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Photographie de Dianne Lavallé

La violence, tout le monde en parle. Sur toutes les tribunes et parfois n’importe comment. D’autant plus que, pour reprendre le dossier de la Gazette des femmes, il y a un certain discours à la mode voulant que les femmes soient aussi violentes que les hommes dans le couple.

Entre l’exagération du phénomène de la violence des femmes envers leur conjoint et son déni, où se trouve la vérité ? Cette question, les féministes doivent se la poser. Notre crédibilité passe par le fait de porter un regard lucide sur la situation. Comme le dossier de la Gazette des femmes permet d’ailleurs de le faire.

À mon avis, il faut à tout prix éviter de se laisser paralyser par le discours masculiniste, qui monte en épingle la violence des femmes. La tentation est forte de rester sur la défensive, et par conséquent, de ne pas analyser cette violence. Le danger réside justement là : en ne nous appropriant pas ce dossier, nous laissons le champ libre aux personnes qui récupèrent les statistiques de façon erronée.

Mais commençons par le commencement. Tout d’abord, non, les femmes ne sont pas aussi violentes que les hommes dans le couple. Lorsqu’on prend le temps de décortiquer les chiffres et les études, tout nous indique que le type de violence qu’exerce chacun des deux sexes n’est pas de même nature. Les hommes posent généralement des gestes plus graves. Ce sont les femmes qui, majoritairement, subissent des agressions sexuelles, s’absentent du travail ou se retrouvent à l’hôpital à cause de blessures physiques. Dans les pires cas, elles se font tuer.

Cela dit, il faut aussi admettre qu’il y a des femmes violentes. Le dossier de la Gazette des femmes nous montre bien le malaise que beaucoup de féministes et d’intervenants sur le terrain éprouvent à l’égard de ce phénomène. Parce qu’il existe une bonne expertise, parce qu’on étudie la question depuis de nombreuses années, il demeure plus facile de traiter les femmes victimes que les femmes « agresseures ». Ces dernières ont pourtant besoin d’aide. Les soutenir, leur offrir des thérapies adaptées à leurs besoins, c’est aussi contribuer à briser le cercle de la violence.

Pour le moment, les ressources pour les femmes violentes demeurent rares et peu financées. Les enquêtes et les études manquent aussi. Il importe donc de bien documenter le phénomène. La question de l’intervention policière ainsi que celle des ressources en santé et services sociaux et du milieu communautaire auprès des victimes masculines devraient également faire l’objet d’une attention particulière.

Faire la lumière sur le sujet, oser en parler sur la place publique évitera les dérapages auxquels nous avons droit depuis quelque temps. Aidons les femmes violentes et les hommes réellement victimes sans pour autant laisser croire à une symétrie de la violence. Et continuons à soutenir fortement les femmes violentées et les hommes violents.

Dans un tout autre ordre d’idées, et puisque tout le monde en parle aussi, du moins beaucoup dans les milieux féministes, j’en profite pour féliciter l’équipe de La Vie en rose. Ce magazine féministe des années 1980 renaît le temps d’un numéro hors série, 18 ans après sa disparition. Les rédactrices nous proposent 152 pages de souvenirs et de questionnements inachevés. Quand on connaît la rareté de ce genre de presse au Québec, je ne peux que leur dire : chapeau !

Publier un magazine de ce genre relève souvent de l’exploit. D’ailleurs, dans le paysage de la presse féministe, la Gazette des femmes demeure la seule survivante. Vous tenez donc entre vos mains une source d’information précieuse. Depuis 26 ans, on y traite en profondeur de sujets peu abordés, sinon effleurés dans les autres médias. Des journalistes de talent y ont pris et y prennent encore la plume sans relâche, dont plusieurs des rédactrices de La Vie en rose, pour vous apporter un regard indispensable sur la vie des femmes d’ici et d’ailleurs.

Alors, parlez-en de votre magazine. À vos amies et amis, à vos collègues, à votre famille. Pour qu’il rayonne davantage, il faut que tout le monde en parle !

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