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Moins bons diagnostics, moins de traitements d’urgence, moins d’angioplasties et de pontages, la conclusion s’impose: sur le terrain des maladies cardiovasculaires, les femmes sont perdantes. Sur toute la ligne.

Le verdict de la docteure Marianne Legato est sans appel: « Les recherches sur les maladies cardiovasculaires révèlent souvent une différence entre le traitement réservé aux hommes et celui dispensé aux femmes », dit la directrice du Partnership for Women’s Health de l’Université Columbia (New York). « Les auteurs se bornent en général à conclure par une phrase du style « les raisons de cet écart sont, pour l’instant, obscures. » Il faut cesser de se mettre la tête dans le sable et se poser des questions. Les hommes seraient-ils mieux traités parce qu’on les juge plus indispensables que les femmes au bon fonctionnement de la société? Franchement, je vous avoue, j’en arrive parfois à le penser. »

Moins bons diagnostics, moins de traitements d’urgence, moins d’angioplasties et de pontages, la conclusion s’impose: sur le terrain des maladies cardiovasculaires (infarctus et accidents vasculaires cérébraux), les femmes sont perdantes. Sur toute la ligne. Presque deux fois plus de femmes (44 %) que d’hommes (27 %) seront décédées un an après leur première attaque cardiaque.

Michael Miller, directeur de l’Unité de cardiologie préventive du Medical Center de l’Université du Maryland, ne laisse aucun doute lorsqu’il commente les résultats de son étude. Le cardiologue a suivi durant trois ans 825 cardiaques soignés dans 16 établissements universitaires du Canada et des États-Unis. Le but: étudier la prise de médicaments destinés à réduire le taux de mauvais cholestérol, donc les risques d’attaques cardiaques. Au début de l’étude, 42 % des hommes et 38 % des femmes prenaient de tels médicaments. Après trois ans, le pourcentage avait respectivement grimpé à 54 % et chuté à 35 %. Au final, 31 % des hommes, contre 12 % des femmes, ont vu leur taux de cholestérol diminuer.

« Nous arrivions à une conclusion à l’époque, affirme le chercheur au bout du fil, nous la maintenons aujourd’hui: les femmes sont victimes de discrimination. »

Et de préjugés: contrairement à ce qu’on l’on pense, elles meurent plus de maladies cardiaques que les hommes. Au Québec, selon la Fondation des maladies du cœur du Canada, ces maladies causaient en 1999 37 % des décès féminins, contre 35 % des décès masculins. Les femmes meurent plus de maladies cardiovasculaires tout court, huit fois plus que de cancers du sein par exemple. La maladie frappe surtout après la ménopause, mais de plus en plus souvent avant. Le nombre d’infarctus demeure rare mais serait en hausse chez des femmes dans la trentaine et la quarantaine, évalue-t-on à l’Institut de cardiologie de Montréal. On ignore encore pourquoi. On soupçonne, bien sûr, le stress professionnel, qui commencerait à miner aussi les femmes. « Nous sommes dans une ère où le chic du chic est de dire qu’on travaille 70 heures par semaine », illustre Alain Vanasse, président du comité Prévention et promotion de la santé à la Fondation des maladies du cœur du Québec.

« Alimentation, poids, exercice, mes habitudes de vie sont quasi irréprochables, dit Denise Déziel, une femme d’affaires de Hull, victime en décembre dernier d’un infarctus à 45 ans. Le stress? J’étais dans une période particulièrement calme de ma vie. Les médecins ne comprennent pas. Moi non plus. »

L’avenir s’annonce pire. « Les jeunes femmes ingurgitent plus de junk food, fument davantage et prennent la pilule plus longtemps que leurs aînées. Cela n’augure rien de bon, estime Michelle Robitaille, cardiologue à l’Hôpital Laval de Québec, spécialisé dans le traitement du cœur. Sans parler de la sédentarité. Selon une étude menée auprès de 500 préadolescents par le St. Michael’s Hospital de Toronto, à peine plus de la moitié des jeunes font suffisamment d’exercice pour être en santé. « Nos pré-ados sont destinés à avoir des problèmes de cœur avant d’avoir 30 ans! », prédit le cardiologue Anthony Graham, porte-parole de la Fondation des maladies du cœur du Canada. Aux États-Unis, les morts soudaines par crise cardiaque sont déjà en progression chez les 15-35 ans, particulièrement les filles. Marie-Claude Champagne, enseignante de Québec, pensait que les maladies de cœur étaient réservées aux hommes d’âge mûr. « Pas à moi, pas à 29 ans », dit celle qui recevait quatre pontages il y a cinq ans. Aucun facteur de risque connu dans son cas non plus. « J’ai gagné à la loto », conclut, ironique, la survivante.

Statistique Canada prévoit que le nombre de mortalités par maladies cardiovasculaires n’augmentera pas chez les hommes au Canada d’ici 2016. Mais il grimpera de 28 % chez les femmes.

Notre cœur est en danger. À qui la faute?

Un système à deux vitesses?

Les problèmes cardiovasculaires des femmes n’ont pas reçu, jusqu’à récemment, toute l’attention voulue, admet le docteur Alain Vanasse. Il y a évidemment des raisons à cela.

« La maladie frappe les hommes au tournant de la cinquantaine, soit presque dix ans plus tôt que les femmes, protégées jusqu’à la ménopause [l’œstrogène favorise le « bon » cholestérol et aide à diminuer le « mauvais »]. Cela a contribué à attirer plus l’attention du côté masculin. On commence par ailleurs à peine à comprendre les variations de profil d’un sexe à l’autre. Il y a quelques années, on ne les soupçonnait même pas. »

Les symptômes des maladies coronariennes au féminin sont, de fait, « atypiques » par rapport au modèle masculin, celui qui a toujours servi de référence — entre autres parce que les recherches à grande échelle ont été menées majoritairement sur des hommes.

Seulement 20 % des femmes éprouvent l’engourdissement au bras gauche et la forte douleur soudaine à la poitrine, des « classiques » de la crise cardiaque masculine, explique Denis Burelle, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal. « Une femme se sentira plutôt soudainement épuisée, ressentira une vague douleur à la poitrine, aura envie de vomir. On s’explique mal pourquoi les symptômes diffèrent. » Mais on sait trop bien ce que cette symptomatologie sournoise entraîne actuellement comme conséquence: une arrivée tardive à l’hôpital. « Plus de femmes que d’hommes arrivent décédés à l’urgence. »

Jeanne Morazain, 60 ans, de Sutton, estime avoir eu la chance inouïe d’être à son club de tennis le jour de sa crise, il y a huit ans. « Je me suis sentie faible, au bord de l’indigestion », raconte la journaliste, qui signe dans ces pages le deuxième volet du dossier « Santé cardiaque: l’état des lieux ». « Mes amis étaient inquiets. On m’a conduite à l’hôpital. Si la crise était survenue alors que j’étais seule chez moi, je me serais probablement couchée en attendant que ça passe. La maladie aurait eu le temps de faire beaucoup de dommages. J’y serais peut-être même restée. »

Le diagnostic peut aussi être erroné dans les cas d’angine, précurseur d’une crise cardiaque: un homme ressentira une douleur à l’effort entre les seins, une femme aussi parfois, mais une fois sur deux sa douleur se manifestera ailleurs au thorax, et plutôt au repos. De quoi tromper un médecin non averti, estime Denis Burelle. « Une femme pourrait se faire dire: Ce n’est pas grave, c’est votre digestion, vos os, de la fatigue… Tout va rentrer dans l’ordre avec le temps. » Le cardiologue l’admet: « Pour l’instant, les femmes sont en général moins prises au sérieux par les médecins. On sous-estime la gravité de leur douleur. »

« Angoisse », a décrété en guise de diagnostic le généraliste que Marie-Ève (nom fictif) a consulté l’an dernier pour des douleurs à la poitrine. Elle projetait d’en discuter avec son gynécologue à son rendez-vous de routine, la semaine suivante. Elle n’a eu que le temps d’entrer dans le cabinet et d’entendre le médecin dire: « Madame, vous êtes en plein infarctus, j’appelle le 911. » L’histoire m’a été racontée par l’ostéopathe de Marie-Ève, encore trop bouleversée pour en parler elle-même.

« Trop de médecins ont l’impression qu’une femme n’est qu’un homme format réduit! », s’indigne la docteure Marianne Legato. Le temps est passé où l’on pouvait tenir pour acquis qu’en matière de maladies cardiovasculaires, ce qu’on sait sur les hommes vaut aussi pour les femmes. Le système médical et les médecins doivent faire leurs devoirs ».

Les patientes aussi, estime la cardiologue Michelle Robitaille, en rappelant qu’une consultation se passe à deux. « Avant d’arriver, il est bon de noter le moment où les douleurs surviennent, leur durée, leurs caractéristiques: ça élance, ça serre, ça brûle? Plus on est précis, plus on se donne de chances. Quand une personne répond à mes questions par un « J’le sais-tu, moi »?, honnêtement, j’ai envie de lui servir la même réponse. »

Reste un fait: comme plusieurs médecins jugent les femmes moins sujettes à développer des problèmes cardiovasculaires, ils ont moins tendance à surveiller chez elles certains facteurs de risque. L’hypertension, par exemple, signale l’infirmière Dollena Warren Giguère, qui après avoir travaillé en prévention des maladies du cœur, dirige maintenant Info-Féminine, une entreprise spécialisée en information sur la santé mammaire, à Rock Forest. « Des études ont démontré que seulement 20 % des femmes dont l’hypertension est élevée sont adéquatement traitées. Les médecins sont peut-être plus sensibilisés qu’avant, mais on a encore du chemin à faire! »

Beaucoup de chemin, juge Paula Johnson, directrice du Center for Cardiovascular Disease in Women du Brigham and Women’s Hospital de Boston. « Pour l’heure, les femmes sont en général traitées moins énergiquement que les hommes. » Ceux qui arrivent à l’urgence en état d’infarctus reçoivent les premiers soins plus vite et attendent en moyenne quatre minutes de moins que les femmes avant de passer un électrocardiogramme, révélait une étude publiée en 2000 dans le réputé New England Journal of Medicine.

Plus troublant encore, toujours selon la même étude, le dossier de femmes âgées porterait plus souvent la mention « ne pas réanimer » que celui des hommes de même âge… « Qu’on semble mettre moins d’efforts à maintenir les femmes en vie est dérangeant, admet l’auteur, le docteur Leighton Chan. La décision vient-elle du corps médical ou des femmes elles-mêmes? Ce n’est pas clair. »

Il faut certainement vérifier ce que cachent de telles statistiques, dit la cardiologue Michelle Robitaille. « Mais j’entends souvent des femmes âgées dire qu’elles ont fait leur temps sur terre et qu’elles ne souhaitent pas être réanimées. Je l’entends beaucoup moins des hommes. »

Peut-être, mais l’accumulation de données qui vont dans le même sens reste déroutante. Ainsi, au Canada en 1997, il s’est pratiqué deux fois plus de pontages et d’angioplasties sur des hommes que sur des femmes, selon l’Institut de cardiologie de Montréal. Une situation qui recoupe les résultats de plusieurs études. L’explication la plus fréquente? Les chirurgiens hésiteraient à pratiquer ces interventions parce que les candidates seraient souvent plus âgées et en moins bonne santé que les hommes.

Ça ne tient pas la route, estime Kirsten Woodend, directrice de la recherche à l’Association des pharmaciens du Canada, preuves à l’appui. L’épidémiologiste a rencontré 200 patients — 78 femmes et 122 hommes de 55 à 75 ans — qui avaient subi une crise cardiaque quelques mois plus tôt. Elle a relevé le nombre d’angioplasties et de pontages par sexe, en comparant des hommes et des femmes du même groupe d’âge ayant un état de santé semblable. Résultat, 68 % des hommes avaient subi une intervention avant de quitter l’hôpital… contre 49 % de femmes.

Le biais discriminatoire est certainement une possibilité, croit la chercheuse. Toutefois, attendons d’en savoir davantage avant de jeter la pierre. « Les femmes elles-mêmes ont peut-être refusé l’intervention, avance Kirsten Woodend. C’est un fait connu, elles ressentent beaucoup plus que les hommes l’urgence de rentrer à la maison pour reprendre leur rôle de mère et d’épouse. Plus souvent qu’eux, elles pourraient donc dire non à tout ce qui différerait leur sortie ou étirerait leur convalescence. »

« La décision des chirurgiens a aussi pu être motivée par les résultats d’études démontrant que les femmes ont en général moins de chances de survivre à ces opérations », dit la chercheuse.

Les artères féminines sont plus petites, donc plus délicates à manipuler. Et, en règle générale, elles sont en moins bon état que celles des hommes à leur arrivée à l’hôpital, explique Denis Burelle. « Tout se tient. Les symptômes étant plus subtils chez les femmes, la maladie a le temps de faire plus de dégâts que chez les hommes avant qu’on la détecte. Chez l’homme, les blocages sont en général plus localisés, donc plus faciles à réparer. Chez la femme, le mal s’est diffusé à plusieurs endroits: parfois, un pontage ou une angioplastie s’avère impossible. Au risque de provoquer un nouveau blocage. »

Les chirurgiens devront peut-être changer leur fusil d’épaule sous peu. Ces études sont bancales: encore une fois, les patientes sont en général plus vieilles et en moins bonne santé que les patients, note Kirsten Woodend. « De nouvelles recherches sur des groupes semblables d’hommes et de femmes portent à croire que les deux sexes pourraient subir un pontage ou une angioplastie avec un taux de succès comparable. »

Il y a urgence, alerte la docteure Paula Johnson. « Le système médical doit à tout prix s’interroger sérieusement pour prendre en compte toute la réalité des maladies cardiaques au féminin. » Notamment l’aspect mental. « Les cardiologues sont loin d’être suffisamment à l’écoute de cette composante capitale pour les femmes, particulièrement en phase de récupération », estime-t-elle.

Deux fois plus de femmes que d’hommes souffrent de symptômes dépressifs après une crise cardiaque, affirment plusieurs études. Cet écart n’est-il pas prévisible, les femmes étant en général plus dépressives que les hommes dans la population? Non, soutient Kirsten Woodend, qui est arrivée exactement au même constat dans ses recherches, avec un taux de dépression de 45 % chez les femmes, contre 22 % chez les hommes. Cependant « des études ont démontré qu’autour de 55 ans, l’écart disparaît. Or, c’est de cette tranche d’âge qu’il est surtout question dans les cas de maladies cardiovasculaires. »

Alors que faut-il penser? « Un homme qui revient à la maison après une crise cardiaque va lire, se reposer, aller marcher, pendant qu’une femme s’occupera de sa diète et surveillera son régime de vie, souligne l’épidémiologiste. Une femme, elle, reprend charge de tout, y compris d’elle-même. Voilà qui peut être plus exigeant et expliquer en partie le plus haut taux de détresse psychologique. » Qui pourrait devenir dangereux.

Certains chercheurs suspectent un lien entre les dérèglements de la sécrétion de sérotonine qui se produit lors d’une dépression et la formation de plaquettes, petites cellules qui jouent un rôle dans la coagulation du sang. Il y aurait donc risque de second infarctus à l’horizon… Ce ne sont pour l’instant que des hypothèses. Une chose, par contre, s’avère de plus en plus certaine: les femmes déprimées ont un moins bon pronostic de survie que les autres.

Si les femmes ont moins le moral que les hommes, c’est aussi parce que l’environnement général de traitement ne leur correspond pas. « Elles ne trouvent souvent pas leur compte quant à la façon dont les intervenants abordent la maladie et le genre de soutien offert. Les hommes souhaitent surtout recevoir des conseils sur les choses à faire et à éviter: les femmes éprouvent, en plus, le besoin de parler de ce qu’elles ressentent, d’évaluer leurs progrès, de se comparer aux autres dans la même situation qu’elles. Or, le milieu de la cardiologie, où l’urgence est souvent la règle, n’a pas encore réellement pris acte de cela », évalue Kirsten Woodend. « Le lien est direct: moins les patientes se sentent à l’aise dans cet environnement, plus elles sont dépressives. »

Quelle que soit la raison, observe le cardiologue Denis Burelle, elles sont moins assidues que les hommes dans leur traitement. « Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les femmes sont souvent moins fidèles à leur rendez-vous de contrôle. Pourquoi? Je l’ignore. C’est également vrai dans le cas des programmes de réadaptation. Elles s’y inscrivent beaucoup moins. »

« Évidemment, dit Paula Johnson. Ce qu’on offre à l’heure actuelle n’est aucunement conçu pour elles. » Les conseils d’usage après une intervention, par exemple.

« Quand on parle d’y aller mollo sur le pelletage et la tondeuse, on s’adresse plus aux hommes! », dit Christine Émond, infirmière au Carrefour de santé et de services sociaux de la Saint-Maurice. Non seulement elles ne trouvent pas leur compte dans le genre de prescriptions prodiguées, mais souvent, elles se retrouvent minoritaires dans les groupes. Elles sont mal à l’aise de parler ouvertement de ce qu’elles traversent, comme femmes.

Comment faire une épicerie et des repas santé, comment reprendre le travail domestique et professionnel, à quels changements s’attendre dans les relations avec son conjoint et ses enfants? Christine Émond et sa collègue Danielle Dicaire Noël ont conçu un Programme d’enseignement pour les femmes cardiaques, ou à risque, qui table sur le quotidien des femmes. « Depuis son instauration, le taux d’inscription est passé de 35 à 83 %. Certaines femmes amènent même leurs amies, pour qu’elles profitent des conseils préventifs! », rapporte Christine Émond. Le programme a valu aux deux infirmières le prix Innovation clinique décerné l’an dernier par l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de la Mauricie et du Centre-du- Québec. La Fondation des maladies du cœur du Québec songe à s’en inspirer dans un avenir prochain.

« Il faut certainement faire un virage, dit Christine Émond. Les femmes qui ont vécu un épisode cardiaque retournent moins souvent au travail que les hommes, entre autres parce qu’elles suivent moins les programmes de réadaptation. Et partant, elles récupèrent moins bien. »

Le système médical a des torts. Mais il n’est pas le seul, décrète Marianne Legato. Les femmes en ont un majeur à ses yeux: elles sont obsédées par ce que la spécialiste nomme la « bikini view »…

L’obsession du bikini

« Les femmes, ajoute Marianne Legato, sont très préoccupées par les maladies cardiaques: celle de leur chum ou de leur mari! Elles, elles sont obsédées par les problèmes de la zone bikini: leurs seins en haut, leur système reproductif en bas. Avec en tête de liste, le cancer du sein. C’est un fléau terrible, loin de moi l’idée de le nier. Mais nous avons aussi un cœur, que je sache! »

On comprend mal pourquoi, mais le message passe beaucoup moins bien pour le cœur que pour les seins, confirme l’infirmière Dollena Warren Giguère. « La peur d’être mutilée, de ne plus correspondre aux canons sexuels dont nous bombardent les films et les magazines, joue certainement un rôle. Il y a quelque chose de très émotif derrière cela. »

Peut-être les femmes trouvent-elles plus endurable la perspective de mourir subitement d’un infarctus que celle de dépérir à petit feu d’un cancer. « Si c’est le cas, elles sont très mal renseignées, rétorque Marianne Legato. Les maladies cardiovasculaires ne sont pas toujours mortelles. Essoufflement, diminution des capacités générales, paralysie même: elles peuvent laisser des séquelles très pénibles, pour la vie. »

Les groupes qui militent contre le cancer du sein ont fait un travail formidable pour sensibiliser à ce terrible mal, poursuit la spécialiste. « Il est maintenant temps d’en faire autant pour le cœur. »

D’ici là, tout le monde s’entend: les femmes doivent prendre leurs douleurs au sérieux, mettre de côté leur obsession de la perfection (des études auraient déjà démontré qu’elles tardent à se rendre à l’hôpital aux premiers signes d’infarctus afin de pouvoir laisser la maison propre!) et cesser de nier l’évidence. Fernande Ménard, présidente du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, a été victime d’un infarctus il y a quelques années. Elle a attendu sept heures avant d’appeler l’ambulance. « J’essayais de me convaincre que je faisais une crise de foie. Je refusais de voir la vérité. »

Jeanne Morazain ne se raconte plus d’histoires. « Je me croyais invincible. J’ai eu un avertissement. La statue est tombée de son socle. Chanceuse qu’elle ne se soit pas cassée…. »

Lors du Congrès canadien 2000 sur la santé cardiovasculaire, les cardiologues du pays décidaient qu’il était temps d’élaborer des lignes directrices pour guider les professionnels de la santé en la matière chez les femmes et reconnaissaient qu’à l’heure actuelle il est « moins probable qu’un traitement efficace soit prescrit aux femmes. »

Les choses s’améliorent, admet Marianne Legato, « mais la situation demeure terrible. » Kirsten Woodend estime que ses recherches comparatives sur les hommes et les femmes atteints de maladies cardiovasculaires lui fournissent quelques réponses, « mais font surtout ressortir beaucoup de questions. Qui restent à éclaircir ».

Encourageant. Côté cœur, l’hérédité n’est pas une fatalité. Statistiquement, les gènes importent moins que les facteurs de risque. Et c’est là que les femmes peuvent agir. Quels sont-ils et comment les contrecarrer? La recette tient en quatre ingrédients.

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