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Même si elles représentent la majorité des diplômés (57,7 %) dans les facultés de droit, les futures avocates demeurent toutefois minoritaires dans le monde très masculin de l’arbitrage. Francine Beaulieu, 55 ans, fait partie des 10 % de femmes arbitres de griefs en relations de travail au Québec. Elle intervient dans les conflits entre syndicats et patrons lorsque les discussions n’aboutissent à aucun résultat, que la communication est rompue. Son rôle? Convoquer les parties en audience et trancher le litige. À elle d’imposer l’issue: compensation financière, ajustements salariaux, réembauche, suspension, fin de contrat. « Mes décisions sont finales et sans appel ».

Dans un univers où le face à face se joue souvent entre hommes, il faut une forte dose de confiance en soi pour dicter à chacun sa conduite. « Le mandat de l’arbitre n’est pas de négocier les compromis, mais plutôt d’interpréter la convention collective de façon stricte. Je dois inspirer l’autorité grâce, entre autres, à une attitude profondément neutre. Comme les trois quarts des audiences que je préside ont lieu en région, je voyage beaucoup. Une fois sur place, j’évite tout contact qui pourrait laisser croire que je sympathise avec un camp plus que l’autre. » Par ailleurs, les rencontres, organisées dans des locaux d’institutions ou dans des hôtels, se déroulent généralement sur un mode courtois et dans le respect des règles.

De retour à son bureau de Québec, l’arbitre rédige sa décision à partir de ses observations des derniers jours et d’une montagne de notes. Un volet de la profession qui nécessite une compilation minutieuse des témoignages et des renseignements recueillis. « Une fois la décision rendue, il faut vivre avec ses conséquences. Quand je suis appelée à maintenir une mesure de congédiement à l’égard d’un travailleur, j’ai l’impression de prononcer la peine capitale… »

Pourtant, Francine Beaulieu ne regrette rien du changement de cap effectué au milieu des années 80. Alors technologiste médicale, elle réoriente sa carrière, cumulant le travail, les études universitaires et l’éducation de ses deux fils. Avocate à 40 ans, elle tâte différents domaines avant de s’orienter en droit du travail. Sa détermination et ses différents mandats l’amèneront à faire de l’arbitrage à temps plein. Un rôle semblable à celui d’un juge et qui lui confère beaucoup d’autonomie, à sa plus grande satisfaction. Comme ses enfants volent maintenant de leurs propres ailes et que son conjoint valorise son travail, ses fréquents déplacements ne posent pas d’autres problèmes que le désagrément des tempêtes de neige. Cette professionnelle dynamique parle de son travail avec passion et l’associe à un aboutissement. « L’arbitrage me permet de jouer un certain rôle social et de tirer profit autant de mon expérience de vie que de ma formation. » Vus sous cet angle, les griefs ont quelque chose… d’harmonieux.

Suivez le guide

La plupart des arbitres de griefs sont des avocats en droit du travail. Certains ont cependant étudié dans d’autres domaines, notamment les relations industrielles et les sciences économiques.

Chaque année, le ministère du Travail accrédite des spécialistes de l’arbitrage, en fonction d’une expertise et de qualités précises. Les deux parties en conflit peuvent désigner un arbitre à partir d’une liste qui compte actuellement 109 personnes, dont 9 femmes.

Le salaire de l’arbitre de griefs s’apparente à celui d’un avocat dont la pratique est solidement établie, soit de 80 000 $ à 150 000 $, et parfois plus — des chiffres très approximatifs, car les revenus varient beaucoup en fonction du nombre d’heures travaillées et de l’expérience. Selon une récente étude du Ministère, le taux horaire moyen des arbitres est d’environ 130 $.

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