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Dans un monde centré sur l’image, Stéphanie Lapointe a su rester elle-même. Une jeune chanteuse sensible et réfléchie, à la voix unique.

Elle pose nu-pieds sur la pochette de son album Sur le fil. Elle joue nu-pieds dans son vidéoclip La mer. Elle a même chanté nu-pieds lors de galas télévisés — au désespoir de ses stylistes, qui voulaient lui mettre des talons hauts !

Serait-ce un symbole ? Stéphanie Lapointe ne marche pas dans les bottines des autres. Malgré (ou grâce à) cela, les téléspectateurs l’ont élue lauréate de Star Académie . La jeune femme aurait pu suivre un chemin tout tracé : vite un disque, vite un show, vite le fric, merci bonsoir. Au contraire, elle a pris un an pour réfléchir. Lancé à l’été , son disque a charmé les critiques les plus sévères. Et les gens sont venus nombreux à son spectacle solo, en tournée au Québec en .

« J’avais envie de reprendre contact avec moi-même », dit-elle doucement, entre deux bouchées de tartine à la confiture. La chanteuse de 22 ans aime les mets sucrés… et les gens saveur nature. Sur son visage, aucun maquillage. « Monter un spectacle nous apprend beaucoup sur notre personnalité. Est-ce qu’on joue un rôle ou pas ? Moi, j’ai envie de m’exprimer, même si on ne révèle jamais tout de soi sur scène. »

Elle fait penser au bouton d’or, fleur sauvage à longue tige. « Pure », « sweet », « sincère », écrivent les journalistes. Mais sa joliesse fragile cache beaucoup de caractère. Ce cow-boy en voiture — elle rêve d’une décapotable ! — admire la politicienne Pauline Marois, le romancier Réjean Ducharme, le chansonnier Richard Desjardins. Elle peut se montrer tête de mule. N’allez pas lui imposer quelque chose qui lui déplaît !

« Elle a un côté lunatique et gaffeur », rigole sa relationniste, Stéphanie Richard. Lors d’une apparition à la télé où elle devait jouer du mélodica (genre de « musique à bouche » avec clavier), elle a oublié son instrument deux fois : chez elle, puis dans sa loge ! « En même temps, elle est très à l’écoute des gens. »

Le , l’interprète a invité des amis musiciens à monter sur scène au profit de l’organisme CARE, qui lutte contre la pauvreté. Kevin Parent, Marc Déry, Catherine Durand et compagnie ont rempli à craquer le club montréalais Les Deux Pierrots. Avec les milliers de dollars amassés, CARE a ouvert une usine de jus de fruits au Sénégal. Ce qui a donné du travail à plus de 1 000 agriculteurs, surtout des femmes. « Si je n’avais pas été en musique, j’aurais fait du développement international », lance celle qui a aussi grimpé les 5 895 mètres du mont Kilimandjaro, en Tanzanie, pour soutenir cet organisme.

Depuis son enfance, passée à Brossard auprès de parents entrepreneurs et d’un grand frère, Stéphanie rêvait de la scène. Quand elle croisait un homme en cravate, elle s’imaginait que c’était un imprésario qui la remarquerait. Une idée pas si folle, puisque maintenant elle la conte en spectacle ! « Il faut se donner le droit de rêver, et à fond. Même quand notre but semble inaccessible. Si on ne l’atteint pas, il y aura autre chose, c’est tout. »

À 8 ans, elle commençait le piano; à 14 ans, elle chantait un hommage à Pink Floyd (eh oui, du rock progressif…). Trois ans après, elle joignait une troupe qui montait des comédies musicales comme La belle et la bête. On comprend que Star Académie l’ait recrutée à sa deuxième inscription au concours. « La meilleure chose que j’ai faite, dit-elle aujourd’hui. Star Ac’ m’a beaucoup appris. »

Elle en a souffert pourtant. Certaines personnes, qui méprisent l’émission, l’ont vue comme une nénette sans aucune vision artistique. Elle leur a cloué le bec en lançant Sur le fil, album folk plein d’atmosphère, où elle raconte le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Et toc !

Dans un Québec qui adore ses auteurs-compositeurs-interprètes, Stéphanie Lapointe voudrait revaloriser le rôle des chanteuses. « Une chanson peut être aussi intéressante si elle est créée par trois personnes que par une seule. Les interprètes aussi ont une démarche artistique ! » Elle admire Chloé Sainte-Marie, qui chante le poète Gaston Miron. « Elle a l’intelligence de toucher les points sensibles du texte », dit cette actrice en devenir (elle a joué Colette dans la télésérie Le négociateur et la mère biologique de l’enfant martyre dans Aurore).

Au printemps dernier, la jeune étoile a fait la couverture d’un grand magazine féminin. La pose noble, la chevelure bouffante. « J’avais des rallonges, pouffe-t-elle. La séance photo m’a amusée : c’était comme jouer à la poupée toute une journée ! » Son visage redevient sérieux. Est-ce sain ? Elle s’inquiète de l’impact des images de papier glacé sur les gamines, qui se déguisent en femmes à 10 ans. « Les magazines définissent des standards de beauté peu accessibles. Je suis tannée de voir juste des super belles filles annoncer les vêtements… »

Ça ne l’empêche pas d’aimer s’habiller. À son goût. « Nous sommes des petites toiles vivantes », dit-elle. D’ailleurs, elle change de robe deux fois pendant son spectacle ! Mais au quotidien, la chanteuse est la sobriété en personne. « Avant, j’avais l’impression qu’il fallait que je sois toujours à la fine pointe de la mode parce que c’était en impressionnant les gens que j’allais réussir; je me demandais comment j’allais faire pour être toujours bien coiffée et maquillée. Finalement, je n’ai pas envie de jouer ce jeu-là. Que je m’habille normalement ne rend pas ma musique moins bonne. »

Après sa grande rentrée montréalaise, en , Stéphanie Lapointe aimerait visiter le Laos avec son amoureux, le vidéaste Dominique Laurence. Histoire de s’inspirer pour le prochain album, prévu au printemps . « Je ne sais pas s’il sera aussi planant que le premier, mais chose certaine, il ne sera pas aussi mélancolique, rigole-t-elle. Il y a une autre couleur à ma personnalité que je veux faire ressortir. »

Attendez-vous à ce qu’elle sorte encore des sentiers battus… pieds nus ou pas !

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