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Illustration de l'article « Mon chum m'aide. Oh Yeah? »

Le complexe de la reine du foyer est encore bien vivant. Mesdames, laissons donc notre conjoint prendre sa place à la maison !

Elle a 32 ans, 100 diplômes minimum, un job de haute gestion, deux enfants et une tête sur les épaules. Enfin, habituellement. L’autre jour, quand j’ai entendu Sarah rassurer sa mère — ma sœur — qui s’inquiétait de ses yeux trop cernés, j’ai failli renverser mon café. « Sébastien m’aide beaucoup dans la maison. Il garde même souvent les enfants quand je dois rester au bureau le soir. » Envolée lyrique clôturée par un vibrant : « Je suis chanceuse, vraiment. »

Il m’aide. Il garde. Kessé ça ? On aurait juré entendre matante Yolande qui, chaque fois qu’elle venait visiter ma mère, ne manquait jamais de rappeler fièrement que son Jean-Paul passait la balayeuse chaque samedi. « Tu parles si je suis chanceuse ! » Tu parles, Charles !

Va pour Yolande et ses 87 ans maintenant bien sonnés. Mais est-ce possible qu’en 2006, des filles scolarisées-conscientisées-déterminées comme Sarah se considèrent encore comme les intendantes en chef du foyer et de la famille ? Ben oui. Vous doutez ? Portez attention. Autour de vous, dans les médias, partout. Même vous, oui, vous. Vous dont le chum prépare tous les repas sans exception, ne vous considérez-vous pas chanceuse ? Ah ! Ha ! Que celle qui jure ne jamais s’exprimer ainsi se rejoue sa cassette au ralenti. Je l’affirme : nous sommes toutes atteintes du mal. Seul le degré de fièvre varie.

Vous entendez souvent des gars dire que leur blonde les aide ou qu’elle garde les enfants quand ils doivent s’absenter ou bosser le samedi ? Jamais. Ils se sentiraient ridicules.

Je précise ici : les hommes ne sont (pour une fois) au-cu-ne-ment en cause. La présente démonstration ne porte pas sur le partage des tâches familiales mais sur notre incroyable obsession à vouloir en régler seules la circulation. Mesdames, cette fois, rien à faire : c’est nous qui sommes les twittes de l’histoire, nous qui agissons comme s’il était inscrit dans nos gènes que la gestion de la maisonnée nous revenait d’autorité. Journaliste, comptable ou ingénieure de la NASA, même combat ! À nous entendre, sur ce terrain, les gars, quoi qu’ils fassent, semblent condamnés à nos yeux à demeurer d’éternels numéros deux, des seconds violons à vie. Bref, avouons-le, des incompétents-nés.

En couple, l’affaire est subtile. Ici, on replie une serviette de bain « mal pliée », là, on replace la tasse à mesurer dans la « bonne » armoire, mais bon, sans plus. Mais dès que Bébé paraît, holà ! attention : la Mère de famille immémoriale, la Femme avec un grand F se réveille en nous. Et voilà insidieusement le mâle relégué au rôle de valet de service.

Réflexe d’insécurité ? Atavisme féminin ? Crainte de perdre un territoire où, au moins, on est certaines d’avoir le pouvoir, terreur inavouée qu’il se révèle meilleur que nous auprès des petits ? Un peu de tout. Et tout ça nous empêche de faire notre « lâcher prise » sur la liste d’épicerie et l’éducation de Fiston.

Remarquez que tant qu’on agit ainsi, ça peut faire l’affaire de nos messieurs. Ben quin, pas fous, les gars ! Mais du coup, nous, on se tire dans le pied. On râle que notre chum n’est pas « responsable » et on le traite comme un simple exécutant ? Allooo… !

Sommeillerait-il en chacune de nous une « beauté désespérée » déterminée à régner toute-puissante sur son condo ou son bungalow ? Je vous laisse répondre. Je dois quitter ici. Nous recevons ce soir. Heureusement, Luc m’a donné un coup de main pour le ménage et les courses. Ouf ! Il est super. Franchement, j’en ai de la chance, non ?

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