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Ne donner de la valeur qu’au système masculin, à l’efficacité, à la rentabilité revient à ne fonctionner que sur une seule jambe, à se déshumaniser, et peut conduire à un grave déséquilibre autant psychique que physique, estime la psychothérapeute française et ex-journaliste Valérie Colin-Simard.

Petite-fille d’une femme qui a été l’assistante de Marie Curie, fille d’une féministe de la première heure, Valérie Colin-Simard a pu observer l’essor du féminisme des premières loges. Ce recul et son propre parcours lui ont permis de prendre conscience de l’importance du féminin dans nos vies et des limites d’un système qui continue à prioriser les valeurs masculines.

Qui a décrété que les valeurs liées à l’intériorité et aux émotions sont féminines et que celles relevant de l’intellect, de la force et de l’action sont masculines ?

Physiquement, nous sommes homme OU femme. Psychiquement et spirituellement, nous sommes l’un ET l’autre, masculin ET féminin. Les concepts du masculin et du féminin se retrouvent dans presque toutes les traditions spirituelles (christianisme, judaïsme, bouddhisme, etc.), qui leur attribuent la même importance. Nous avons tous des émotions et un intellect. C’est inné. Ce qui est transmis, c’est l’importance que nous donnons à ce masculin et à ce féminin, à l’intellect au détriment des émotions, notamment.

Vous dénoncez donc la hiérarchisation de ces valeurs ?

Ce que je dénonce, c’est la dévalorisation du féminin. Les valeurs du masculin sont nobles, mais ne doivent pas être les seules à être reconnues et applaudies. Nous, les femmes, avons pris notre place dans la société, mais nos grilles de lecture du monde n’ont pas changé. Les mentalités du patriarcat sont toujours très présentes et nous avons été obligées de les adopter, voire de les entretenir. De peur de passer pour des « femmelettes », nous n’osons exprimer ce que nous ressentons, ce qui ouvre d’ailleurs la porte au harcèlement moral. Pourtant, montrer sa vulnérabilité peut être très puissant. Dans mon livre, je donne l’exemple d’une chef d’entreprise qui ne comprenait pas pourquoi ses employés n’obéissaient pas à ses ordres. Le jour où elle a réussi à dire : « Je suis très inquiète pour la survie de l’entreprise et j’ai besoin de votre soutien », ils se sont mis à coopérer.

Vous parlez de la tendance de certaines femmes à se poser en victimes. Vous dites que c’est le versant noir de notre féminin non assumé…

À force de se contenir, ces femmes explosent. La coupe finit par déborder. Ayant attendu jusqu’à la dernière extrémité pour exprimer ce qu’elles ressentent, elles le font sous forme de larmes et se mettent dans une position de victime.

Que faire pour éviter ça ?

Donner plus de valeur à son féminin, donc à soi-même, et oser exprimer ce qu’on ressent.

Est-ce à dire que revendiquer le féminin est la nouvelle expression du féminisme ?

Je souhaite en effet que cette approche puisse donner un nouveau souffle au féminisme. Les femmes ont dû prouver qu’elles pouvaient faire aussi bien que les hommes, sinon mieux. Je pense qu’on peut dire mission accomplie. Aux États-Unis, par exemple, les sociétés aux équipes de direction les plus féminisées ont 30 % de bénéfices supplémentaires. Il est temps de passer à l’étape suivante : réhabiliter les valeurs du féminin, oser les exprimer, au lieu de seulement accepter et intérioriser celles des hommes comme on l’a fait jusqu’à présent.

Extrait

« Malgré leur réussite professionnelle et financière, beaucoup gardent encore caché tout au fond d’elles-mêmes les stigmates d’un profond manque d’estime de soi. Elles n’ont pas le sentiment de leur propre valeur. Audedans, c’est comme si rien n’avait changé. Ces femmes indépendantes, souvent brillantes, ont à leur insu, embourbé dans le marais de leur inconscient, un système de valeurs et de croyances au regard duquel elles se déprécient. Au sein de ma pratique, je suis chaque fois stupéfaite de constater à quel point le phénomène est récurrent. »

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