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Oui, les Québécoises ont, au cours des 30 dernières années, accompli des pas de géante. Oui, les rapports entre les sexes ont passablement évolué. Mais non, l’égalité n’est pas atteinte. Des zones de résistance persistent. La disparité économique entre les femmes et les hommes n’a pas disparu comme par magie. La violence conjugale n’a pas cessé. Les femmes sont toujours le plus souvent soustraites à l’exercice du pouvoir. La résurgence des stéréotypes nous déconcerte plus que jamais. Les inégalités sur le marché du travail demeurent. Et la conciliation travail-famille repose encore largement sur les épaules des mères… Un plafonnement qui commande sans doute de revoir, pour les renforcer, les stratégies d’approche.

Devant ces constats, le Conseil du statut de la femme, dans son récent avis Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes, envoie un message clair au gouvernement : il doit poursuivre ses actions visant à corriger les inégalités que subissent encore les femmes, et prendre les moyens permettant de prévenir les discriminations dans l’élaboration de ses lois, de ses politiques et de ses programmes. Et comme le temps d’une nouvelle lancée s’impose, nous l’invitons également à utiliser ses leviers afin de partager l’objectif de l’égalité avec plus de partenaires. Notamment les hommes ouverts à ces questions.

À cet effet, le Conseil s’est largement inspiré, pour l’élaboration de son avis, des réflexions sur le rôle des garçons et des hommes dans la poursuite de l’égalité entre les sexes menées dans des organisations internationales comme l’ONU et l’Union européenne. Et dans des États parmi les plus progressistes en la matière, dont les pays nordiques.

La recommandation du Conseil au gouvernement d’inclure cette approche a fait couler beaucoup d’encre. Pour certaines, elle semble aller de soi tellement elle est indissociable de leurs terrains d’action. Mais pour d’autres, cette approche apparaît pour le moins « inconfortable » et fait craindre qu’on ne puisse plus avoir de lieux spécifiques aux femmes. Voilà qui illustre les visions différentes, en même temps que toute la richesse, du mouvement féministe. À l’instar des grands mouvements sociaux, celui des femmes comporte de multiples voix et est traversé par des chassés-croisés de valeurs et de théories diverses. Bien que les actions et les stratégies des féministes universitaires diffèrent souvent de celles du mouvement associatif et des féministes d’État, elles sont toutes aussi complémentaires et essentielles, et trouvent leur raison d’être dans l’objectif qui les rallie : l’atteinte de l’égalité, tant de fait que de droits, entre les femmes et les hommes. Cet amalgame de courants, qui dans le passé a permis toutes nos avancées, continuera, j’en suis convaincue, à bien servir les Québécoises.

Bien au-delà d’une ouverture plus grande à créer des alliances avec les hommes, le Conseil croit cependant que l’engagement de l’État demeure indispensable à la réussite du projet d’égalité. En effet, c’est lui qui est responsable de la promotion de l’égalité entre les sexes au même titre qu’il est responsable de la justice, de la liberté et de la sécurité. Pour être efficace, cet engagement doit non seulement être celui du gouvernement central, mais il nécessite la responsabilisation des parlementaires, de même que celle des instances régionales décentralisées et des différents acteurs sociaux, tels les syndicats et les entreprises.

Ainsi, s’inspirant de la Charte de l’égalité adoptée par la France, en vigueur depuis le , nous proposons la création d’une Table des partenaires de l’égalité, un forum permanent de partage d’expériences, de concertation et de mobilisation qui réunirait des acteurs socioéconomiques et des regroupements d’instances régionalisées.

De plus, il est suggéré que la question de l’égalité fasse l’objet d’un suivi régulier dans le cadre d’une commission parlementaire, le niveau le plus élevé d’imputabilité politique. Un bilan des actions du gouvernement et des résultats obtenus pourrait être produit tous les cinq ans.

Pour la première fois, les citoyennes et les citoyens sont invités à se prononcer en commission parlementaire sur le contenu d’une politique de l’égalité entre les sexes. Ce sera l’occasion d’indiquer au gouvernement l’importance de s’engager à faire de l’égalité entre les sexes la base d’un nouveau contrat social.

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