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Photographie d’une mère serrant sa fille

Au bord de la crise de nerfs? Non, merci!

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Entre le boulot, la garderie, les soins aux petits et les tâches ménagères, comment font les jeunes couples pour ne pas perdre la tête ? Ils organisent leur vie, a découvert la Gazette des femmes, selon leur valeur première : la famille.

Il y a 30 ans, 70 % des mères âgées de 20 à 44 ans demeuraient au foyer. Aujourd’hui, la situation est inversée : 70 % d’entre elles travaillent. Et ce phénomène serait irréversible, selon Francine Descarries et Christine Corbeil, auteures d’Espaces et temps de la maternité (Éditions du remue-ménage). Or, les tâches et les responsabilités qu’implique le choix d’avoir des enfants n’ont pas diminué. Comment les jeunes parviennent-ils à concilier deux univers qui ne semblent pas toujours compatibles ? La Gazette des femmes a recueilli des témoignages.

Garderie : la quête du Graal

En général, les parents reconnaissent que les mesures gouvernementales de conciliation travail-famille ont amélioré leur qualité de vie. Là où le bât blesse, c’est sur le plan de la gestion des centres de la petite enfance et des garderies en milieu familial subventionnées. Toutes les mamans interviewées s’entendent pour dire qu’il manque cruellement de places dans les CPE. « En 2006, j’ai inscrit ma fille sur des listes d’attente dans des dizaines de CPE. Deux ans plus tard, pas un seul d’entre eux ne m’a appelée, raconte Laurence, 28 ans, mère de deux enfants. Résultat : au moment de retourner au travail, j’ai dû la mettre dans une garderie à 22 $ par jour. Oui, le gouvernement nous rembourse 26 % de nos frais de garderie, mais ça fait quand même cher. Et nous ne sommes pas riches ! »

Jean-François et Isabelle, 28 ans, ont eu des jumeaux en 2006. Une autre paire de manches… « Dans chacun des CPE qu’on approchait, il y avait une capacité de 60 places, mais 400 noms sur la liste d’attente. En plus, comme on avait des jumeaux, les éducatrices se sauvaient presque de nous. Je les comprends, elles sont “overbookées” », confie Isabelle. Finalement, les nouveaux parents ont trouvé deux places dans une garderie à 7 $ juste derrière chez eux. « On voyait l’éducatrice de notre balcon. Oh qu’on était gentils avec elle ! » lance Jean-François en riant. À force de bon voisinage, l’éducatrice les a choisis devant d’autres parents sur la liste d’attente. Julie, 31 ans, peste contre les places disponibles en septembre seulement. « Les CPE “recrutent” au mois d’avril parce que les places se libèrent en septembre. Mais les enfants naissent aussi à d’autres moments de l’année ! Si ton enfant a cinq mois en septembre, qu’est-ce que tu fais ? Tu payes la garderie tout l’automne même si tu as ton enfant à la maison et tu raccourcis ton congé de maternité de quelques mois, car tu as peur de perdre ta place. » En théorie, les femmes ont un an de congé de maternité payé, mais en pratique, plusieurs ne prennent que 8 ou 10 mois à cause de l’inflexibilité des CPE, croit la mère d’une petite fille de 1 an.

Résidente des Éboulements, Catherine, 31 ans, rejette quant à elle le mythe selon lequel en région, c’est plus facile de trouver une place en garderie. « Dans la région de Charlevoix, il y a moins de parents, mais plus d’enfants ! Il y a beaucoup plus de familles de trois enfants ici qu’à Montréal », souligne l’ex-Montréalaise mère de deux enfants.

Pousser sa chance

Cela dit, plusieurs femmes interrogées par la Gazette se considèrent plutôt chanceuses. « Ça pourrait être pire », « On est privilégiées », « Les autres ont moins de chance », disent-elles. Quand vient le temps d’évaluer leur qualité de vie, les mères dans la vingtaine et la trentaine semblent toutes avoir comme modèle de référence le cas classique de la maman débordée qui, en revenant du travail, reste « pognée » dans le trafic à 17 h 15 pendant que les enfants attendent, affamés, sur le perron de la garderie. Réussissent-elles à échapper à ce cliché qu’elles poussent un « ouf ! » soulagé mais un brin coupable, comme si être constamment au bout du rouleau allait de soi et qu’éviter l’épuisement relevait d’un hasard miraculeux.

Les papas interviewés abondent dans le même sens. « Je commence à 6 h 30 et je finis à 14 h 30, explique Jean- François. Je n’ai donc pas besoin de courir le soir pour arriver à temps à la garderie. Ceux qui finissent à 17 h et qui habitent loin de leur boulot, je ne sais pas comment ils font. Je ne serais pas capable de supporter des bouchons de circulation tous les soirs. Je me trouve chanceux. » Idem pour sa conjointe Isabelle, qui travaille maintenant à 75 % de sa tâche. Prof d’éducation physique au secondaire, elle bénéficie de la possibilité de réduire son temps de travail grâce aux normes de sa commission scolaire. Elle peut donc prendre son temps le matin et amener les jumeaux plus tard à la garderie.

Même son de cloche du côté de Julie, économiste au ministère des Finances : elle peut prendre une journée de congé toutes les deux semaines. Son conjoint, fonctionnaire également, fait la même chose. Leur fille fréquente donc la garderie quatre jours par semaine. « On se considère privilégiés. C’en est même gênant », confie-t-elle en évoquant les conditions nettement moins reluisantes de ses amies travailleuses autonomes. « Cela dit, il y a un bémol : j’ai moins de dossiers intéressants depuis que je ne travaille pas à temps complet. Mes patrons sont compréhensifs, mais ils refilent les dossiers chauds à ceux qui risquent moins de s’absenter à cause que leur petit est malade. »

L’horaire de Laurence correspond à celui que de nombreux parents souhaitent éviter : le 9 h à 17 h dans le trafic. « J’ai 45 minutes de route à faire deux fois par jour, et mon conjoint, 1 h 15 », explique-t-elle. Sa petite famille doit donc fonctionner selon un horaire presque militaire. « Le soir, j’arrive à 18 h. On soupe à 18 h 15, le bain est à 19 h 15 et à 19 h 45, c’est le dodo des enfants. Après les tâches domestiques, il ne nous reste pas grand temps pour relaxer… » Laurence travaille quatre jours par semaine, mais le cinquième jour, elle étudie pour parfaire ses connaissances dans son domaine, la comptabilité. Fatiguée de toujours se presser, elle pense se chercher un autre emploi sur la Rive-Sud, plus près de chez elle, pour limiter ses déplacements et « souffler » un peu plus.

Selon Josianne (nom fictif), 49 ans, consultante en marketing et mère de deux enfants, les 20-30 ans sont plus difficiles à « gérer » sur le plan professionnel parce qu’ils ont vu leurs parents courir comme des fous, se sentir coupables, divorcer. « Je le remarque autour de moi : les jeunes parents recherchent une plus grande qualité de vie et sont prêts à faire des sacrifices professionnels et financiers pour y arriver. »

« Moi, je travaille deux jours par semaine, pas plus, explique Catherine, conseillère dans une épicerie fine. Comme ça, je ne me sens pas “rushée“. Je dépense moins, je prends le temps de chercher des produits moins chers. Nous n’avons qu’une voiture; en campagne, ce n’est pas évident, mais on s’organise. Je déniche des trucs pour les enfants dans les friperies, je fais des trouvailles incroyables, mes enfants “tripent”. »

Marie-Laure (nom fictif), 30 ans, a donné naissance à une petite fille en août 2007. Alors qu’elle était enceinte, son conjoint Serge (nom fictif), 36 ans, cherchait un emploi. « C’était important pour moi de trouver un environnement de travail compréhensif à l’égard de mon nouveau rôle de père », explique-t-il. Il avait cru trouver chaussure à son pied. Mais si en entrevue, le portrait était plutôt rose — ses employeurs considéraient la conciliation travail-famille comme une valeur importante de l’entreprise –, la réalité fut tout autre. « S’ils donnent de la flexibilité à l’un, ils doivent en donner à l’autre aussi. Ils ont peur que ça devienne le free-for-all. Cela dit, pas question que je passe mes soirées à faire des heures supplémentaires avec un bébé à la maison. À 17 h, je pars », affirme le directeur des ventes.

Depuis que les jumeaux sont nés, Jean-François a quant à lui changé d’emploi : il a troqué la rénovation résidentielle pour les chantiers de construction. « J’aime un peu moins mon nouveau travail, mais il me permet de passer plus de temps avec les enfants. Dans mon milieu, beaucoup d’employés font des heures supplémentaires. Moi, ce n’est pas ma priorité. » Pourtant, le salaire de sa conjointe Isabelle a considérablement fondu depuis qu’elle travaille à 75 % de sa charge. « Nous étions prêts à l’assumer. Nous ne sommes pas dépensiers », dit-elle. Laurence, elle, se montre catégorique : jamais elle ne recommencera à travailler à temps complet. « Quand mes enfants commenceront l’école, ils auront des devoirs. À cinq jours par semaine, je n’aurais pas le temps de les aider comme il faut. »

Famille et amis à la rescousse

Hélène, mère monoparentale de 34 ans, a plusieurs emplois. Inutile de dire qu’elle aussi, elle est occupée. Elle étudiait à la maîtrise lorsqu’elle est tombée enceinte. « J’ai décidé de retourner dans mon patelin natal pour avoir le soutien de ma famille. Pas question d’élever mon enfant seule à Montréal. » Mère d’un garçon de 5 ans, Hélène est consultante en marketing et conseillère municipale à Frelighsburg, en plus d’assurer la direction générale d’une association qui vient en aide aux personnes atteintes de déficience intellectuelle. « Je suis organisée. Je me lève à 5 h et je travaille sur mes dossiers avant que mon fils se réveille. Je m’arrange pour ne pas avoir de réunions plus de deux soirs par semaine. Et j’exige de mes clients qu’ils soient coopératifs et qu’ils acceptent de se déplacer pour venir à mon bureau, et non l’inverse. Évidemment, je ne pourrais pas faire ça sans l’aide de mes parents. »

Julie, qui habite en Outaouais, bénéficie également de l’aide de sa mère. Cette dernière demeure à Trois- Rivières, mais comme elle est retraitée, elle vient passer plusieurs jours chez sa fille une fois par mois. « C’est pratique quand la petite est malade, ou tout simplement quand on est au bout du rouleau. Parfois, on en profite pour faire une sortie en couple, une denrée rare quand on a un enfant de 1 an ! »

Quant à Isabelle, elle peut compter sur sa belle-mère, qui habite juste en haut de chez elle. « Et puis occasionnellement, des amis nous concoctent des plats préparés qu’on peut congeler ! » lance-t-elle. Grands-parents et amis s’avèrent donc des rouages précieux dans le système bien huilé mais essoufflant de la conciliation travail-famille. Un coup de main dont les jeunes parents ont bien besoin !

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