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La féminisation de la médecine aura des conséquences majeures sur le système de santé, affirment les associations professionnelles médicales. En , 43 % des omnipraticiens et 30 % des médecins spécialistes étaient des femmes, selon les dernières statistiques du ministère de la Santé et des Services sociaux. En , elles ne représentaient qu’un maigre 6 % des spécialistes et 20 % des généralistes. Leur part a augmenté pour toutes les tranches d’âge, mais elle culmine chez les jeunes: les deux tiers des médecins âgés de moins de 34 ans sont des femmes. Le constat n’est pas nouveau, mais on commence seulement à entrevoir les conséquences de ces changements.

Le Collège des médecins de famille du Canada, l’Association médicale canadienne, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé viennent de publier les résultats d’une vaste enquête menée auprès des 61 751 médecins canadiens en exercice en , qui montre que le vieillissement et la féminisation des effectifs créent une pression sans précédent sur le système de santé. Entre autres, la féminisation se traduit par une diminution du nombre d’heures travaillées par les médecins et chirurgiens. Il faut dire qu’en moyenne, ces professionnels sont à l’œuvre à par semaine si on inclut le temps de garde. Un sur dix, homme ou femme, fait plus de de garde par mois?!

Tous âges confondus, les femmes médecins, spécialistes ou omnipraticiennes, travaillent environ 7 heures de moins par semaine que leurs collègues masculins (46 heures contre 53), car elles supportent davantage de responsabilités familiales. Elles sont nombreuses à craquer. En 2 000, un groupe de chercheurs de Toronto a mené une enquête détaillée auprès de 200 femmes médecins au Canada. La moitié d’entre elles montraient un niveau de stress élevé, près d’une sur cinq consommait des antidépresseurs. Dans l’année précédant l’enquête, les deux tiers d’entre elles avaient été injuriées pendant leur travail et 11 % avaient subi des violences physiques?!

Le grand sondage national montre que les jeunes médecins des deux sexes sont plus nombreux que leurs aînés à refuser ces conditions de travail épuisantes, qui nuisent aussi à la qualité de leur travail. Globalement, un médecin sur quatre compte réduire ses horaires dans les deux prochaines années. Déjà, les deux tiers des femmes médecins de famille et 57 % des hommes n’acceptent plus systématiquement de nouveaux patients. Seuls 15 % des femmes et 11 % des hommes font encore des accouchements.

Les associations craignent aussi une dévalorisation de la profession, comme en Russie, où la féminisation s’est accompagnée d’une importante dégradation des conditions de travail et de la reconnaissance publique. L’une des questions posées aux spécialistes canadiens portait sur l’influence de divers facteurs sur le choix de leur discipline. Les réponses obtenues sont révélatrices. Le tiers des hommes, contre 20 % des femmes, ont tenu compte du potentiel de revenus dans leur décision. La flexibilité et la prévisibilité de la charge de travail ont en revanche influencé 54 % des femmes spécialistes, mais seulement 37,5 % de leurs collègues masculins.

  • Sondage national auprès des médecins
  • « Women Physicians and Stress », D.E. Stewart et al., Journal of Women’s Health & Gender-Based Medicine (), vol. 9, no 2, p. 185-190.
  • INFO-MÉD. Bulletin d’information sur la répartition des médecins selon le sexe et l’âge, ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, .

À lire aussi

  • « A force to contend with: The gender gap closes in Canadian medical schools », Burton KR, Wong IK, Canadian Medical Journal Association (), vol. 170, no 9, p. 1 385-1 386.

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