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Elles sont chrétiennes, catholiques ou protestantes, mais aussi juives, musulmanes, hindoues, bouddhistes, baha’ie, vaudouisantes, sorcières, autochtones. Entre elles, affectueusement, elles se surnomment « La Grappe ». Près d’une trentaine, elles se réunissent une fois par mois pour échanger sur leurs traditions religieuses, leurs convictions féministes et tous ces rituels encore à inventer pour s’approprier un sacré longtemps interdit.

Le groupe Féminismes et Inter-spiritualités a vu le jour en octobre 1999, grâce à la Marche mondiale des femmes en l’an 2000. Les organisatrices avaient sollicité des projets spéciaux auprès de tous les groupes de femmes. La « collective » des féministes chrétiennes L’Autre Parole avait répondu en suscitant ce rapprochement, encore inédit, de Québécoises de toutes confessions et tendances spirituelles.

« L’objectif était ponctuel: organiser dans le cadre de la Marche une célébration publique pour exprimer notre spiritualité de femmes et de féministes, en empruntant à des rituels traditionnels et en puisant à nos expériences personnelles ». Passionnée par la future « Grappe », Marie-Josée Riendeau, 37 ans, membre de L’Autre parole depuis son bac en théologie, coordonnera la cérémonie tenue à Montréal le 12 octobre 2000. « Un événement assez provocateur, où les mantras de l’hindoue succédaient aux chants, aux exposés. Nous avions choisi le cercle comme symbole commun. Nous affirmions ainsi que les femmes aussi peuvent créer du sacré, se redonner ce pouvoir ».

Une fois la Marche passée, ces croyantes si différentes de langue, de culture et de pratique spirituelle n’ont pas voulu se lâcher! Féministes radicales, modérées… ou solidaires, elles s’entendent sans trop le dire sur un constat fondamental: toutes les religions oppriment les femmes. À partir de là, que faire? Chercher à changer les institutions de l’intérieur? Mener un combat politique? Non, d’abord mieux se comprendre les unes les autres. Ainsi, depuis deux ans, ont-elles beaucoup échangé sur leurs traditions et rituels respectifs. Le choc du 11 septembre 2001 les a forcées à approfondir la communication: au milieu des tensions, des dérapages anti-musulmans, les juives et les musulmanes du groupe ont créé « leur » lieu de discussion.

Le travail de réflexion et de mise en commun est lent, profond: avant d’inventer collectivement de nouveaux rituels, il faut définir ses propres rapports à la spiritualité et au féminisme. Régler les conflits, au-delà des préjugés. Stabiliser le fonctionnement et le mandat du groupe. On rêve, pour l’avenir, d’une publication, d’un colloque international, de trois activités publiques par année. Déjà, d’un rituel à l’autre, une symbolique se dessine: y reviennent le cercle, les cinq éléments de la nature et un bol transparent dans lequel chacune dépose son identité spirituelle.

Entre-temps, chacune des participantes se sent évoluer. « Moi-même, dit Marie-Josée Riendeau, je suis plus consciente des enjeux, du déséquilibre persistant entre hommes et femmes quant à l’accès au sacré. Et j’ai découvert des femmes extraordinaires, très fortes. J’ai été touchée quand l’une des musulmanes m’a dit que son rapport à sa propre religion s’était transformé, intensifié. Elle était retournée dans sa communauté encore plus déterminée à prendre sa place ».

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