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Code rouge, orange… depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis vivent au rythme des changements de couleur des alertes de sécurité. En septembre 2002, rejetant le climat de peur qu’entretient l’administration Bush, un groupe de femmes lancent le code rose. Signal d’un risque extrême de voir bafouées des valeurs comme la compassion ou la solidarité.

Reconnaissables à leurs vêtements d’un rose éclatant, les militantes de Code Pink for Peace protestent contre le comportement guerrier de leur gouvernement, contre l’aberration de la guerre en Irak et contre l’instauration d’une paix qui continue de tuer. À l’origine du mouvement, trois militantes californiennes de longue date. Depuis 30 ans, Jodie Evans participe à la mise sur pied de plusieurs organisations de lutte pour la protection de l’environnement, pour la démocratie et pour les droits des femmes et des minorités. Fondatrice du groupe Global Exchange, Medea Benjamin a été économiste pour le compte de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), en Amérique du Sud et en Afrique. Enfin, Starhawk, « la sorcière païenne de San Francisco », est une activiste non violente et altermondialiste de la première heure.

Fin 2002, pendant quatre mois, les militantes de Code Pink se relaient jour après jour aux abords de la Maison-Blanche pour signifier leur opposition à la guerre. Le 8 mars, Code Pink rassemble plus de 10 000 personnes à Washington. Vingt-sept d’entre elles sont arrêtées, dont les écrivaines Alice Walker et Maxine Hong Kingston. Au printemps, 15 militantes se rendent en Irak. Elles y rencontrent de nombreuses Irakiennes, qui leur racontent leur terrible quotidien. De retour aux États-Unis, les militantes de Code Pink feront le récit de ces vies bouleversées dans de nombreux articles et conférences.

Rapidement le mouvement prend de l’ampleur. En juin, l’organisation compte 91 antennes régionales aux États-Unis, mais aussi au Canada (à Vancouver, Calgary et Toronto), en Inde, au Costa Rica, en Australie et dans plusieurs pays d’Europe. « À Los Angeles seulement, nous comptons plus de 1 000 membres actives », précise Claire Droley, organisatrice pour Code Pink dans la mégalopole californienne. Peu à peu, les militantes étendent leurs revendications. Elles envoient des émissaires en Palestine, en Colombie, dans les deux Corée et en Birmanie, se lancent dans l’éducation populaire pour inciter Américains et Américaines à mieux faire respecter leurs droits civils et la démocratie, militent pour la protection de l’environnement et contre la concentration des médias.

Code Pink dénonce publiquement le mensonge, en offrant de gigantesques culottes bouffantes roses aux personnalités médiatiques ou politiques qui manquent à leurs tâches. En juin, les militantes font la une en placardant une énorme culotte de satin sur la façade de l’hôtel où George W. Bush prononce un discours. Aux cris de « Bush, you lied, you’re fired ! » (Bush, t’as menti, t’es viré), elles exigent la démission immédiate du président. Parmi leurs autres victimes, la sénatrice Hillary Clinton, qui s’est prononcée en faveur de la guerre en Irak, la chaîne de télévision Fox News (qualifiée de « cheerleader du Pentagone »), Arnold Schwarzenegger (pour ses propos sexistes en pleine campagne électorale) et Michael Powell, fils de Colin Powell et président de la Federal Communications Commission (FCC), qui propose d’assouplir les règles limitant la concentration des médias américains… Les actions de Code Pink portent fruit. Mi-septembre, les protestations contre la FCC ont poussé celle-ci à annuler ses nouveaux règlements.

Les militantes n’oublient pas leur premier objectif. Dénonçant les milliards de la guerre et l’occupation de l’Irak par les forces américaines, elles se sont jointes à d’autres organisations pour mettre sur pied l’International Occupation Watch Center. Installé à Bagdad, l’organisme surveille les « opérations de maintien de la paix » et rapporte directement ce que vit le peuple irakien. « Les États-Unis doivent faire place à l’ONU », insiste Claire Droley. Les real news (vraies actualités) que diffuse le site Internet de Code Pink rapportent une situation bien plus dramatique que le laissent croire la plupart des grands médias et les errements d’une « force d’occupation » complètement dépassée.

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