Aller directement au contenu
Photographie de Mme Christine St-Pierre.

Égalité des sexes, équité salariale, violence conjugale, pauvreté, accommodements raisonnables : les élues responsables de la condition féminine se prononcent sur les progrès effectués et ceux qui restent à faire. Entrevues avec la ministre Christine St-Pierre et les critiques de l’opposition Lucie Leblanc et Louise Harel.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire ministre de la Culture, des Communications et de la Condition fémi­nine, l’ex-journaliste Christine St-Pierre s’est vue coiffée d’un imposant chapeau, se retrouvant à la tête de nombreux dossiers chauds, dont celui des droits des femmes dans les cas d’ac­com­modements raisonnables.

À ce titre, la ministre suit avec attention les travaux de la Commission de consultation sur les pratiques d’accom­modements reliées aux diffé­rences culturelles, créée par le premier ministre en février dernier. Elle attend aussi un avis du Conseil du statut de la femme pour l’éclairer dans sa réflexion sur le sujet.

Un autre dossier tout aussi important lui tient à cœur : celui des agressions sexuelles. « Nous travaillons à un plan d’action avec le ministère de la Justice, expose Mme St-Pierre. Un bilan a été fait sur la question, et ce qui est intéressant dans les constats qui en res­sortent, c’est que depuis quelques années, il y a un plus grand nombre de dénon­ciations. Cela s’explique sans doute par les témoignages de Nathalie Simard et des sœurs Hilton. Ces his­toires ont donné du courage aux victimes afin qu’elles dénoncent leur agresseur. Ce phénomène démontre aussi que les victimes font davantage confiance à notre sys­tème de justice. »

De nouveaux comportements

La ministre est ravie de l’en­gouement suscité par les récentes mesures de congés parentaux, qu’elle qualifie d’« énorme succès ». Rappelons qu’en 2006, plus de la moitié des nouveaux pères, soit 38 851 hommes, se sont prévalus du congé de paternité de cinq semaines non transférable à la mère. Elle se félicite aussi des progrès en matière d’équité salariale. « Mais maintenant, relance-t-elle, il faut faire un effort dans le secteur privé pour atteindre l’équité salariale partout. » Outre le salaire, Christine St-Pierre se préoccupe des iniquités hommes-femmes dans la hiérarchie des entreprises et souhaite des améliorations. « Dans les universités, le nombre d’inscriptions des femmes dépasse celui des hommes. Mais quand elles arrivent sur le marché du travail, elles progressent moins rapidement. Heureusement, il y a des domaines où des améliorations sont notables. Par exemple, dans certains bureaux d’avocats — un milieu très compé­titif —, des mesures de conciliation travail-famille sont mises en place. Les choses avancent, mais il y a encore énormément de travail à faire. »

Après 30 ans de féminisme, la mi­nistre constate que si notre société est de­venue plus juste et respectueuse des droits des femmes, elle a aussi provoqué des bouleversements dans les rapports entre les sexes. Manque de modèles chez les garçons, insécurité et même dé­tresse de certains hommes sont désormais fréquemment évoqués. « Il faut écouter ce que ces hommes ont à dire, c’est très important », conclut-elle, rappelant que le fémi­nisme n’est pas affaire de domination, mais d’équité et de justice. D.D.

Lucie Leblanc, critique de l’opposition officielle adéquiste en matière de condition féminine, abonde dans le même sens que sa collègue libérale à propos de l’égalité financière entre les hommes et les femmes : « C’est essentiel au développement des femmes, de leur statut. Pourtant, malgré la Loi sur l’équité salariale, près de 50 % des entre­prises de moins de 50 employés n’ont pas encore amorcé leurs démarches en ce sens. On doit s’assurer que la loi est appliquée, surtout que lorsqu’on regarde les domaines où elle ne l’est pas, on constate qu’il s’agit le plus souvent d’entreprises où les salaires sont les moins élevés. »

Rappelant que la conciliation travail-famille est aussi un enjeu de taille, Mme Leblanc salue les mesures prises par les précédents gouvernements, mais déplore que l’accessibilité à certains services essentiels aux femmes soit en­core trop souvent restreinte. « Les garderies subventionnées, c’est une excellente initiative, mais dernièrement, je parlais avec une dame qui s’est présentée à mon bureau, et elle me disait : “Il n’y en a pas de places en garderie” », ra­conte la députée de Deux-Montagnes qui soutient que, comme société, on se donne trop rarement les moyens de nos ambitions. « On doit s’assurer que tous puissent bénéficier de façon équitable de ces services », clame-t-elle.

Lucie Leblanc ajoute qu’au-delà de cette impor­tante question, d’autres problèmes de société affectent principalement les femmes. « La santé soulève énormément d’inquiétude chez les Québécois. Il ne faut pas oublier que ce dossier touche particulièrement les femmes, puisque ce sont encore elles qui doivent le plus souvent accompagner les enfants malades, qui doivent négocier ces ab­sences avec leur employeur. Aussi, les aidants naturels sont souvent des femmes; forcées de quitter leur emploi, elles se re­trouvent dans une position de vulnérabilité financière. Bref, il reste encore pas mal de chemin à faire pour parvenir à l’égalité, même si on en a déjà fait beaucoup. » D.D.

Au lendemain de sa nomination à titre de porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de condition féminine, le 30 août dernier en remplacement d’Agnès Maltais, Louise Harel nous faisait part de ses priorités.

La députée d’Hochelaga-Maisonneuve connaît bien ces dossiers puisqu’elle a notamment été ministre responsable de la Condition féminine de 1996 à 1998. C’est aussi elle qui a déposé et fait adopter, en 1996, la Loi sur l’équité salariale, alors qu’elle était ministre d’État de l’Emploi et de la Solidarité.

La question de l’autonomie économique des femmes la touche particulièrement : « La pauvreté a un sexe et ce sont les jeunes femmes, en devenant mères, qui bien souvent deviennent à risque. » Mme Harel constate également des changements de valeurs chez la nouvelle génération, pour qui la famille prend une importance accrue, et reconnaît le désir tout à fait légitime des mères de vouloir passer plus de temps auprès de leurs enfants. Cependant, elle souhaite des mesures qui ne nuisent pas aux femmes, comme la possi­bilité de sécuriser le lien d’emploi dans le cas où une mère décide de rester à la maison au-delà du congé parental d’un an, ou la prolongation du congé lui-même.

Louise Harel s’inquiète aussi du recul de 5 % des femmes élues à l’Assemblée nationale lors des dernières élections (32 députées comparativement à 38 en 2003). « Je suis d’accord avec la recommandation du Conseil du statut de la femme d’octroyer un financement accru aux partis poli­tiques qui feraient élire plus de candidates. Le Conseil suggère une proportion de 30 % de candidates; je crois qu’il faudrait viser 35 %. »

Parmi les autres dossiers qui retiennent son attention, mentionnons la santé des femmes, notamment le dépistage du cancer du sein chez les immigrantes, qui sont difficiles à joindre; l’hypersexualisation chez les jeunes; la violence conjugale et la situation des femmes autochtones.

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre