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À la veille des élections, la Gazette des femmes a posé deux questions aux chefs des partis politiques du Québec. L’État a-t-il encore un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre hommes et femmes ? Et si oui, quelles seraient les priorités de leur gouvernement ? Les trois ténors de la politique québécoise se sont prêtés au jeu, sans fausse note.

Jean Charest, Parti libéral du Québec « Oui, l’intervention de l’État est encore nécessaire dans certains domaines, dont la conciliation travail-famille. En aidant les parents, nous allons reconnaître la responsabilité plus lourde des femmes par des mesures comme des services de garde. Bien sûr, nous maintiendrons les services à 5 $ par jour, mais nous favoriserons aussi un recours accru aux garderies privées pour créer de nouvelles places. Il faut également des services d’encadrement pour les élèves, dont l’aide aux devoirs. Par ailleurs, le Parti libéral a proposé un amendement à la Loi sur les normes du travail, votée récemment, pour prolonger les congés des parents qui prennent soin d’un enfant très malade ».

« Autre domaine où l’État a encore un rôle à jouer : celui des soins à domicile. On le sait, les « aidants naturels » sont en très forte majorité des femmes. Or, le Québec arrive en dernier dans les provinces en termes de dépenses par habitant. Nous comptons déposer une politique de soins à domicile et développer un réseau intégré de services : les organismes communautaires et les entreprises d’économie sociale dans ce secteur recevront un plus grand soutien financier, soit 625 millions de dollars en 5 ans.

« En ce qui concerne la violence faite aux femmes, une réalité accablante pour la société québécoise, il y a encore du travail à faire. Nous privilégions des services directs, par l’entremise des maisons d’hébergement. Et, comme l’un n’exclut pas l’autre, je pense qu’il faut aussi encourager l’approche des organismes pour hommes violents ».

« Enfin, une entreprise sur deux n’a pas commencé la démarche de l’équité salariale. L’État doit développer des outils pour aider les PME. Finalement, il faut continuer à inciter les femmes à aller en politique. Premier responsable du recrutement, je sais que c’est un défi de taille ! Cela dit, c’était notre objectif aux élections partielles : sur 12 circonscriptions, nous avons présenté 8 femmes, dont 5 se sont fait élire… en remplaçant des hommes. J’en suis très fier ».

Bernard Landry, Parti québécois « Oui, certainement, l’État a un rôle à jouer. De très grands progrès ont été faits sur le plan du droit, comme la Loi sur l’équité salariale, mais beaucoup reste à faire pour que, dans la vie quotidienne, ces droits soient non seulement présents mais exercés en toute liberté. Nos priorités d’action ? D’abord, la conciliation travail-famille, sur laquelle nous sommes d’ailleurs très avancés. Le premier pas consistait à instaurer des garderies accessibles, professionnelles, conviviales : on a créé 150 000 places à 5 dollars, il en manque 50 000, et nous allons accélérer l’achèvement de ce programme. Mais nous prendrons une foule d’autres mesures parce qu’il faut bien être réaliste. Malgré les efforts des couples pour répartir les responsabilités, à cause de l’aspect physique de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement, les femmes sont mises à contribution d’une façon exceptionnelle. Reconnaissons-le. Le milieu du travail doit, par les lois mais aussi par les efforts volontaires des employeurs, privés ou publics, tenir compte du fait que les couples veulent des enfants. Quand on leur donne des conditions pour en avoir, ils en ont. Comme le vieillissement de la population, et éventuellement sa décroissance, est l’un de nos grands problèmes, il faut réagir vite. Pour moi, ce sera une priorité absolue, comparable à ce que j’ai fait pour lutter contre le déficit, puis contre le chômage et la pauvreté ».

« D’autres domaines ? Continuer la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, qui touchent largement, hélas, des femmes dont plusieurs chefs d’une famille monoparentale. Il faut aussi compléter la mise en place du programme d’équité salariale, où des pas de géant ont déjà été faits. Éventuellement, il y aura des corrections plus juridiques et formelles, mais dans l’ensemble, beaucoup a été accompli depuis les premières batailles de Lise Payette ».

« Quant à la représentation politique, notre parti devance tous les autres pour le nombre de députées et de femmes ministres; un record historique ! Et quand je vois travailler Pauline Marois, organisatrice en chef de la prochaine campagne, j’ai l’impression que la part des femmes va encore augmenter au sein de notre parti ».

Mario Dumont, Action démocratique du Québec « La distribution de la richesse fait toujours partie des rôles de l’État. En matière de condition féminine, il y a eu beaucoup d’évolution ces dernières décennies et le gouvernement ne pourra certainement pas intervenir de façon aussi soutenue qu’au départ du mouvement d’affirmation des femmes. Mais il reste du travail à faire, notamment pour la conciliation travail-famille. L’ADQ propose toute une « révolution famille » : accroissement des congés parentaux et retour à une liberté de choix qui a été rétrécie par le Parti québécois avec les garderies à 5 $. Le programme est fort avantageux pour ceux dont l’horaire convient… et qui ne sont pas sur une liste d’attente, mais il laisse en plan une grande partie de la population. Nous suggérons un système plus large, grâce à des bons de garde, pour respecter davantage les choix personnels et les contraintes de la vie familiale ».

« Nous proposons aussi de remplacer l’aide sociale par un revenu minimum de citoyenneté, ce qui aiderait les femmes les plus démunies, souvent chefs d’une famille monoparentale. Les programmes actuels placent très haut la marche du retour au travail. Pour que ça en vaille la peine, il faut trouver un emploi à temps plein. Selon notre conception, chacun recevrait un revenu minimum, mais il serait toujours plus payant d’accepter une heure, une journée, une semaine de travail. Cela permettrait plus de souplesse, un retour à temps partiel, par exemple »

« Quant à la Loi sur l’équité salariale, elle impose des contraintes et une démarche complexe aux PME. Curieusement, le gouvernement lui-même semble moins pressé de l’appliquer dans la fonction publique, alors qu’il devrait donner l’exemple ! C’est connu : on veut revoir bien des choses dans la gestion de la fonction publique, mais pas cette loi. Nous ne remettrons pas en question les principes établis. Cela dit, il faut constater que nous sommes rendus ailleurs. Ma génération règle les problèmes d’une époque où l’on retrouvait peu de femmes sur les bancs des écoles, dans les collèges et les universités, les départements ou les professions les mieux rémunérées. Aujourd’hui, c’est le contraire : elles sont souvent majoritaires, comme en médecine. L’équité salariale, entre autres, c’est la correction sociale d’une inégalité du passé. À partir du moment où, grâce à l’éducation, on assure une égalité d’accès pour tout le monde, on arrivera à une égalité réelle et tous ces mécanismes ne seront plus nécessaires ».

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