Aller directement au contenu

Malgré ses allures de long fleuve tranquille, le Saint-Laurent demeure l’une des voies maritimes les plus dangereuses au monde. Un chenal étroit et peu profond, les forts courants de marée, la glace et les tempêtes de neige peuvent piéger bien des capitaines. À un point tel qu’on doit obligatoirement confier les commandes des navires à des pilotes experts qui se relaient d’un point à un autre du fleuve. Depuis un an, Manon Turcotte est l’une des deux seules femmes parmi les 200 pilotes qui assurent le service d’assistance entre les Escoumins et Montréal.

Elle sillonne le tronçon de Trois-Rivières à Montréal en donnant ses consignes au capitaine et aux officiers de bateaux canadiens ou étrangers et en indiquant les directions à prendre pour franchir les caps difficiles. « C’est une navigation délicate et les équipages aiment sentir que je maîtrise la situation. Ils me font confiance, tout en m’accueillant quelquefois avec un petit sourire entendu. Les capitaines étrangers se montrent en général très courtois envers moi, en admettant toutefois que ça ne se passerait pas comme ça chez eux! » Et puis, comme la plupart des communications se déroulent en anglais et qu’on est dans un monde d’hommes, Manon Turcotte se fait souvent appeler « sir », comme le veut la tradition en mer…

Son travail consiste aussi à évaluer le matériel de navigation, radars, cartes et autres instruments pour en mesurer la fiabilité. Dès les débuts, Manon s’est sentie acceptée par ses collègues : comme la fonction exige une solide formation de navigation et de nombreuses années d’expérience, les compétences de la nouvelle recrue n’ont jamais été remises en question. Il faut dire qu’avant de devenir pilote, elle a navigué près de 15 ans comme officier de marine à bord de pétroliers à destination des Grands Lacs ainsi que le long de la côte Est canadienne et dans le Nord en été. Seule femme à bord des semaines durant, elle dit avoir peu ressenti l’isolement. « J’étais occupée durant les quarts de travail. Pendant les pauses et quand l’endroit s’y prêtait, je prenais ma bicyclette et je visitais nos lieux d’escale. »

Aujourd’hui, son travail de pilote lui permet de concilier sa passion du métier et une vie chez soi — elle demeure à Trois-Rivières —, selon un rythme qui commande cependant beaucoup de souplesse. Le jour comme la nuit, Manon est prévenue de son affectation seulement quatre heures à l’avance pour un trajet d’une durée d’environ huit heures. Elle travaille 18 jours sans interruption suivis de 13 jours de congé.

Sans conjoint et sans enfant, elle s’ajuste avec bonheur à un travail dont les journées ne se ressemblent pas. Au gré des types de bateaux et de leur provenance, des conditions météorologiques, des horaires irréguliers et des rencontres d’hommes (et de quelques femmes) de tous les pays, la routine ne s’installe jamais.

Suivez le guide

Situé à Rimouski, l’Institut maritime du Québec est le seul établissement à offrir le programme d’études collégiales en navigation (cette année, on compte 24 filles sur 64 inscrits). La formation d’une durée de quatre ans comprend des cours théoriques et des stages en mer. Après un examen du ministère canadien du Transport pour obtenir le brevet de 3e officier, fini l’école! Le « temps de mer » permettra ensuite de gravir les échelons jusqu’aux grades de 2e et de 1er officier, puis de capitaine, seul statut qui permet de devenir pilote sur le Saint-Laurent.

Les possibilités de travailler en mer sont excellentes dès la sortie du programme de navigation. Les débouchés pour les 2e et 3e officiers sont toutefois plus limités au Canada. Au début de la carrière, les perspectives d’emploi s’avèrent meilleures dans les compagnies étrangères, notamment les firmes scandinaves qui se montrent très ouvertes à la présence des femmes. Selon les grades (3e à 1er officier), les compagnies et la nationalité de l’employeur, les salaires varient généralement de 30 000 $ à 60 000 $. La rémunération annuelle des pilotes et des capitaines va de 75 000 $ à 100 000 $.

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre