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Illustration Nikan ! Sortons de nos réserves

Les Québécoises attendent encore d’être justement représentées au Parlement. Et si nous puissions aussi du côté des Amérindiennes ?

Si la pomme de l’illumination m’est tombée sur la tête cet hiver, c’est à cause d’Isa Gros-Louis. Oui, la fille de Max. Du haut de son affiche du Parti libéral du Canada, elle me fixait de ses yeux noirs. Une fille de Wendake en politique, ah ben !

Choc, lévitation, pluie d’étoiles filantes sous la tuque. Big bang. Il y avait donc une solution à la stagnation politique des Québécoises : une leader autochtone. Quelque part, Aiglonne Futée attend le bon moment pour déployer ses ailes. Peut-être quand Jean Charest ira planter le tipi de sa retraite au fond des bois.

Québécoises, deboutte ! Jusqu’au Chili, pourtant réputé machiste, qui vient de se donner une première ministre en Michelle Bachelet. Jusqu’au profond Liberia qui vient d’élire Ellen Johnson-Sirleaf à la présidence. Pis nous, on se traîne les mocassins…

Mais, direz-vous, pourquoi une Amérindienne ?

Parce que notre problème en est d’abord un de réserves.

Avouons d’abord les nôtres. Nos foutues réserves de filles bien élevées. Si, après avoir tant cuisiné, bien peu d’élues ont accès à la grande tablée parlementaire (40 sur 125 au Québec, 64 sur 308 à Ottawa), c’est un peu beaucoup parce que des siècles de déformation ménagère nous ont enseigné à peler les carottes dans l’ombre. Carottes ensuite brandies sous le nez de collègues masculins, plus prompts que nous à croquer dedans. Derrière chaque grand homme se cache une femme, paraît-il. Trois ou quatre, oui ! Voyez le nombre riquiqui de politiciennes en vue le jour du scrutin : 380 femmes pour 1 254 hommes aux dernières élections fédérales. Modestie maudite.

De leur côté, nos hommes éprouvent de sérieuses réserves à l’endroit des gourmandes de démocratie, si expertes soient-elles dans l’art d’apprêter la racine ombellifère. Des recherches indiquent en effet que les grosses légumes des organisations politiques retiennent l’assiette au beurre. D’où cette idée de leur forcer la main par une réforme du scrutin, ce dont on discute ces temps-ci à la commission de réforme de la Loi électorale*. Bref, de sortir le bâton qui va avec la carotte.

En attendant, puisons donc dans nos réserves. Fédérales, j’entends. Car il se trouve bien des talents cachés parmi les 40 000 Québécoises de première souche — mohawk, abénaquise, algonquine, attikamek, crie, huronne, innue, malécite, micmaque, naskapie ou inuite. Celles-là, nous les imaginons rarement devisant à la table de l’Assemblée nationale. Pourtant, leurs aïeules mettaient leur grain de sel dans les débats publics bien avant les Filles du roy…

Jetons donc un œil au nord du 60e parallèle. Le jeune Nunavut a failli devenir la première contrée au monde à se doter d’un Parlement à parité égale entre les hommes et les femmes (au référendum de mai 1997, 43 % des électeurs se sont prononcés en faveur de la proposition de la Commission d’établissement du Nunavut; mais 57 % l’ont rejetée, au grand désespoir des partisans du oui). Autre fait étonnant : de 1991 à 1995, l’autochtone Nelly Cournoyea a mené la barque des Territoires du Nord-Ouest.

Si les T.N.-O. se sont donné une première ministre, pourquoi pas le Québec ? Et si une autochtone a déjà dirigé les T.N.-O., pourquoi pas chez nous ?

Bien sûr, les politiciennes de première souche sont encore rarissimes : deux à la Chambre des communes, une au Sénat, une petite dizaine dans les assemblées du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Chez nous, pas une seule. Selon Manon Tremblay, directrice du Centre de recherche sur Femmes et politique à l’Université d’Ottawa, elles doivent composer « non seulement avec le racisme de la société non autochtone, mais aussi avec le sexisme d’institutions dominées par les hommes ». Raison de plus pour leur faire une place à la table, non ?

Comme le suggère une nouvelle série télévisée qui portraiture des autochtones remarquables, NIKAN ! (Traduction de l’algonquin : « allons de l’avant ! ») Québécoises de toutes souches, scrutons nos réserves, tant géographiques que psychologiques. Dans les arrière-cuisines des organisations politiques, réquisitionnons la moitié des bottes de carottes, à redistribuer équitablement dans la population. Et que les amoureuses de la chose publique affûtent leurs couteaux éplucheurs. Ils pourraient servir avant longtemps.

Qui sait ? Après avoir donné au Canada une gouverneure générale issue de l’immigration, le Québec arrivera peut-être plus tôt qu’on ne l’imagine à élire une chef venue des Premières Nations. Une PM tout droit sortie de… nos réserves.

Ce jour-là, nous aurons corrigé deux grosses erreurs historiques.

Depuis le 24 janvier, la Commission spéciale sur la Loi électorale parcourt le Québec, invitant les citoyens à se prononcer sur les moyens à prendre pour favoriser une représentation égalitaire des hommes et des femmes.

Responsable des stages en journalisme à l’Université Laval, Nicole Beaulieu a signé des chroniques d’humeur dans le quotidien Le Soleil et la Gazette des femmes.

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