, dit-elle, elle a un peu ralenti le pas. Quand elle accepte de prendre un moment avec vous, elle est très présente, mais toujours en retard. C’est qu’elle a pris le temps ailleurs (!), qu’elle s’est arrêtée pour répondre aux gens dans la rue Daguerre, à Paris, où elle vit et travaille depuis plus de 50 ans.

Nous avons 30 minutes pour parler entre autres de son dernier documentaire Les Glaneurs et la Glaneuse, qui lui a valu le surnom de la « moissonneuse battante ». Elle-même se voit comme une glaneuse, à cause de sa caméra qui grappille des images à droite et à gauche, des poèmes et des toiles qui l’inspirent pour son film. « Tout artiste crée du nouveau à partir de ce que d’autres ont fait avant lui, n’est-ce pas »?

Touchant, son essai porte aussi sur le temps. Elle en évoque trois. Le temps des récoltes : les bonnes choses que la société de consommation laisse derrière et que d’autres ramassent. L’autre, c’est le temps qu’il faut pour s’approcher des gens timides ou des plus pauvres qu’on ne veut pas humilier avec la caméra. Et puis il y a « le mien, celui qu’il me reste », dont les années sont comptées.

« Le film suscite une relative tendresse à mon égard, c’est vrai. C’est lié au fait, je crois, que je parle très simplement de mon vieillissement. Malgré les déceptions, je ne fais pas une constatation triste à ce propos. Les femmes sont très touchées par ça : on leur dit tout le temps qu’il faut être jeunes, pimpantes, belles et cacher son âge. Ma bonne humeur à ce sujet leur fait plaisir. » Elle avait fait le projet de vieillir avec son époux, Jacques Demy, mort il y a 10 ans. « Une vacherie de la vie, rien de plus. Mais vieillir apporte aussi une certaine douceur. On est moins en phase directe avec des émotions violentes, la passion, l’ambition. Parce que si on est encore obsédé par l’ambition à cet âge-là, on est foutu! Si on en avait, on n’en a plus. Vient le plaisir de faire les choses dans le silence, dans un relatif ralentissement… parce que dans mon cas, je cours encore partout. »

Dans dix ans comment vous voyez-vous? « Ah, mais je ne me vois pas du tout. J’espère de grand cœur ne plus y être, d’ailleurs! » Vraiment? « Oui, oui. J’ai beaucoup souffert de vieux très abîmés, je dois dire. J’ai trouvé ça terrible. Des gens pimpants, intelligents, qui perdent la boule, qui disent n’importe quoi, ça ne m’amuse pas du tout… Pour le moment, je n’ai pas de problèmes de santé, mais j’ai mal partout, ce qui est le signe d’une absence de maladie grave à un endroit! » Voilà du pur Agnès Varda. Pas de complaisance, ni pour elle ni pour les autres.

Mode d’emploi pour maîtriser le temps

Jean-Louis Servan-Schreiber récidive en signant Le nouvel art du Temps. Il avait publié L’Art du temps en 1984, dont il reprend ici les grandes lignes. Les emprunts sont nombreux (mêmes anecdotes, citations, réflexions, sous-thèmes, etc.). C’est quasi gênant tant la pensée, 16 ans plus tard, n’a pas changé. Elle s’est étoffée un peu. La réflexion n’est pas inintéressante cependant et peut se résumer ainsi : toutes, nous avons le même temps devant nous. À chacune de s’organiser pour éviter de craquer! Si nous voulons vivre en ayant le plaisir de faire ce à quoi on tient le plus, il faut de la discipline et de la persévérance. L’auteur est formel : surtout apprendre à dire non. « Toute démarche pour vivre mieux suppose un minimum d’égoïsme tempéré », écrit-il. En fin d’ouvrage, il fournit ses trucs pour éviter le stress (une planification serrée de ce qu’on peut faire dans 24 heures), libérer sa mémoire des mille choses à accomplir (des fiches, des classeurs par jour et mois) et un suivi maniaque d’un agenda où tout ce qu’on a accepté de faire est inscrit avec la durée prévue. À quoi rime pareille discipline? À récupérer du temps et à le transformer en projets. « Apprendre une autre langue, lire, faire un voyage, ou strictement ne rien faire! » Bref, pour Jean-Louis Servan-Schreiber, si cette maîtrise du temps est un objectif vital, nous pouvons y arriver en y mettant les efforts. Son propos ne s’arrête aucunement sur une restructuration collective du travail ni sur un quelconque partage des rôles.

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