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Religions à la carte, croyances sur mesure, pratiques interchangeables. La spiritualité est devenue multiple. « À mon image et à ma ressemblance ». Neuf femmes dans l’air du temps témoignent.

Les religions ont cessé d’être officielles, les carcans ont éclaté. La spiritualité est devenue multiple. Chacun cherche sa foi. Du Prophète de Khalil Gibran aux Prophéties des Andes, en passant par le zen, des lectrices dévalisent les tablettes « spiritualité » des librairies. L’imposant Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui (Presses universitaires de France, 2001) répertorie pas loin de 500 mouvements religieux anciens et récents!

Rien là d’étonnant pour la sociologue Nicole Ollivier, auteure d’une thèse de doctorat à l’Université du Québec à Montréal intitulée Nature et signification du religieux dans la société contemporaine. Cette « ruée vers l’âme » était écrite dans le ciel. Les repères d’hier ont disparu. « Abandonné à lui-même, l’individu n’a d’autre choix que de repartir à la con(quête) du sens. Et il n’y a rien là de pathologique ».

L’évolutif a remplacé le définitif. « Pour la plupart des gens, ces pratiques sont, jusqu’à un certain point, interchangeables. On les garde tant qu’elles correspondent à ce qu’on vit dans le moment. Mais si un jour elles ne nous conviennent plus, on en changera ».

La démarche personnelle est intéressante, certes, mais non sans danger, estime Nicole Ollivier. « Il y a risque de perte: perte du lien social, d’une certaine cohésion découlant d’une vision partagée, collective. Il faut y être attentif ».

Au-delà des différences, décèle néanmoins la spécialiste, se dégage tout de même une volonté commune, qui perce effectivement à travers plusieurs témoignages: « réunifier ce que l’humanité a fini par séparer ». Le Divin et l’humain, l’abstrait et le concret, l’intuition et la raison. L’Ici et l’Au-delà. « Ce que toute cette mouvance aura comme répercussion sur nos sociétés? Reparlons-nous dans 100 ans »!

Olivia Wu Yao Kwang

22 ans, étudiante en communications et journalisme, Québec, repères spirituels: catholicisme, bouddhisme, protestantisme.

J’ai grandi dans le catholicisme, mais en vieillissant, les enseignements de cette église m’ont semblé rétrogrades. La sexualité? Un péché. Le condom? Prohibé. L’avortement? Défendu. Six de mes amies avaient déjà subi un avortement à 17 ans! L’Église catholique n’est pas dans le monde. En plus, elle nie l’apport des femmes. Je n’ai pas pour autant tourné le dos au catholicisme mais, peu à peu, je me suis fait, comment dire? mon propre Dieu. Je ne prie pas, je converse avec Lui. J’ai par ailleurs des liens avec le bouddhisme. Dans ma famille, la pratique de la religion était plurielle — catholique et bouddhiste —, elle l’est demeurée pour moi. Le culte respectueux des ancêtres, présent dans le bouddhisme, me rejoint particulièrement.

Je me retrouve également dans la ferveur et l’ouverture d’esprit dont le protestantisme fait preuve. Les anglicans viennent de nommer une femme évêque! J’ai aussi beaucoup d’amis musulmans. Certains préceptes islamiques me paraissent pertinents: faire l’aumône, pratiquer l’humilité… Je me suis également déjà intéressée à la spiritualité Wicca; son côté proche de la nature, l’idée de placer les déesses et les dieux sur un pied d’égalité me plaît. Finalement, j’ai jugé ce système de pensée trop « éparpillé » et je m’en suis désintéressée.

Au fond, les rites diffèrent, les discours varient, mais quel que soit le « filtre » utilisé, on arrive à la même Puissance suprême. J’alterne les religions en prenant le meilleur de chacune, sans adhérer à aucune comme pratiquante engagée. Les pratiquants donnent trop souvent l’impression de posséder la vérité. Par ailleurs, certains de mes amis se sont convertis à différentes religions, et d’une certaine façon je les envie. Ils ont trouvé leur réponse. Le problème, c’est que je ne crois pas à une vérité unique. Il y a des vérités, aussi multiples et complexes que chaque être humain. Oui, il m’arrive parfois d’être un peu mêlée devant cet éventail! En même temps, je me sens bien. Avoir accès à la richesse de toutes ces religions et croyances fait mon bonheur. Personne ne me force à choisir et je ne crois pas le faire jamais.

Geneviève Huot

29 ans, traductrice, Verdun, repère spirituel: religion wicca

Bizarrement, j’ai découvert l’existence de la Wicca (une spiritualité néo-païenne fondée sur la nature) il y a quelques années par le truchement d’un article… dans un magazine de mode! Ma curiosité a été piquée. Jeune, j’avais adhéré au catholicisme, mais à l’adolescence, cette religion a perdu toute résonance en moi. Sa rigidité, son manque d’ouverture aux femmes, sa « déconnection » flagrante d’avec la réalité concrète, tout cela m’irritait. Je m’étais résignée à vivre en me guidant sur mes valeurs. La Wicca a changé la donne.

Tout de suite cette spiritualité m’a plu. Particulièrement la notion d’immanence: le Divin, source unique de tout, est présent partout, dans tout ce qui bouge et vit (arbre, pierre, eau, etc.). Le sacré se manifeste autant par un canal féminin que masculin: la grande Déesse et le Dieu cornu. Ils sont complémentaires. J’aime aussi le principe selon lequel tout ce qui vit est relié: chacun est personnellement responsable de la bonne marche du monde. Je dois éviter de causer du tort à autrui, à moi-même, mais également à l’environnement.

Pour moi, la Wicca est une source d’espérance. À l’image de la nature, l’humanité traverse des cycles de croissance-décroissance. Autrement dit, les périodes noires sont « normales ». La sorcellerie? Ah oui… Bon, la Wicca intègre parfois une part de sorcellerie. Je préfère parler de magie blanche. Je célèbre les sabbats, les rituels de la pleine lune. Des rites comparables aux rencontres de prières chrétiennes où des croyants invoquent Dieu pour un malade, une grande épreuve.

Bien sûr, au début, mes parents ont craint que je me sois faite embrigader dans une secte! Il n’en est rien, évidemment. Aujourd’hui, je fréquente beaucoup de gens qui partagent ma croyance. Y compris mon mari. Jusqu’à maintenant, quand j’ai eu l’occasion de mentionner mon appartenance, je n’ai ressenti ni animosité ni intolérance. Chacun suit son chemin. J’ai un profond respect pour la route des autres. Moi, j’ai trouvé dans la Wicca ce que je cherchais.

Mélanie Landreville

27 ans, massothérapeute, Montréal, repère spirituel: groupe Némésis

« Je me suis « tannée » de Dieu quand j’étais petite. J’en ai eu assez de cet être là-haut, puissant, punitif, aux yeux de qui les humains étaient tous des pécheurs. Surtout nous, les femmes. Je me suis mise à l’écoute d’autre chose. Je vis actuellement une forme de spiritualité liée à mon engagement politique: je fais partie du groupe Némésis (déesse de la juste colère). Nous nous définissons comme un « groupe d’affinité féministe radical non violent », assorti d’une composante spirituelle.

Némésis est né durant le Sommet des Amériques de Québec en 2001. Nous nous sommes alors détachées du mouvement de revendication Salami, pour créer notre propre entité. Ma vision de la spiritualité coïncide maintenant avec celle d’une société idéale: le remplacement des structures de décision pyramidales traditionnelles par un « continuum » où tous les êtres humains seraient sur un pied d’égalité.

Nous avons remis à l’honneur les divinités antiques, qui correspondent à autant d’aspects du monde. Exclusivement des déesses: Déméter (déesse de la terre), Athéna (déesse de l’intelligence et de la guerre), etc. Il faut parfois fouiller pour retracer les déesses; les religions et les croyances patriarcales ont eu tendance à les reléguer dans l’ombre! L’exercice n’est pas gratuit: revaloriser le rôle de ces divinités nous donne du coup une grande légitimité comme femmes. Némésis me permet de m’accepter totalement et d’en être fière.

Par ailleurs, que mon engagement politique se double d’une dimension spirituelle, cela lui donne un poids, une profondeur. Appartenir à Némésis a une répercussion de taille dans ma vie et me procure de la joie. C’est un bon « bénéfice marginal », non? Et, entre nous, je ne déteste pas que cette spiritualité qui donne la primauté aux déesses en choque certains. Pourquoi serait-ce acceptable de croire en un Dieu suprême et non en une Déesse suprême? Il est temps d’y réfléchir.

Marie-Pierre Jutras

33 ans, avocate, Drummondville, repère spirituel: Brahma-Kumari

« Si tu veux apprendre à faire de ton esprit ton meilleur ami, viens nous rencontrer ». J’étudiais à Vancouver quand j’ai parcouru, il y a onze ans, cette publicité d’un centre Brahma-Kumari (spiritualité fondée en Inde il y a plus de 60 ans, basée sur la pratique du Raja Yoga et dont le recrutement est orienté essentiellement vers les femmes). Je traversais une période creuse. J’avais depuis toujours certaines convictions spirituelles, le sentiment de m’être réincarnée, par exemple. J’allais aussi à l’église, même si cela faisait sourire mon père qui ne pratiquait plus depuis longtemps! Mais le catholicisme manquait d’authenticité à mes yeux: j’avais la désagréable impression que ceux qui parlaient du Christ ne le connaissaient pas du tout.

Le fondateur du Brahma-Kumari estimait que le monde se porterait mieux si les qualités plus féminines (tolérance, empathie, etc.) y rayonnaient davantage. Cette spiritualité orientale m’a pleinement rejointe comme femme. Sa vision de l’âme, aussi. Dans le catholicisme, chacun « possède » une âme; mais qui est le « je » qui la possède? On n’en dit mot. Au contraire, selon le Brahma-Kumari, nous sommes l’âme. Le corps n’est qu’un véhicule qui sert à expérimenter.

Cela dit, au départ j’ai fait un genre de deal. Devenir Brahmine, cela sous-entend l’adoption d’un mode de vie particulier pour aider à la méditation: ni cigarette, ni alcool, ni viande, ni sexualité. J’ai décidé d’adopter ces règles pendant un mois. Si je n’avais pas de résultat, j’abandonnais. J’en ai eu: je me suis sentie véritablement en paix avec moi-même pour la première fois de mon existence. J’ai foi en une Âme suprême, qu’on l’appelle Dieu ou Shiva, comme en Inde. Je peux me « brancher » directement sur elle. La pratique du Raja Yoga m’a permis de ressentir sa présence très puissamment en moi. J’ai aussi appris à prendre la vie avec plus de détachement, de sagesse. Cette spiritualité nous enseigne aussi à cesser de nous comparer aux autres et à être simplement le mieux que nous puissions être. Autre point intéressant, les femmes y sont à l’avant-plan comme leaders spirituels, administratrices, etc.

Marginale? Je ne brandis pas ma foi chaque fois que je me présente. La chasteté, bien sûr, intrigue. Mais elle n’a rien de gratuit. Nous disposons tous d’une quantité d’énergie x. Plus on investit dans les activités sexuelles, moins il en reste pour se consacrer à une méditation profitable. Selon la spiritualité Brahma-Kumari, chacun ici-bas a sa place dans le monde. J’ai trouvé la mienne. En partant pour Vancouver, je pressentais que le voyage transformerait ma vie. J’ignorais à quel point!

Marie-Hélène Risi

32 ans, conseillère en placement, Québec, repères spirituels: catholicisme, Brahma-Kumari

J’ai eu très jeune la conviction d’avoir un rôle spirituel à jouer. J’aurais pu devenir une sœur! J’allais à la messe, tout ça, mais ça ne suffisait pas. Je cherchais une façon d’être directement en contact avec Dieu. Sans intermédiaire, sans religion. Il y a quelques années, j’ai eu envie d’apprendre à méditer pour me détendre. En feuilletant l’annuaire, je suis tombée sur les coordonnées du centre Brahma-Kumari. C’était la bonne place! Depuis, j’y vais régulièrement: méditer à plusieurs, cela dégage une grande énergie, un peu comme à la messe. Il se passe quelque chose que je ne saurais nommer.

La spiritualité Brahma-Kumari est très élaborée. Pour le moment, je chemine à mon rythme; j’en prends et j’en laisse. Ça me convient et, surtout, j’ai trouvé une voie pour communiquer en direct avec Dieu. Je me réfère aussi aux anges. Il m’arrive d’ailleurs de « sentir » des présences autour de moi, des courants de chaleur ou de froid.

Je sers également la messe une fois par semaine. Chacun doit faire sa part pour faire connaître Dieu, surtout aux « nouvelles âmes », les enfants. C’est mon bénévolat. Reste que je trouve à la religion catholique un petit côté « jauni »; elle aurait besoin d’une sérieuse mise à jour! Si j’arrive à combiner tout ça? Mais oui! À travers mes diverses croyances, j’explore, j’apprends à me connaître. J’adore aider les autres à prendre conscience de leur « pouvoir du soi ». C’est un enseignement Brahma-Kumari: on doit devenir souverain de soi en écoutant sa petite voix intérieure.

Je veux vivre de plus en plus comme une enfant, dans un grand détachement. Désirer avec acharnement ne mène nulle part, d’autant qu’on n’a qu’une partie du casse-tête divin en main. Mieux vaut laisser cela entre Ses mains. Cela dit, parfois, quand les choses ne vont pas à mon goût, j’ai envie de tout balancer, Dieu y compris! Mais c’est de plus en plus rare. Au total, je perçois ma spiritualité comme une quête. Je ne la veux surtout pas figée dans un moule. Ma foi est en perpétuelle mutation. C’est ma foi à moi, point!

Lucie Guénette-Lemieux

17 ans, étudiante en histoire des civilisations, Lévis, repère spirituel: catholicisme

Expliquer sa foi, c’est dur! Je sais qu’il existe quelque part Quelqu’un sur qui je peux compter. Je crois en Dieu, et ça me fait du bien. Pourquoi le catholicisme? Entre autres parce que Jésus fait homme me touche et me rejoint. Ce n’est pas un Dieu puissant mais un Être doux, qui a voulu mourir pour nous. La spiritualité est capitale pour moi. Pour vivre, il faut s’accrocher à quelque chose de profond. J’ai l’impression de faire partie d’un Tout plus grand que moi. Ce qui m’incite à ne pas me regarder le nombril.

L’Église catholique a fait des erreurs, c’est évident. Mais elle propose un idéal de vie qui m’intéresse: on ne me demande pas d’être parfaite, mais d’essayer de devenir meilleure et d’aimer les autres. Elle me donne aussi le goût d’aller toujours à l’essentiel. On la dit trop fermée aux femmes. En général, je ne trouve pas. Les femmes prêtres? Peut-être a-t-on autre chose à apporter, un autre rôle à jouer, en toute égalité? J’endosse en tout cas fermement la position de l’Église sur l’avortement: la vie humaine est sacrée, c’est non négociable. Et puis aussi, j’ai un grand respect pour le pape. Il nous aime, nous les jeunes, et il croit en notre pouvoir. Il nous voit comme des témoins de la Parole. Je suis allée aux Journées mondiales de la jeunesse, à Toronto, pendant une semaine. J’ai vécu là une fraternité très intense.

Croire me donne du bonheur, de la confiance. Le monde peut parfois sembler déprimant, mais je n’ai pas le droit de juger. Il y a des choses qu’on ne peut comprendre, il faut garder espoir. Je ne me déresponsabilise pas pour autant! Au contraire, je me dis: « Lucie, en tant que chrétienne, tu as le devoir d’agir pour que le monde aille mieux ». Plusieurs de mes amis sont athées, mais ça ne me gêne pas d’affirmer ma foi haut et fort. Bien sûr, il y aura toujours des gens pour trouver que tout ça, c’est des conneries. Mais en général, on salue mes principes de vie. On ne peut jamais jurer de rien, mais je souhaite continuer à évoluer spirituellement dans le catholicisme toute ma vie.

Joséphine Mackay

31 ans, cinéaste, Montréal, repère spirituel: bouddhisme.

Au début de la vingtaine, je m’investissais beaucoup à l’université. Avec succès. Sauf que j’avais l’impression d’être déconnectée d’une part de moi, de faire fonctionner uniquement mon intellect. Ma mère avait adopté le bouddhisme depuis plusieurs années. Je me suis mise à lire un ouvrage de Rimpoche, le maître tibétain qui a le plus contribué à établir le bouddhisme en Occident. J’ai été touchée au cœur: on ne m’y parlait pas d’Être suprême, mais ce que j’y découvrais correspondait à ma définition d’une véritable spiritualité. On y disait, par exemple, que tout être humain possède en lui une bonté fondamentale qui lui donne intelligence, sagesse et compassion; à lui de partir à sa recherche. Une autre chose m’a frappée: alors qu’en Occident, on situe habituellement l’esprit dans le cerveau, le bouddhisme le loge dans le cœur, d’où il rayonne dans tout notre être. Voilà qui réconciliait les deux parts de moi!

J’ai suivi une série de sessions dans un centre spécialisé. Une forme d’éducation spirituelle destinée à nous aider à entrer en contact avec ce que nous sommes, aussi bien nos bons que nos mauvais côtés. Une expérience pénible par moments, mais au fur et à mesure, j’ai eu l’impression de découvrir le monde autour de moi, les enfants, les arbres… Mon regard a été nettoyé! J’ai enfin commencé à apprécier le simple fait d’être. Et partant, à apprécier les autres pour eux-mêmes. En faisant la paix avec moi, je suis devenue aussi plus à même d’agir positivement. Il le faut, pour améliorer le monde, sinon nos peurs et nos manques contaminent nos actions.

Je retire beaucoup des enseignements du bouddhisme. Par exemple, qu’il y a trois grands poisons dans le monde: la passion, l’agression et l’ignorance. À mon avis, c’est irréfutable. On y enseigne aussi à ne pas se leurrer avec des illusions de bonheurs matériels: ce dont on a besoin est en nous. On nous incite également à ne pas fermer les yeux sur ce qui nous dérange, la souffrance ou la misère. Je médite chaque jour. Cela m’aide tellement à être en « synchronicité » avec l’environnement, avec les autres, avec moi! Je ne pourrais m’imaginer dans une autre voie que le bouddhisme. Il me permet d’être de plus en plus moi-même. Personne ne possède la vérité, mais j’ai trouvé la mienne.

Lisette Whitty

43 ans, infirmière en périnatalité, Gaspé, repère spirituel: foi universelle baha’ie.

J’ai toujours cru en une Force supérieure. Sans plus. Je priais quand j’avais peur, point! J’entretenais aussi des préjugés: les religions causaient des guerres, les pratiquants étaient des faibles qui avaient besoin d’une béquille. Jusqu’au jour où ma fille aînée a ramené de l’école certains concepts religieux avec lesquels j’étais en désaccord. J’ai commencé à chercher autour de moi des outils pour lui parler de spiritualité avec authenticité. Des amis bahaï m’ont alors invitée à leurs rencontres. J’ai eu la surprise d’y trouver des réponses.

Le bahaïsme est une religion en accord avec la science et la raison. Sans prêtre, sans rituel. Les principes de base m’ont accrochée: le concept d’égalité de fait entre hommes et femmes, l’éducation obligatoire universelle.

L’idée d’un plan divin pour un gouvernement mondial m’a aussi fortement impressionnée: les dirigeants y seraient choisis par le peuple pour leurs mérites et leurs actions, sans avoir à se présenter. Il est aussi dit que la paix universelle est non seulement possible mais inévitable! Séduisant!

Je suis officiellement devenue baha’ie en 1994. La foi Baha’ie ne renie aucunement les autres religions. En fait, elle englobe ce que chacune propose de mieux (paix, tolérance), sous une forme qui correspond au monde actuel. Je prie le même Dieu que dans le catholicisme, mais l’offre globale bahaï m’interpelle davantage. J’en ai assez des mots vides et des enseignements creux qui n’ont aucune résonance dans nos vies quotidiennes. Ma foi propose de changer le monde. Et ce changement repose sur moi. À moi de devenir plus tolérante, plus juste, plus humaine. J’ai fait du chemin. Mon ego prend moins de place. Je vois davantage les blessures des gens derrière leurs comportements parfois désagréables.

Avant, je dérivais spirituellement. Maintenant, je me sens aussi solide qu’un arbre enraciné dans le sol. Cette foi, c’est le plus beau cadeau que la vie m’ait fait. Même si je sais que tout cela peut sembler un peu « flyé »! Des gens me demandent parfois avec un petit sourire en coin: « Encore baha’ie, Lisette »? Je réponds: « Oui et je le serai toute ma vie ». J’ai l’impression d’avoir un trésor entre les mains. Je voudrais en faire profiter tout le monde ».

Nicole Robillard

39 ans, coordonnatrice de projets à l’Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, Vancouver, repère spirituel: athéisme

Je me définis comme athée depuis ma jeune vingtaine et m’en porte très bien, merci! J’en suis convaincue: tout a un début et une fin, comme dans la nature. Il n’existe pas d’Ailleurs. Au temps où je fréquentais encore l’église, je sursautais toujours en entendant le prêtre prétendre représenter Dieu. Je me disais: « Voyons donc, ça n’a pas de sens, cette histoire »! Les Dix Commandements, la Bible, tout ça n’est pas crédible. Je crois plutôt que Jésus devait avoir un grand charisme et que des hommes de son entourage se sont dit qu’il serait intéressant de raconter son histoire. Et d’en profiter au passage pour édicter des règles de vie qui assureraient un certain ordre dans la société.

Cela dit, je peux concevoir qu’on ait besoin de croire: vivre est sûrement moins lourd si l’on attribue la responsabilité de ce qui nous arrive à un pouvoir extérieur. Sauf qu’à mon avis, il est primordial pour la bonne marche de l’humanité que chacun se sente aux commandes de son existence. Il n’y a pas de mystérieuses justifications divines aux drames humains. Les guerres existent parce que les hommes ont eu l’idée stupide d’inventer des armes pour régler leurs comptes. Des enfants ont faim parce qu’ailleurs, d’autres ont trop de nourriture. On pourrait régler tout ça si on le voulait tous vraiment.

Ma propre conscience me sert de boussole morale. Je dirais même mon féminisme. Si je n’abhorrais pas autant le mot, je dirais même que le féminisme est ma « religion ». En travaillant pour la liberté et l’égalité entre hommes et femmes, on ne peut qu’être sur la bonne voie pour faire le bien. Un sens à ma vie? Ma famille, mon travail, rendre les autres heureux, tout cela suffit largement à justifier mon existence. Pas besoin de savoir que le Ciel m’attend comme ultime récompense. Croire qu’il n’y a rien d’autre que la vie ici-bas ne me décourage nullement de vivre. Je n’ai aucun regret. Sauf quand des gens que j’aime meurent. J’aimerais tant croire que je les reverrai un jour….

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