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Image d'un groupe de jeunes bénévoles

Le Coeur bénévole

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Pas besoin de s’envoler vers un pays du tiers-monde pour améliorer les conditions de vie des gens qui y vivent. On peut simplement s’engager dans les activités des organisations humanitaires ici, et devenir bénévole pour un monde meilleur..

Mai 2006. Un camp de réfugiés occupe le hall du Collège Regina Assumpta à Montréal. Les élèves sont perplexes. Que se passe-t-il ? Elizabeth Marchand et Simon Parent, 16 ans, ont tôt fait de répondre à leurs questions. Engagés dans la campagne d’Amnistie internationale sur le Darfour, ils veulent sensibiliser leurs pairs aux conditions de vie difficiles des réfugiés de cette région du Soudan, où sévit une guerre civile depuis 2003. « Déjà, j’entendais parler du conflit à la télévision, mais quand j’ai assisté à la conférence de Roméo Dallaire sur le Rwanda et les génocides, organisée par Amnistie, je me suis dit : “Toutes ces atrocités, il faut que ça arrête !” J’ai donc essayé de faire un petit quelque chose », raconte Elizabeth pour expliquer les raisons qui l’ont poussée à s’investir dans ce projet.

L’an passé, Elizabeth et Simon n’ont pas été les seuls à collaborer aux efforts de solidarité internationale proposés par Développement et Paix, le Club 2/3, l’Unicef et Amnistie internationale. Ces organisations proposent des campagnes de financement et d’éducation à la population destinées à être menées par de jeunes bénévoles et des animateurs de vie spirituelle dans les écoles. Les choix ne manquent pas : environnement, droits et libertés, commerce équitable, VIH/sida… Les causes sont nombreuses et chacune semble trouver ses défenseurs parmi la clientèle estudiantine.

Chez Amnistie internationale, on se réjouit du succès de la campagne sur la traite des enfants, amorcée en 2006. « Beaucoup de jeunes ont réagi. Ça les a choqués », affirme Colette Lelièvre, coordonnatrice des campagnes à la section canadienne francophone d’Amnistie.

Hugo Gendreau, 13 ans, de l’École secondaire du Chêne-Bleu à Pincourt, acquiesce : « Lors des rencontres d’Amnistie le midi, j’ai pris connaissance du sort réservé aux enfants de la Côte-d’Ivoire qui travaillent sept jours sur sept, sans salaire, dans des champs de cacao. S’ils essayent de se sauver, les propriétaires leur coupent la plante des pieds. Ça m’a beaucoup touché. Moi, je n’aimerais pas ça vivre ce qu’ils vivent. » Hugo a donc participé à une campagne-midi sur la traite des enfants. « On a interprété des petites scènes dans lesquelles des enfants sont exploités. On a posé des affiches Non à la traite. Participer aux campagnes d’Amnistie, c’est ma manière à moi de lutter contre cette injustice », explique-t-il.

Hugo a également participé à une séance d’information sur la traite des femmes. Il y invitait les autres élèves à signer une pétition adressée au ministère du Travail du Québec pour qu’une exception à la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés soit adoptée. L’objectif : permettre aux travailleurs migrants vulnérables — en majorité des femmes sans statut légal en matière d’emploi — de porter plainte auprès de la Commission des normes du travail dans les cas d’abus de pouvoir et de violation des droits humains par leurs employeurs.

Femmes d’ailleurs, femmes d’ici

Dans toutes les régions du Québec, les jeunes répondent à l’appel des organisations internationales, chacun à leur manière. Un thème récurrent semble toutefois les toucher particulièrement : l’éducation des filles et des femmes. Normal : ce sujet est présent dans toutes les campagnes mises de l’avant par les organismes, directement ou indirectement. « L’éducation des enfants, et spécialement celle des filles, c’est la priorité de l’Unicef, expliquent Anna Poienaru et Chuo Peng, 17 ans, bénévoles dans les bureaux de l’organisation. Ici, nous avons accès à l’école autant que les hommes. Ailleurs, ce n’est pas le cas. » Les statistiques le prouvent : dans plus de 45 pays, moins d’une fille sur quatre est inscrite au secondaire.

Selon Julien Tremblay et Marie-Ève Jean, 17 ans, qui ont été sélectionnés pour représenter le Canada l’an passé au sommet du J8 (voir encadré de la page suivante), les solutions passent par les femmes. « En Afrique, ce sont elles les maîtresses du foyer », explique Julien. « Bien sûr, il faut envoyer de l’argent, renchérit Marie-Ève, mais il faut aussi promouvoir l’éducation à la base. » Selon elle, avec de la prévention, on peut régler de nombreux problèmes, notamment celui de la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant. « Souvent, les femmes séropositives se taisent, car elles ont peur d’être rejetées. Elles ne prennent donc pas les médicaments qui permettent de réduire de 80 % les risques de transmission du virus à l’enfant lors de l’accouchement. Le cycle est sans fin. Il faut absolument sensibiliser les femmes et la population pour éviter qu’une nouvelle génération soit contaminée. Elles doivent avoir accès à ces médicaments ! »

Les jeunes interrogés s’entendent pour dire que les situations des femmes et des enfants au Québec et dans les pays du tiers-monde n’ont rien de comparable. « Au Darfour, les femmes sont violées systématiquement si elles s’éloignent du camp de réfugiés, explique Elizabeth. Le viol est devenu une arme de guerre. Et les policiers ne font rien ! Ici, il y a de l’aide pour les victimes. Les femmes ne sont pas reniées par leur famille si elles témoignent de leur expérience. »

Julien, pour sa part, croit que les progrès réalisés au Québec en matière d’égalité hommes-femmes sont incroyables. « Mais ça ne veut pas dire qu’il faut arrêter de travailler ! » précise celui qui, cette année, fera de la sensibilisation dans les écoles primaires dans le cadre de la campagne Unicef sur le VIH/sida. Il ajoute : « Il faut s’impliquer et montrer aux autres communautés ce qu’il est possible de changer. »

Mais tout n’est pas rose de ce côté-ci de l’Atlantique. Il y a encore du chemin à parcourir, estime Myriam Trottier-Paquet, 17 ans. Myriam a fait des recherches sur les mutilations génitales faites aux femmes et, en 5e secondaire, elle a animé le Club 2/3 de son école, la Polyvalente Hyacinthe-Delorme, à Saint-Hyacinthe. « Au Québec, des tabous persistent. Celles qui dénoncent les problèmes passent souvent pour des féministes enragées ! » déplore la jeune femme.

Christine Arès-Demers, 18 ans, bénévole pour Développement et Paix, croit qu’il faut s’inspirer des bonnes choses qui se font ailleurs. « En Afrique, la femme occupe une grande place dans la société, malgré les difficultés auxquelles elle doit faire face. Et quand elle décide de prendre la parole, elle le fait comme femme. J’ai parfois l’impression qu’ici, les femmes essaient de calquer leurs comportements sur ceux des hommes quand vient le temps de diriger un projet ou une entreprise. »

Lucides, les jeunes bénévoles n’en sont pas moins optimistes. Unicef Québec peut compter sur Chuo et Anna pour faire bouger les choses cette année. Les deux jeunes filles viennent de mettre les pieds au Collège Marianopolis, à Montréal. Elles ont déjà commencé à réunir des militants et des mili­tantes pour la cause Un filet pour l’espoir, question de lutter contre la malaria, un fléau en Afrique et en Asie. « Nous avons déjà recueilli plus de 80 inscriptions ! Les étudiants nous disent : “On voulait s’impliquer avant mais on ne savait pas comment !” » À partir de maintenant, Chuo et Anna seront là pour les guider…

Le J8 : le sommet des jeunes

Si vous pouviez suggérer aux dirigeants du monde entier des solutions pour résoudre les problèmes mondiaux, que leur diriez-vous ? Le programme Junior 8 (J8), organisé en parallèle avec le sommet du G8, offre cette occasion à des jeunes des huit pays présents au G8. Ils peuvent développer leurs propres idées sur les plus grands enjeux actuels pour ensuite les présenter aux chefs d’État.

Julien Tremblay, Marie-Ève Jean et leurs six coéquipiers de l’École secondaire De Rochebelle, à Québec, ont tenté leur chance en s’inscrivant au programme l’an passé. Leur dossier de participation basé sur des opinions d’experts a conquis le jury. Les huit élèves se sont donc envolés vers l’Allemagne pour représenter le Canada et échanger avec les délégations de jeunes des sept autres pays. Ensemble, ils ont proposé à Stephen Harper, George Bush et aux autres dirigeants des pistes de solution concernant les changements climatiques, la responsabilité sociale des entreprises, le développement économique en Afrique et le VIH/sida.

Pour en savoir plus sur la participation de Julien et Marie-Ève au sommet du J8

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