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Comment être la reine du party (sans être détestée) ? Voici la recette du magazine pour adolescentes Adorable () : « Plus la soirée avancera, plus tu enlèveras de vêtements, jusqu’au moment où il ne te restera que ta robe sexy. » La photo qui accompagne l’article suggère un strip-tease. C’est un des exemples du contenu réducteur de la presse féminine pour les 12-17 ans qu’a analysée l’enseignante au secondaire Caroline Caron, étudiante à la maîtrise en communication publique à l’Université Laval. En scrutant à la loupe 12 numéros des populaires magazines Cool, Adorable et Filles d’aujourd’hui parus en , la jeune chercheuse s’est attaquée à un champ de recherche encore vierge au Québec. Conclusion : 65 % des articles traitent de la beauté, de la mode, des garçons, des relations hommes-femmes et des vedettes masculines. Une analyse plus pointue du contenu montre qu’on tend à placer la responsabilité de la réussite amoureuse dans les mains des adolescentes et à faire intervenir la sexualité comme moyen d’assurer la conquête ou la réussite du couple. Les questions sociales et politiques ne comptent que pour un maigre 2,8 %. On s’en doute, la publicité fait surtout la promotion de l’apparence et les femmes sur les photos figurent sept fois plus souvent que les hommes dans un environnement domestique. Bref, on confine les adolescentes à un univers narcissique, coupé de la réalité.

L’abondance des stéréotypes sexuels a surpris la chercheuse. Un exemple ? « En général, les hommes aiment faire l’amour plusieurs fois par semaine ou par jour, alors que les femmes sont moins exigeantes de ce côté. Les hommes se contente (sic) souvent d’une « petite vite », tandis que beaucoup de femmes préfèrent avoir plus de temps à consacrer à l’acte sexuel pour en profiter pleinement […] Les hommes aiment essayer toutes sortes de choses pour activer le désir et mettre un peu de piquant dans la routine et les femmes aiment généralement se laisser guider dans ces nouvelles expériences », enseigne le numéro de d’Adorable. Un discours qui peut avoir un effet normatif. « On envoie le message que la fille “ normale ” a une vie sexuelle active, qu’elle doit être belle… et avoir un chum. » Comment les jeunes lectrices interprètent-elles ces messages conservateurs sur le rôle des femmes ? « J’ai l’impression qu’elles posent tout de même un regard critique sur ce genre de publication. Que leur influence est, somme toute, plus limitée qu’on pourrait le croire. » Une hypothèse que Caroline Caron compte bien vérifier dans son projet de doctorat.

Que lisent les jeunes filles ? Une analyse thématique de la « presse ado » au Québec, Caroline Caron, Pratiques psychologiques, , no 3, p. 49-61.

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