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Les femmes qui participent au programme La Grande Marelle de la YWCA de Québec n’ont plus envie de jouer. Pendant plusieurs mois, voire des années, elles ont erré d’institution en logement précaire, ont été hébergées par des proches ou ont échoué durant des nuits entières dans des restaurants ouverts 24 heures. Depuis , 14 chambres attendent les itinérantes de 18 ans et plus, mal desservies par les autres ressources en hébergement. Sur place, une équipe d’intervenantes prêtes à les aider à formuler des projets d’avenir et à les réaliser.

« Celles qui arrivent ici ne se considèrent pas comme itinérantes, même si elles n’ont plus de lieu de résidence depuis plusieurs années », précise d’emblée Nathalie Brisseau, coordonnatrice des services sociaux de la « Y » des femmes. Grâce à leur débrouillardise, elles parviennent à survivre dans la rue sans tomber dans le stéréotype de la clocharde errant avec ses sacs de plastique, ce qui les rend plus difficiles à repérer. Peu de recherches existent sur l’itinérance au féminin. Cependant une étude menée en par la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Québec indique que 37 % des personnes ayant fréquenté des ressources d’hébergement étaient des femmes.

Dès que ces femmes ont un toit sur la tête, l’équipe s’affaire à rétablir leurs droits, afin qu’elles puissent percevoir l’aide sociale, pour notamment payer leur chambre, dont le coût s’établit à 30 % de leurs revenus, et disposer d’une carte d’assurance-maladie. À ce stade, les résidentes doivent prouver qu’elles ne consomment ni drogue ni alcool, car le programme ne traite pas ces dépendances.

Une fois l’aspect matériel réglé, les intervenantes s’attaquent aux vrais problèmes. D’abord, rendre les participantes conscientes du malaise qui les pousse à transporter sans cesse leurs pénates ailleurs. Mais attention, pas question de les materner. « Parfois, il faut qu’on donne des coups de pied dans le c…, s’exclame Nathalie Brisseau ! Et nous devons accepter qu’elles aillent jusqu’au bout des situations qu’elles provoquent. » Qu’on se le dise, La Grande Marelle s’adresse à des candidates motivées.

Des exemples ? L’équipe d’intervention n’a pas bougé lorsqu’il y a eu des vols de nourriture dans les réfrigérateurs. Par contre, les intervenantes ont encouragé l’initiative d’un groupe de participantes qui a mis sur pied une cuisine collective, ainsi qu’un inventaire commun pour les dons de denrées alimentaires. Résultat : les vols ont cessé. Par ailleurs, les responsables n’ont pas hésité à faire un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse après avoir constaté qu’une jeune mère abandonnait régulièrement son bébé dans sa chambre pour aller fumer, et ce, malgré toutes les ressources dont elle disposait.

« Elles ne sont pas en vacances, affirme Ginette Defoy, la directrice générale de l’institution. Vous savez, on entre ici pour en sortir. » Des rencontres individuelles avec des intervenantes sociales permettent aux femmes hébergées de se fixer des objectifs de vie, comme un retour aux études ou la location d’un logement, et d’avancer par étapes. Au bout de trois mois, on leur demande d’accomplir quelques heures de bénévolat par semaine, afin de prouver qu’elles disposent des capacités pour agir et, surtout, pour entrer en relation avec les autres. Petit à petit, des femmes qui craignaient de rencontrer quelqu’un dans le corridor reprennent de l’assurance et établissent des liens avec leurs voisines.

Financé grâce au soutien du Secrétariat national pour les sans-abri, dans le cadre d’Initiative de partenariat en action communautaire, le programme prévoit une durée de séjour de 3 à 18 mois, selon les besoins individuels de chacune… et les échecs possibles. « Quand on joue à la marelle, il arrive qu’on lance la pierre à côté de la case, conclut Ginette Defoy. L’erreur est permise. » P.G.

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