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Au travail, les mères sont rarement promues et les pères n’osent jamais s’absenter. Le gouvernement devrait instaurer un congé parental de même durée pour les deux.

Nathalie, une Montréalaise au tout début de la trentaine, cadre dans une multinationale qui fabrique des logiciels, a eu un drôle de dîner d’affaires avec son patron récemment. « Nathalie, si j’étais toi et que je voulais des enfants, je changerais de carrière », lui a lancé son supérieur, sérieux comme un pape. Nathalie a avalé le reste de son lunch de travers. Se faire dire ça, en 2006 ! Dans une province en pleine dénatalité, où un régime de congé parental vient tout juste d’être adopté pour aider les couples à se lancer dans la grande aventure ! Merci boss

Ce nouveau régime, entré en vigueur le 1er janvier, offre aux mères un congé de maternité de 15 à 18 semaines, selon l’arrangement choisi, et aux pères un congé de paternité de 3 à 5 semaines. Les deux parents peuvent ensuite se partager le congé parental de 25 ou 32 semaines.

Beaucoup plus avantageux qu’avant, le régime rembourse jusqu’à 80 % du salaire des parents qui décident de profiter de ces nouvelles mesures. Seul hic : six fois plus de femmes que d’hommes choisissent de prendre un temps d’arrêt à l’arrivée d’un nouveau bébé. Il y a là l’embryon d’un gros, gros problème.

« Ce n’est pas surprenant que les jeunes pères ne veuillent pas du congé parental, même s’il est avantageux. Dans plusieurs milieux, dont celui des finances, un père qui s’occupe de ses enfants, ça n’a pas de sens. Celui qui part à 16 h chercher le petit à la garderie peut oublier les possibilités d’avancement », s’indigne Chris, le compagnon de vie de Nathalie. Le couple se retrouve donc dans de beaux draps — et pas pour fabriquer un petit. Si deux professionnels veulent un enfant, l’un d’eux devra mettre sa carrière en veilleuse. Qui, de madame ou monsieur, fera le sacrifice ? Vous avez trois chances pour répondre, les deux premières ne comptent pas.

La plupart du temps, c’est la maman qui utilise le congé parental. Pour les patrons du genre Cro-Magnon — il en reste plus qu’on le pense —, la chose est claire : embaucher une jeune femme finira par coûter plus cher qu’embaucher son chum. Alors pourquoi la recruter ? Ou lui accorder une promotion ? Résultat : en affaires, les femmes cadres sont toujours largement minoritaires.

Il faut changer la loi, que diable !

Déjà, en accordant aux nouveaux pères de trois à cinq semaines de congé de paternité, le Québec a rejoint les pays scandinaves, champions mondiaux de la conciliation travail-famille. C’est bien. Mais ce n’est pas assez. La loi devrait diviser le congé parental de manière égale entre les parents. Si un jeune homme s’absentait aussi longtemps que sa conjointe à la naissance du bébé, les patrons macho auraient plus de difficulté à faire rimer maternité et inefficacité. La discrimination à l’embauche et à l’avancement en prendrait pour son rhume — qu’on soignerait au Tempra formule nourrissons.

Encore mieux, les jeunes parents pourraient enfin concevoir leurs droits et leurs obligations sur un pied d’égalité. Quel message envoie-t-on en accordant un congé cinq fois plus long à la mère qu’au père à la naissance du bébé ? Qu’elle a la responsabilité innée du poupon. Qu’elle sera toujours la première responsable quand l’enfant aura des coliques ou qu’il fera de la fièvre. Que papa est gentil quand il veut « aider », mais que dans le fond, il n’est que le subalterne de maman.

Certes, une mère a besoin de temps pour se remettre physiquement de l’accouchement et pour nourrir son lien avec le nouveau venu, mais un père a aussi besoin de plus que quelques semaines pour construire une relation solide avec ce ti-pou qui va changer sa vie. Et la prochaine fois qu’elle déjeunerait avec son supérieur, Nathalie pourrait lui servir un bol de Pablum. Pour lui annoncer, tête haute, qu’elle et Chris attendent leur premier-né !

Journaliste à La Presse, Laura-Julie Perreault a signé de nombreux reportages internationaux. Elle publiera bientôt le récit de ses voyages en ex-URSS.

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