Aller directement au contenu

Les néo-Québécoises sont bien plus scolarisées et expérimentées qu’on ne le croit. Leurs bagages comptent plus de diplômes que ceux des femmes, voire des hommes nés ici. Bye-bye les préjugés ! Mais si elles contribuent généreusement à l’économie du pays, ce n’est pas toujours à la hauteur de leurs compétences…

Depuis 10 ans, Marianne Dzomo a vu passer des frimousses de toutes les couleurs à L’Arche de Noé, sa halte-garderie aux murs jaune soleil, en banlieue de Québec. Et dépanné bien des parents aux prises avec des horaires atypiques. « La halte, c’est comme un bébé pour moi », rigole cette Québécoise d’origine camerounaise, mère de trois ados. « Pour elle, j’ai même pris mon mari en otage. Quand il a reçu des offres de l’Ontario, après son doctorat, j’ai refusé de partir ! »

Aujourd’hui, la titulaire d’une maîtrise en sciences de l’éducation emploie quatre éducatrices, dont trois immigrantes, et cherche à financer l’achat d’une maison pour ouvrir une garderie à 7 $. Pas de doute, elle a bien mérité le prix Entreprise en émergence 2004, attribué par la Chambre de commerce de Québec lors d’un gala célébrant l’apport des immigrants au développement de la région.

Une Québécoise sur 10 est née à l’étranger. Ces quelque 350 000 immigrantes sont plus scolarisées que les femmes, voire que les hommes nés ici : 19 % possèdent un diplôme universitaire. Elles sont aussi de plus en plus actives. En 2002, 63 % des femmes arrivées dans l’année prévoyaient travailler à l’extérieur du foyer, contre 58 % en 1998. Ça fait l’affaire du pays, qui a besoin d’elles pour retrousser son économie, malmenée par le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’œuvre.

« “Travaillez-vous ?” Il n’y a pas de question plus gênante pour un immigrant », assure Sylvia Mery, une travailleuse communautaire qui a fui le Chili de Pinochet, en 1983. « L’emploi est la grande porte pour l’intégration. Il prévient l’isolement, la dévalorisation et les problèmes liés à la pauvreté », renchérit Bouchra Kaache, directrice du Centre international des femmes, à Québec. Son plus récent projet, Apprends-moi ta langue, jumelle des immigrantes qui veulent approfondir le français avec des francophones entichées d’espagnol, d’arabe, etc. Un meilleur parler et un réseau social plus étendu devraient aider les nouvelles venues à décrocher un emploi à la hauteur de leurs compétences, espère la jeune docteure en archéologie, venue du Maroc il y a cinq ans par amour.

« Un immigrant vient pour vivre, et pour vivre, il faut travailler », lance à son tour Yolette Lévy, 66 ans, conseillère municipale à Val-d’Or. Cette Haïtienne de naissance a fui la dictature de Duvalier aussi loin que possible : en Abitibi-Témiscamingue! C’était en 1969; à court de personnel, la commission scolaire avait déroulé le tapis rouge à cette enseignante en sciences et à son mari, prof de lettres. En retour, le couple a beaucoup donné à cette région, où il a élevé ses trois enfants. « L’objectif ultime d’un immigrant, c’est de vivre au cœur d’une communauté », dit l’ex-syndicaliste, qui était de la marche Du pain et des roses en 1995 et qui siège au conseil d’administration de plusieurs organismes locaux.

Des néo-Québécoises qui contribuent à la société de manière exceptionnelle et qui mènent une belle carrière, il y en a beaucoup. Sur la porte de son bureau, au ministère du Conseil exécutif, Siham Zouali a affiché son nom… en arabe. Bien que personne ne parle sa langue maternelle, tous déchiffrent sans peine l’écriteau. Normal : les immigrantes ne forment que 4,4 % des salariées des administrations publiques québécoises. Qui aurait cru que Siham ferait une si belle carrière lorsqu’elle a débarqué du Maroc, à 19 ans, pour suivre son mari, étudiant à l’Université Laval ? Raide pauvre, elle tenait ménage avec 5 000 $ par an. Elle a même dû laisser son bébé chez sa mère, à Tanger, afin de pouvoir terminer sa maîtrise en économie. Pas de sous pour payer une gardienne. La séparation a duré trois ans. Puis est venu le divorce. C’est là qu’elle s’est dit : « Si je trouve du travail, je reste. »

Elle se souvient de son premier emploi comme si c’était hier. L’économiste Pierre Fortin lui avait offert un contrat d’assistante de cours. « Siham a l’air toute douce, mais c’est une tough », avait-il dit aux étudiants. À l’époque, elle portait le hidjab. « Dans un monde d’hommes occidentaux, ça m’isolait beaucoup. Lui m’a donné ma chance », dit-elle, reconnaissante. « Je n’ai pas eu de difficulté sur le marché du travail. J’ai été chanceuse. » Dans toute sa carrière, elle n’a retiré que deux mois de chômage!

Pour travailler, les immigrantes sont prêtes à bien des sacrifices. Il y a six ans à peine, Iliana Hristova débarquait de Sofia, en Bulgarie, avec son fils et son mari, psychologue. Cette diplômée en génie civil parlait un français haché et, en bonne ex-communiste, ne savait pas tourner un C.V. ni passer une entrevue d’embauche. Son premier job, un contrat en Alberta, l’a forcée à quitter sa famille pendant un an… et à emprunter ! « J’étais payée au salaire minimum et je louais une chambre au prix de mon appartement à Montréal. Mais je savais que sans expérience, je n’arriverais à rien; et je devais apprendre l’anglais. » Le pari s’est révélé payant. Peu après, cette spécialiste en traitement des eaux usées a obtenu un poste de gestionnaire des déchets en Outaouais, avant d’être promue en Montérégie. Il y a quelques mois, elle s’est fait construire une belle maison en brique dans un quartier neuf de Salaberryde- Valleyfield. « Avec des fenêtres en arcades, précise-t-elle fièrement. On continue dans la bonne voie. »

Les exemples de réussite abondent. Et pourtant, les néo-Québécoises n’occupent pas leur juste place sur le marché du travail. À 12,4 %, leur taux de chômage excède de beaucoup celui de la population féminine québécoise, qui était de 7,7 % en 2001.

« Les entreprises ne reconnaissent pas la valeur des diplômes et de l’expérience acquise à l’étranger », déplore Karim Touchene, chargé de projet au Centre d’encadrement pour jeunes filles immigrantes (CEJFI), à Saint-Laurent. Son organisme aide des femmes provenant de 35 ethnies, dont plusieurs d’origine africaine. Parmi elles, beaucoup d’universitaires. Leur problème numéro un ? L’accès au travail, affirme cet ingénieur en informatique, émigré d’Algérie il y a deux ans. Le CEJFI a d’ailleurs lancé une recherche-action pour savoir comment les immigrantes pourraient se tailler une place dans l’administration municipale de Montréal, un secteur où elles sont sous-représentées.

Shafiqa Allayer, 38 ans, a vite compris que le principal problème des personnes immigrantes est la reconnaissance des acquis (voir encadré « L’ordre professionnel : un obstacle ? »). « À chaque pas, pour nous, il y a un blocage », constate-t-elle, avec une pointe d’amertume. Cette médecin de Kaboul, en Afghanistan, avait 11 ans d’expérience lorsqu’elle a débarqué à Montréal, en 2001. Pour accéder au Collège des médecins, elle devrait passer trois examens à environ 1 000 $ chacun et faire un stage. Les tests sont d’une extrême difficulté, les places d’interne quasi introuvables. « Et toutes les banques auxquelles j’ai demandé un prêt me l’ont refusé. » Mission impossible!

Très bien, s’est dit Shafiqa. Elle s’est inscrite à l’université pour reprendre sa médecine. Mais comme elle n’a pas de copie de son diplôme (son pays natal ne répond plus), McGill l’a renvoyée au collège. Et le Cégep Dawson, au secondaire ! Alors, elle a demandé à Emploi-Québec une formation d’infirmière auxiliaire pour entrer dans le système de santé et y faire éventuellement son chemin en étudiant. ler a refusé, arguant que les boursiers doivent rester dans les créneaux pour lesquels ils ont été formés. « Au Canada, le système est bon pour les immigrants peu qualifiés, pas pour les professionnels, juge Shafiqa. Si nous pouvions suivre un entraînement de deux ou trois ans pour rafraîchir nos connaissances, et passer les examens graduellement, tout le monde serait content, non ? » Pour l’instant, elle travaille comme intervenante au Centre communautaire des femmes sudasiatiques pour nourrir ses deux enfants et payer les examens de son mari, chirurgien pédiatrique, qui étudie à la maison. Il en a déjà réussi un… S’il redevient médecin, il lui rendra la pareille.

Tina De Luca, directrice de l’Association des femmes immigrantes de l’Outaouais, remarque que les femmes sont souvent prêtes à faire plus de compromis que leur mari pour intégrer le marché. « Comme elles pensent avant tout à faire vivre leur famille, elles vont accepter plus facilement un travail qui n’a pas de lien avec leur formation, dit cette Québécoise née de père italien. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi; ça leur permet entre autres de pratiquer le français. » Mais elle fait tout de même circuler une pétition pour que soient mieux reconnus les diplômes des immigrants, à l’intention de l’Assemblée nationale.

Michèle Vatz-Laaroussi, arrivée de France en 1992 pour devenir professeure en service social à l’Université de Sherbrooke, est fascinée par la force de nombreuses immigrantes. « Elles jouent un rôle important dans les stratégies familiales d’intégration par leurs habiletés liées à la condition féminine : la création de réseaux, la débrouillardise, le savoir informel. Parfois même, elles deviennent un modèle pour leur conjoint, dit la chercheuse, qui étudie ce sujet depuis longtemps. L’homme, qui ne se valorise souvent que par le travail, est dévasté par le chômage ou un job médiocre. La femme, elle, parvient à se reconstruire autrement, en se basant sur son statut de mère ou ses relations. »

Malgré tout, les immigrantes vivent cruellement la déqualification professionnelle. De plus en plus, celles qui arrivent ici travaillaient dans leur pays d’origine. Certaines œuvraient même dans des créneaux non traditionnels : les Européennes de l’Est et les Arabes, entre autres, sont étonnamment nombreuses dans les professions masculines telle l’ingénierie. « Mais lorsqu’elles arrivent ici, comme leurs qualifications ne sont pas reconnues, on les renvoie à des métiers traditionnels ! Elles vont dans les garderies s’occuper des enfants ou faire de la couture dans les usines de textile », déplore Michèle. La conciliation travail-famille, jadis assez aisée grâce au soutien de la parenté, devient aussi un véritable casse-tête. « Elles qui arrivent avec une idée de promotion sociale se retrouvent amèrement déçues. »

En 2003, le Comité sectoriel d’adaptation de la main-d’œuvre pour personnes immigrantes a publié une passionnante Étude exploratoire sur la situation des salariées immigrantes au Québec. Celle-ci compare le revenu annuel médian et la répartition par secteurs d’emploi des femmes de 20 communautés culturelles. L’injustice crève les yeux. Les travailleuses des minorités visibles, sous-représentées dans les créneaux payants, sont mal rémunérées presque partout. Dans la catégorie des soins de santé et services sociaux, par exemple, les Africaines, Latino-Américaines, Arabes et Asiatiques occidentales gagnent au minimum 10 % de moins que les Québécoises de naissance — avec les Grecques et les Espagnoles, traditionnellement moins scolarisées.

« Les femmes de couleur n’ont pas de mal à trouver un emploi mal payé. Le problème, c’est quand elles briguent des postes de professionnelles », remarque Christiane Nkolo, en me versant un délicieux jus d’ananas au gingembre. Cette ex-Camerounaise aux longues tresses, 35 ans et trois enfants, rédige une maîtrise sur l’insertion en emploi des Africaines noires dans la région de Québec. Elle a interviewé 14 immigrantes, dont 12 travaillent… mais sous leurs qualifications. En revanche, celles qui ont grandi au Québec s’en tirent mieux. « Les femmes ne connaissent pas le marché du travail, constate-t-elle. En Afrique, tu as un diplôme, un oncle te donne un emploi; ici, l’expérience joue un plus grand rôle. Mais on fait comme chez nous, on néglige de prendre de petits contrats pendant nos études, alors notre compétence est moins reconnue. »

À cela s’ajoutent les tâches domestiques et les soins aux enfants. Souvent, celles qui arrivent ici n’ont plus le soutien de leur réseau familial et pas encore celui de leur conjoint. « L’homme ne comprend pas qu’il doit t’aider. Il te traite de féministe. Ça cause des divorces. » Christiane sait de quoi elle parle. Lorsqu’elle est arrivée au Québec avec son premier mari, il y a 14 ans, tous deux étudiaient à temps plein; mais alors qu’elle courait à la maison dès 15 h pour mitonner le souper, lui prenait des détours. Ça n’a pas duré… De plus, les Noires se butent encore à beaucoup de préjugés. « On imagine une femme avec des problèmes de violence conjugale, qui n’a pas d’initiative, qui n’est pas intelligente », énumère-telle, lucide.

Plus aucun préjugé racial ne peut surprendre Aoura Bizzarri, directrice du Collectif des femmes immigrantes du Québec. Les clichés sont si répandus que son organisme donne des ateliers pour apprendre aux néo-Québécois comment les déjouer. « L’employeur a peur que la personne arabe s’arrête cinq fois par jour pour prier, que la Latino arrive en retard le matin, que la Haïtienne travaille trop lentement, etc. Il n’ose pas lui poser la question, de peur de passer pour raciste. Il faut que les immigrants apprennent à le rassurer sur ses craintes non exprimées », dit-elle. En présumant qu’il accepte de les entendre. De décembre 2003 à octobre 2004, Aoura a offert à 56 associations professionnelles, telles les chambres de commerce, d’aller à leurs déjeuners-causeries pour présenter en quelques minutes des immigrantes au C.V. exceptionnel. Toutes ont refusé…

Aoura a quitté son Italie natale en 1971. Lorsqu’elle a cherché un emploi d’ouvrière tricoteuse, elle s’est fait répondre qu’il n’y avait pas de toilettes pour elle à l’usine. Ici, les tricoteurs étaient tous des hommes! Elle a été représentante Tupperware avant de fonder le Collectif, en 1983, pour porter les revendications des immigrantes de toutes origines. Depuis 15 ans, l’organisme développe surtout des projets d’aide à l’emploi, comme son service de présélection de la main d’œuvre pour les entreprises de la région de Montréal, qui remporte un franc succès. « Seulement trois personnes se sont fait licencier en huit ans, dit la sémillante dame. Si quelqu’un répond aux besoins, qu’il soit blanc, rouge, jaune, vert, on s’en fout ! » Il faudra bien qu’on s’y habitue, puisque les immigrants appartiennent aux minorités visibles dans une proportion croissante.

C’est au boulot que se révèlent le plus les tensions raciales, prévient toutefois Yolette Lévy. Surtout lorsqu’il implique des discussions enflammées. « Quand on n’est pas d’accord, que le seuil de tension est atteint, là, on voit apparaître le racisme. Ce ne sont pas des injures. C’est plus fondamental. Les gens te disent : “Chez nous, au Québec, on fait ça comme ça”… »

Parfois, le rejet tient à un détail aussi anodin que l’accent. Parlez-en à Patricia Weber, cofondatrice de La Beauce, c’est nous aussi, organisation d’accueil pour les nouveaux arrivants. Mariée à un gars du coin, cette enseignante d’origine alsacienne, recyclée dans l’hôtellerie, s’est fait accueillir ainsi par une collègue : « Ah non, pas une Française ! » Tandis que Michèle Dhaïti, arrivée de Port-au-Prince dans les bras de sa mère, à 3 ans, ne s’est jamais fait chanter de bêtises, malgré sa peau dorée et sa tête pleine de frisettes. « Je parlais sans accent et j’avais les mêmes références culturelles que les jeunes de mon âge. J’imagine que ça rassurait les gens », suppute l’anthropologue de 48 ans, professeure au Collège François-Xavier-Garneau, à Québec.

De son immigration, Michèle Dhaïti ne se rappelle plus que les sachets d’arachides distribués dans l’avion, qui lui ont donné à tout jamais le goût du beurre de « pinottes » ! Élevée à Joliette, cette fille de médecin n’a pas souvenir d’avoir été traitée en étrangère. Les difficultés vécues par les immigrants, elle en a pris conscience dans ses cours, à l’université. Elle a alors appris le créole et s’est engagée dans des organismes tel Garneau International, qui organise des stages interculturels et des ateliers pour les institutions désirant « gérer la diversité ». Ce qui lui a valu le prix Olivier-Le Jeune 2004, attribué dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. « Les immigrants de deuxième génération se dirigent dans les mêmes créneaux d’emploi que les Québécois de souche, se réjouit-elle. Il n’y a rien de fermé pour eux, et sinon, ils enfoncent les portes. »

Refaire sa vie dans un autre pays ne sera jamais une partie de plaisir. Il y a sept ans, Marie-Cécile Symons vendait sa maison en Belgique et chargeait ses meubles sur un bateau. Là-bas, entre l’affaire du pédophile Dutroux et le passage à l’euro, elle n’entrevoyait qu’un avenir morose pour elle, son mari et sa fille. Ici, cette secrétaire de direction bilingue a mis deux semaines et demie pour décrocher un emploi. Mais oh là là, le dépaysement ! Elle demandait une gomme? Elle recevait une chique plutôt qu’une « efface ». Quelqu’un voulait un cartable ? Elle pensait à un sac à dos ! Le choc culturel l’a aussi secouée. Dans une lettre d’opinion publiée dans le journal Le Soleil, en janvier, elle raconte combien il est dur de recommencer une carrière au bas de l’échelle et de modifier certaines attitudes pour ne pas être traitée de « maudite Française ». Malgré tout, elle apprécie son travail dans un cabinet d’avocats. « Je trouve mes employeurs humains. Chez nous, si tu pars à 17 h, c’est vu comme un manque de sérieux. Pas ici. »

Le Québec devrait accueillir environ 45 000 immigrants cette année, dont 65 % de la catégorie économique (travailleurs et investisseurs). Saura-t-il le faire avec hospitalité ? En mars 2004, le ministère des Finances a sabré dans les sommes allouées à leur accueil. Inquiets, plusieurs organismes de la région de Québec ont publié une lettre de protestation dans les journaux. Parmi les signataires, Hortensia R. Siles, directrice de l’Association Québec- Bolivie. « Les professionnels vont sans doute s’en tirer. Mais les autres ? » demande cette digne dame couronnée de cheveux noirs, qui a œuvré pendant 30 ans comme travailleuse sociale dans la capitale.

Hortensia se décrit aujourd’hui comme une « ex-immigrante ». Mais elle n’a rien oublié de ces longs mois de 1971-1972 où elle a attendu les visas de ses deux fils et de son mari, l’actuel consul de Bolivie au Québec. « Chaque soir, j’écrivais à ma famille et je pleurais jusqu’à minuit. Quand tu as le sentiment de ne pas avoir de contrôle sur ta vie, c’est horrible. » Le jour, elle travaillait à l’hôpital psychiatrique Robert- Giffard. Le soir, elle corrigeait ses notes de dossiers, dictionnaire sur les genoux. Dur? Sans doute. Mais elle garde cette intime conviction : « Si je n’avais pas travaillé, j’aurais pu sombrer dans une dépression profonde. »

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre