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Photographie de Karol O'Brian

Le taux de violence conjugale chez les lesbiennes est le double de celui des hétérosexuelles. Explications.

D’après Statistique Canada, le taux de violence conjugale chez les homosexuelles est le double de celui déclaré par les hétérosexuelles (15 % contre 7 %). Karol O’Brien, cofondatrice du Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes, à Montréal, estime plutôt qu’il se situe autour de 22 à 24 %, un chiffre extrapolé à partir de statistiques américaines. Mais comme il s’agit d’une population marginale et camouflée, tous les pourcentages demeurent approximatifs.

« L’homophobie constitue un facteur important de la violence dans les couples de lesbiennes, explique Françoise Guay, du Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes. Le fait d’appartenir à un groupe social stigmatisé produirait un stress qui ferait augmenter les conflits dans le couple. L’homophobie et la misogynie ambiantes peuvent aussi avoir été intégrées par une lesbienne violente, qui extériorise cette haine sur sa compagne. » C’est ce qu’on appelle la lesbophobie intériorisée.

Certains hommes assoient leurs privilèges en ramenant sans cesse leur conjointe à son rôle de femme traditionnel. Certaines lesbiennes exercent la même violence. « Elles vont réaffirmer ce rôle à leur partenaire qui s’éloigne du modèle rassurant qu’elles ont intériorisé. Les lesbiennes peuvent ainsi reproduire la dynamique des relations hétérosociales », fait valoir Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes.

Karol O’Brien l’admet : le sujet demeure tabou dans la communauté homosexuelle. « La société a l’image que deux femmes ensemble, c’est beau, c’est doux, c’est tendre. Reconnaître la violence, c’est briser cette belle image. »

Créé en , le Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes est le seul au Canada à soutenir les victimes et à former le milieu communautaire pour leur venir en aide. « Il y a des avancées importantes, mais nous sommes encore très loin de reconnaître cette violence et d’offrir des services adéquats », soupire-t-elle.

Les femmes elles-mêmes n’osent pas se plaindre. « Bon nombre vont préférer taire la violence dont elles font l’objet pour éviter de contribuer à l’image négative des lesbiennes. Cela […] au moment où elles commencent à peine à obtenir une acceptation sociale et une reconnaissance de leurs droits comme citoyennes », écrit la sociologue Françoise Guay dans son étude La violence conjugale chez les lesbiennes (publication du CRI-VIFF, ).

Le Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes a mis sur pied des groupes de soutien d’une durée de 13 semaines. Parfois, cette thérapie est la seule porte de sortie. En effet, plusieurs lesbiennes ne s’adresseront pas aux maisons d’hébergement de peur d’y rencontrer de l’homophobie, à laquelle elles ne se sentent pas en mesure de faire face en période de crise. « L’accès des lesbiennes aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence ne semble pas acquis », note Françoise Guay, en précisant que peu d’intervenantes ont les connaissances nécessaires pour bien les accueillir.

Le Groupe offre une formation gratuite sur le sujet aux divers organismes de Montréal. Celle-ci trouve rarement preneur. « Les gens nous disent : “On n’a pas de lesbiennes chez nous.” Ou encore : “On accueille toutes les femmes de la même façon.” Pourtant, quand on donne la formation, on voit énormément de craintes et de préjugés. Par exemple, l’une des inquiétudes des intervenantes en maison d’hébergement, c’est de savoir si une lesbienne tentera de séduire une autre femme », dit Karol O’Brien. L’organisme rencontre aussi les étudiants en techniques policières afin de les sensibiliser. « Bien des policiers voient la violence conjugale des lesbiennes comme des chicanes de sœurs ou de voisines. Quand ils se rendent au domicile d’un couple hétérosexuel en crise, ils séparent les conjoints, chacun dans une pièce. Les lesbiennes, ils les laissent ensemble ! »

L’organisme a récemment conçu un programme d’intervention pour lesbiennes violentes. Qui dort sur une tablette, faute de financement. « C’est important d’aider les “agresseures”, ne serait-ce que pour éviter que la violence se reproduise », plaide pourtant Karol O’Brien…

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