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Véronique s’est prostituée de 13 à 23 ans. Elle en a aujourd’hui 27. Elle raconte…

Pourquoi as-tu commencé à te prostituer ?

C’est pas facile à raconter. Je viens d’une famille moyenne très correcte. J’ai eu une bonne éducation dans une école privée. Mais à 11 ans, la séparation de mes parents a été un gros choc pour moi. Je me sentais perdue, sans identité, sans projet. Ma mère m’aimait, mais elle était trop sévère. À 12 ans, j’ai commencé à fuguer. Je faisais souvent du pouce pour aller à Montréal. Un jour, un homme m’a demandé si je voulais faire de l’argent vite. J’en avais besoin. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Nous sommes allés au motel. J’avais 13 ans.

C’était la première fois que tu faisais l’amour ?

Non. J’avais un chum… Après mon premier client, j’ai continué. Sans avoir aimé ça, ça ne m’avait pas dégoûtée. Je recrutais en faisant du pouce à Montréal, etc. Les placements temporaires en famille d’accueil ont commencé… Dans ma tête, les putes, c’était dans les films à la télé. Mais vite, j’ai dû admettre l’évidence : j’étais une prostituée. J’étais dépendante de l’illusion de liberté que l’argent me donnait. Avec de l’argent, je devenais quelqu’un, j’avais du pouvoir.

Et tes parents, ils ne disaient rien ?

Mon père ne vivait plus avec nous. Je me souviens avoir eu tellement honte quand un juge lui a demandé s’il savait que sa fille se prostituait et qu’il a répondu oui. Ma mère savait aussi, mais bon, c’était compliqué, elle souffrait d’une maladie chronique. Je ne sais pas jusqu’à quel point ils auraient pu faire quelque chose. Peut-être…

Tu me parles d’argent, de pouvoir. Mais ça ne devait pas être facile tous les jours ?

Non. À Montréal, je n’avais pas de pimp pour me protéger. Comme j’étais jeune et pas trop « poquée », c’est moi que les clients choisissaient. Forcément, les filles ne m’aimaient pas trop. On m’a battue et volée pour m’inciter à changer de territoire. Avec des clients, souvent j’ai eu mal, j’ai pleuré, et je me suis demandé ce que je faisais là.

Tu t’es prostituée sans arrêt toutes ces années ?

Oui, presque. J’ai travaillé pour une agence d’escortes à 16, 17 ans. Je me faisais 200 $ par soir. Je dépensais tout. À 17 ans, la DPJ m’a « pognée ». J’ai arrêté un an, puis j’ai recommencé. Et là, j’ai connu la cocaïne. De 18 à 23 ans, je ne me souviens pas d’une journée où je n’ai pas fait de clients. J’étais accro à la coke. Ça coûte cher.

Comment t’en es-tu sortie ?

Ça a été long. Un jour, un psy m’a dit que je devais me « grounder », me trouver des racines. Ça m’est resté dans la tête. Après un séjour en prison pour vol, dans la vingtaine, je me suis décidée à réaliser mon rêve : suivre un cours de coiffure. Je continuais à me prostituer, mais de moins en moins. Durant cette période, je suis tombée amoureuse de ma blonde actuelle. Elle était tannée de me voir me prostituer. Un jour, elle m’a lancé : « En tout cas, moi, je ferais jamais ce que tu fais pour 100 $ ! » Ça m’a donné un méchant coup. Le soir de mon bal de finissantes, j’étais tellement fière d’avoir terminé quelque chose ! Il y a eu un déclic. Je me suis dit : « La prostitution, c’est fini. » Pas longtemps après, j’ai arrêté. J’avais 23 ans.

Qu’aurais-tu envie de dire à des adolescentes ?

Accrochez-vous à vos rêves même s’ils vous semblent fous. Et soyez fières de vous, estimez-vous. Si jamais vous sentez le besoin de fuguer, il y a des organismes pour vous aider. Appelez-les, allez-y, ne restez pas seules. En passant : la mode actuelle, je suis pas capable ! Certaines filles s’habillent comme je n’aurais jamais osé le faire quand je me prostituais. On peut être sexy sans aller jusque-là, voyons !

Est-ce qu’il te reste quelque chose de cette expérience ?

Malheureusement, oui. C’est comme si on m’avait volé quelque chose. Mon innocence de petite fille… J’ai joué un rôle de séductrice trop tôt dans ma vie. À 13 ans, quand je revenais chez moi après avoir fait des clients, je jouais encore à la poupée ! Ça a aussi brisé quelque chose avec les hommes. Je serais incapable de vivre une intimité avec un gars. Juste d’y penser, ça me rebute. Aujourd’hui, je ne veux plus me faire dire que je suis belle. Je veux être reconnue pour mon intelligence.

J’ai une petite fille, une blonde que j’aime, un travail, une belle vie. Mais on ne se contera pas d’histoires : se prostituer, c’est traumatisant, ça laisse des séquelles. Je fais encore des cauchemars qui me bouleversent.

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  • Projet d’intervention auprès des mineur(e)s prostitué(e)s : 514 284-1267

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Jonathan

    Et Dans le foyer, ces prostituées ne traitent~elles pas leurs mari en chien?

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