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Rareté des ressources, services thérapeutiques peu adaptés et recherche embryonnaire, beaucoup reste à faire pour venir en aide aux femmes violentes.

Le groupe Option, organisme communautaire de Montréal qui offre des services psychothérapeutiques aux femmes et aux hommes violents, a été le premier à mettre sur pied un groupe de thérapie pour femmes violentes, en . La moitié des participantes y sont envoyées par la Cour criminelle. Dès le départ, la demande a été plus forte que l’offre. C’est toujours le cas aujourd’hui. « Les listes d’attente sont longues », reconnaissent François Lepage, responsable clinique, et sa collègue Annie Simard.

À Québec, la maison de transition CRC Expansion-Femmes offre un programme semblable depuis  : Temps d’arrêt. La majeure partie de sa clientèle a un dossier criminel. « Ces femmes ont de sérieux problèmes de comportement et ont commis des délits très graves. Elles nous arrivent en détresse et veulent arrêter de faire souffrir les gens », dit Marie-Ève Bourgoin, conseillère clinique.

La plupart des programmes d’intervention sont de courte durée, habituellement 12 semaines, sauf chez Option, où les participantes s’engagent à assister à 21 rencontres au minimum. Tout le milieu s’entend pour dire que ce n’est pas assez, mais les moyens financiers manquent. « On n’a pas le temps de modifier les comportements en un si court laps de temps. C’est vraiment une amorce », dit Serge Héneault, travailleur social au Centre jeunesse de Laval et concepteur du Groupe de réflexion et d’intervention pour femmes ayant des comportements violents.

Comme la plupart des praticiens, Marie-Ève Bourgoin est réaliste quant aux limites des programmes actuels. « On vise une diminution de la fréquence et de la gravité des gestes violents. Si une femme frappe son conjoint cinq fois de moins par semaine, c’est déjà ça de gagné. »

Au manque de ressources s’ajoute le fait que la violence des femmes est loin d’être comprise et documentée. « Il reste encore beaucoup de recherche à faire pour ne pas avoir une vision faussée de cette violence. L’analyse sociopolitique pour comprendre ces comportements nous fait encore défaut », explique Odile Boisclair, travailleuse communautaire à L’R des centres de femmes du Québec.

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des “agresseures” et lancer le débat du “comment s’en occuper” », renchérit Manon Monastesse, coordonnatrice à la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval. Même son de cloche chez Ruth Gagnon, directrice de la Société Elizabeth Fry : « Il y a eu beaucoup d’études sur la victimisation des femmes, mais rien pour alimenter notre travail auprès des femmes en tant qu’“agresseures”, pas de recherches pour développer des outils cliniques. Les chercheurs commencent à regarder cet angle, mais ça demeure encore parcellaire. »

« Il a fallu des années pour mettre sur pied des programmes sur la violence faite aux femmes. Ça va prendre un certain temps pour qu’ils leur soient adaptés », affirme Nathalie Duhamel, présidente du collectif La Corriveau, un centre de recherche et d’action sur les femmes marginalisées et criminalisées.

Et surtout, il importe de développer des approches féministes, souligne Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes. « Il n’existe pas d’enseignements qui développeraient un esprit critique sur nos conceptions des rapports sociaux de sexe et sur leurs conséquences dans nos interventions. Nous travaillons avec nos préjugés qui ne sont pas déconstruits. Par exemple, si je pense que les femmes sont aussi violentes que les hommes et de la même manière, alors j’interviendrai sans tabous mais dans un ensemble de préjugés. »

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