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Le gouvernement espagnol veut en finir avec la mode de la maigreur. Une image qui contribuerait au phénomène de l’anorexie.

Le gouvernement espagnol a lancé un défi de taille à l’industrie de la mode. Et c’est tout le contraire d’un régime minceur ! Avec les grands fabricants de vêtements, la ministre de la Santé, Elena Salgado, a entrepris en une étude pour établir la taille moyenne des Espagnoles. « Il faut en finir avec la dictature du 36 [l’équivalent de notre taille 6] », dit-elle.

Pourquoi tout ce branle-bas ? Parce que sur 40 millions d’Espagnols, 1 million souffrent ou sont susceptibles de souffrir d’anorexie et de boulimie. Surtout des filles et des jeunes femmes influencées, croit-on, par l’image des mannequins ultra minces et par le discours sur l’obésité.

Fini, les mannequins maigrichons ! Les designers sont invités à proposer une image réaliste du corps féminin et les commerçants à mettre des vêtements plus amples dans les vitrines. Les organisateurs de défilés de mode, eux, devront faire appel à des mannequins plus en chair. En Andalousie, dans le sud de l’Espagne, il est déjà interdit d’exposer en vitrine des vêtements dont la taille est inférieure à 38 (notre taille 8). Depuis , le Salon de la mariée de Barcelone respecte aussi ce standard lorsqu’il embauche les mannequins pour ses défilés.

L’initiative de la ministre espagnole n’a toutefois pas trouvé écho ailleurs en Europe, encore moins de ce côté-ci de l’Atlantique. Pourtant, les troubles de l’alimentation atteignent des proportions… troublantes ! « Au cours des 15 dernières années, l’âge moyen des premiers symptômes d’anorexie est passé de 15 à 11 ans. On en voit même parfois chez des fillettes de 8 ou 9 ans », rapporte Franziska Baltzer, directrice de la Clinique de l’adolescence de l’Hôpital de Montréal pour enfants. On diagnostique même des cas d’ostéoporose — une maladie des os propre à la vieillesse ! — chez des filles devenues anorexiques avant d’avoir atteint la puberté. « L’anorexie bousille les cycles menstruels et diminue la production d’œstrogènes, ces hormones nécessaires à la croissance des os », dit la Dre Baltzer.

Et puis il y a les « fausses anorexiques ». Des jeunes qui ne manifestent pas les véritables symptômes de la maladie, tels que l’anxiété et la hantise de l’échec, mais qui se sous-alimentent et consomment des substances comme les métamphétamines ou les produits amaigrissants pour se couper l’appétit.

Contrairement aux « vraies » anorexiques, qui se replient souvent sur elles-mêmes, les « fausses » se regroupent pour discuter de leurs expériences. Certaines partagent même leurs trucs sur Internet. « C’est devenu in de jouer à l’anorexique », déplore la Dre Baltzer. Josée Champagne, directrice générale de l’Association québécoise d’aide aux personnes souffrant d’anorexie nerveuse et de boulimie, fait le même constat. « Quand nous allons parler aux jeunes dans les écoles, ils nous disent qu’ils ont peur d’engraisser. Les régimes font presque partie des rites de passage de l’adolescence. »

L’expérience de Marie-Christine, elle, n’a rien d’un rituel. À l’âge de 14 ans, cette première de classe anxieuse et ultra perfectionniste se met à sauter des repas, à recenser chaque calorie gobée. Elle se lance à corps perdu dans la course à pied et la natation (une heure par jour). « Je trouvais les autres filles toutes plus minces que moi ! » Son poids passe de 110 à 85 livres en deux ans, raconte ce petit bout de femme d’à peine 5 pieds. Ses règles disparaissent. Elle n’a plus que la peau et les os, mais ses proches ne réagissent pas. « Mes amies pensaient que c’était un caprice d’enfant riche, pas un comportement lié à une forme de dépression. Mes parents m’en parlaient un peu, mais ils étaient trop absorbés par leurs activités pour vraiment s’occuper de moi. »

Un jour, son corps flanche. Marie-Christine a 16 ans. Elle se trouve à New York pour une sortie scolaire. « Je me suis évanouie dans un musée. Un prof m’a ramenée à Montréal », raconte-t-elle. Ça a été la fin de son voyage, mais surtout la fin d’un long combat mené contre son corps. Pendant près d’un an, Marie-Christine sera suivie par la Dre Baltzer et ses collègues. Une thérapie familiale permet de resserrer les liens avec ses parents. Elle a peu à peu repris du poids, et pèse aujourd’hui 100 livres.

Aujourd’hui, à 18 ans, Marie-Christine est confiante. Elle mange cinq petits repas par jour et a toujours une barre repas à portée de la main. Elle a aussi appris à contrôler ses angoisses. Elle a terminé avec brio sa première année de cégep en lettres et rêve de voyager en Afrique avant d’entrer à l’université. Elle ne nage plus, mais fait du jogging… seulement quand ça lui tente. « Avant, je ne tirais aucun plaisir du sport. Maintenant, je suis capable de m’amuser. »

Mais qu’est-ce qui a pu pousser Marie-Christine à s’autodétruire ainsi ? « Ça remonte à mes 10 ou 11 ans. J’avais pris un peu de poids avant la puberté. Mes parents me disaient de faire attention à ce que je mangeais. » Une petite phrase innocente qui a des conséquences graves, rappelle la Dre Baltzer.

« Les parents et les professeurs d’éducation physique, obsédés par la lutte à l’obésité ou par leur propre poids, finissent par alimenter les complexes des jeunes. Et puis la société ne valorise plus les repas comme une activité sociale. Elle a réduit l’acte de manger à l’assimilation de calories. »

Mince alors!

  • En , un mannequin professionnel pesait 8 % de moins que la moyenne des femmes. En  : 23 % !
  • Selon une étude américaine, le premier souhait des jeunes filles de 11 à 17 ans est d’être plus mince.
  • Moins de 5 % des femmes de 18 à 34 ans sont aussi délicates qu’un top modèle.
  • Plus de 90 % des personnes hospitalisées au Canada pour anorexie ou boulimie sont des femmes.

Aider une amie

  • Ton amie semble-t-elle avoir perdu du poids ?
  • A-t-elle les cheveux secs et la peau desséchée ?
  • A-t-elle toujours les mains froides ?
  • Donne-t-elle son goûter sous prétexte qu’elle n’a pas faim ou pas le temps de manger ?
  • S’investit-elle à fond dans des activités physiques ?
  • Est-elle toujours insatisfaite de ses résultats scolaires et sportifs, bien qu’elle soit première de classe et athlète accomplie ?

« Dans ce cas, préviens un adulte qui peut exercer une certaine autorité sur elle : un parent, un enseignant, l’infirmière de l’école, suggère Franziska Baltzer. Ce n’est pas à toi d’intervenir directement. » Penses-y : l’anorexie est une maladie qui doit être soignée par des professionnels.

Besoin d’aide?

  • Hôpital Sainte-Justine: 514 345-4721
  • Hôpital de Montréal pour enfants: 514 412-4400, poste 22334
  • Hôpital Douglas: 514 761-6131
  • Association québécoise d’aide aux personnes souffrant d’anorexie nerveuse et de boulimie : 514 630-0907 ou 1 800 630-0907

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