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Photographie Marie-Lise Labonté

Aimer ou se sentir aimé : que cherchons-nous vraiment ? Dans son dernier ouvrage, la thérapeute Marie-Lise Labonté nous invite à y songer et nous présente une réflexion sur ce qu’elle appelle l’amour créateur, un amour qui amène deux personnes à s’engager dans un projet plus vaste qu’elles.

C’est une femme d’une grande beauté qui m’ouvre la porte de sa suite un peu zen. Elle porte une tunique blanche qui met en valeur sa minceur et son élégance. Mais la beauté qui émane d’elle n’est pas liée seulement à l’harmonie de son visage et à la fluidité de son corps dans l’espace. C’est sa sérénité qui, en cette fin d’après-midi, rend tout plus lumineux.

Alors que je lisais Le Meilleur de soi de Guy Corneau, il y a quelques mois, j’ai découvert Marie-Lise Labonté. Corneau y raconte le cheminement de cette Québécoise exceptionnelle qui s’est guérie de l’arthrite rhumatoïde dont elle souffrait depuis l’adolescence et qui, à partir de là, a développé une théorie basée sur un travail corporel et des images intérieures. Intriguée, j’avais couru me procurer ses livres : Au cœur de notre corps, Le Déclic et Mouvements d’éveil corporel. Sa réflexion sur les émotions qui se gravent dans le corps et qui créent des « cuirasses » à la source des malaises et des maladies m’avait profondément impressionnée. J’étais encore habitée par cette découverte quand son attaché de presse m’a téléphoné. La thérapeute venait de publier Parlez-moi d’amour vrai. Se libérer de la dépendance affective. Voulais-je la rencontrer ? Je n’ai eu aucune hésitation.

Dans cet ouvrage, Marie-Lise Labonté aborde toujours le thème des émotions, cette fois en faisant le lien entre la façon dont on a été aimé enfant et celle dont on aimera une fois adulte. Elle démontre comment la grande majorité d’entre nous aimons trop, ou pas assez, ou mal parce que nous avons été blessés. Mais elle est catégorique : malgré cela, nous pouvons aimer mieux.

Ce que je comprends de votre livre, c’est qu’on est fortement influencé par le rapport d’amour qu’on a vécu, mais qu’on peut changer ce scénario ?

Tout à fait ! Et Dieu merci, sinon on ne pourrait pas porter la vision d’un monde meilleur.

De plus en plus de gens savent que leurs malaises sont liés à leur façon de composer avec leur travail, leur conjoint et leur famille. Ils essaient de réagir, prennent soin de leur corps, mais sans atteindre de mieux-être. Pourquoi ?

Parce que la démarche reste en surface. Par exemple, on fait du sport pour garder la forme et mieux performer. Quand les gens sont mal, ils cherchent une solution rapide, à l’extérieur d’eux, alors que la solution n’est pas toujours de faire quelque chose. C’est plutôt d’arrêter le mouvement rapide et d’entrer à l’intérieur de soi. En thérapie, je rencontre des personnes qui me disent avoir tout essayé pour guérir, mais je constate qu’elles ne contactent pas leur blessure fonda mentale. On ne nous a pas appris à écouter nos besoins affectifs quand on était jeunes et on est toujours incapables de le faire une fois adultes.

Vous dites que nous sommes tous portés à aller chercher ce dont nous avons besoin chez l’autre alors qu’il faut apprendre à se le donner. À 20 ou 30 ans, peut-on atteindre l’amour créateur, comme vous l’appelez, ou est-ce le cheminement d’une vie ?

C’est un cheminement. À moins que la personne ait vécu des choses très profondes, des épreuves qui font que même si elle est jeune, elle a une connaissance d’elle-même qui lui permet d’établir des rapports où il y a de la compassion pour l’autre.

Peut-on croire qu’un jour les enfants seront mieux aimés et pourront mieux aimer à leur tour ?

Plus les parents ont conscience de leur propre souffrance, plus ils sont attentifs à aider leur enfant à sentir ce qu’il vit, et plus on s’approche d’un monde meilleur.

Au cours de votre vie, vous avez connu la souffrance physique et vécu un deuil important, celui de votre mari. Où trouvez-vous votre force ?

En me « déposant » et en me donnant du temps. Durant les cinq premières années qui ont suivi le décès de mon mari, je me suis isolée régulièrement, quelques jours chaque année, pour me permettre d’aller vers cette partie de moi qui hurlait de douleur. Je vivais intensément ma peine, puis je revenais à la vie. Je savais que me donner le temps de vivre avec la partie de moi qui était blessée allait m’aider. H.S.

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