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Photographie de Corina Bastiani

Coup de jeune au conseil

par 

Journaliste au quotidien Le Soleil depuis l'automne 2011 après avoir passé trois ans à La Presse Canadienne. Ce travail de journaliste au quotidien lui permet de toucher à une variété de sujets et d’assouvir sa curiosité. Elle aime également le travail de fond et les dossiers, un côté du métier qu’elle a développé en complétant une maîtrise en études internationales en 2007. Déjà sensible aux questions touchant les femmes, ses expériences personnelles, ses voyages à l'étranger et sa collaboration à la Gazette des femmes n’ont fait que renforcer sa conviction : poursuivre le travail amorcé par nos grand-mères pour une société égalitaire.

Vingt-six ans, un dynamisme d’enfer et des idées plein la tête : malgré son jeune âge, la conseillère du Vieux-Sorel, Corina Bastiani, n’a pas de difficulté à faire sa place au conseil municipal de Sorel-Tracy. Les résidents qu’elle représente peuvent dormir l’esprit en paix.

Gazette des femmes : Qu’est-ce qui vous a poussée à vous présenter au conseil municipal à l’âge de 23 ans ?

Corina Bastiani : C’est viscéral ! Mon grand-père était conseiller; peut-être est-ce dans mes gènes ? Sérieusement, comme je faisais beaucoup de théâtre lorsque j’étais plus jeune, on m’a demandé, quand j’avais 15 ans, de participer à la rédaction de la politique culturelle de la Ville de Sorel. Cela a été l’une de mes premières implications dans le monde municipal. Le journalisme m’a également permis de connaître les enjeux municipaux et m’a donné envie de m’impliquer. Je l’ai fait aussi pour améliorer les choses, même si cela peut sembler utopique. Le Vieux-Sorel est très méconnu… Pourtant, Sorel-Tracy est la quatrième plus vieille ville du Canada. Située au confluent de la rivière Richelieu, c’est une ville mixte, à la fois résidentielle, commerciale et industrielle. Je voulais lui donner le mérite qui lui revenait. Finalement, je l’ai fait pour mes enfants, pour améliorer leur qualité de vie.

Aussitôt élue, vous vous êtes engagée auprès des jeunes pour les encourager à s’impliquer en politique municipale. Qu’avez-vous fait ?

J’ai d’abord fait une tournée de toutes les classes de 5e secondaire de Sorel-Tracy. Je voulais rencontrer les jeunes, leur apprendre ce qu’un conseiller municipal « mangeait en hiver ». Je me suis rendu compte qu’ils ne connaissaient pas du tout le mode de fonctionnement de la Ville, alors que c’est le palier politique le plus proche d’eux ! J’ai voulu susciter un certain sentiment d’appartenance et de proximité. Puis, lors du congrès de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) qui a suivi les élections de novembre 2005, quelques autres jeunes élus et moi avons réclamé la formation d’une commission jeunesse, car nous avions constaté que nous étions très peu nombreux : les 18-34 ans représentaient 9,4 % de tous les élus à un poste de conseiller et 1,9 % des mairesses et des maires]. La Commission jeunes et démocratie municipale a été élue à sa tête.

Quelles ont été les principales actions de la Commission jeunes et démocratie municipale ?

Nous avons organisé un concours annuel de la relève municipale, où les maires sont invités à faire parvenir la candidature de conseillers potentiels de moins de 35 ans qui se sont distingués par une ou des réalisations.

Lors du congrès 2008 de l’UMQ à Québec, nous avons aussi mis sur pied un atelier où des jeunes étaient invités à assister à la simulation d’un conseil municipal. Nous avons réussi à recréer la véritable ambiance d’un conseil avec, par exemple, un « chialeux » de service, des projets concrets et le personnel normalement présent, comme un greffier.

Nous avons été agréablement surpris : plus de 70 participants se sont déplacés pour l’atelier. Et certains sont venus de loin pour y assister ! Le succès remporté nous a motivés à faire une tournée des 17 régions administratives pour donner de nouveau cet atelier, afin d’inciter des jeunes à se présenter aux élections de novembre prochain.

Pourquoi cet acharnement à vouloir rajeunir l’image de la politique municipale ?

J’ai peur que l’on hérite d’un déficit municipal. Lors des élections de 2005, la ville d’Issoudun, dans la région de Québec, comptait plusieurs postes vacants. C’était un cri d’alarme. Selon le Directeur général des élections, il n’y a pas encore de crise, mais je crois qu’il faut demeurer vigilant. À une certaine époque, les élus municipaux étaient considérés comme des Chevaliers de Colomb… Cette image doit être renouvelée. Les jeunes pensent différemment, ils ont une autre vision, plus dynamique. La roue tourne : il faut non seulement que les générations se succèdent, mais les idéologies aussi.

Y a-t-il une différence dans la gestion lorsque ce sont des femmes, de surcroît jeunes comme vous, qui occupent les postes de conseillère ou de mairesse ?

Oui. Les hommes ont une analyse plus « carrée », alors que les femmes ont une vue d’ensemble, plus précise, et voient les conséquences d’un dossier sur l’autre. J’ai l’impression que je pense davantage aux répercussions de mes actions dans l’avenir. Je sens que je vois les choses différemment, mais j’ai du mal à déterminer si c’est parce que je suis une femme ou parce que je suis plus jeune que mes collègues. Mais bien qu’il y ait peu de femmes en politique municipale, je suis contre la parité imposée. Un conseil doit être diversifié selon l’âge, le sexe et la profession.

Vous sentez-vous discriminée en tant que jeune femme ?

Pour m’attaquer, mes collègues disent souvent que je travaille avec un surplus d’émotivité. C’est vrai que je suis une acharnée ! Mais encore une fois, est-ce une caractéristique féminine ? Je ne sais pas. En tant que jeune, j’ai une plus grande ouverture sur le monde. Par exemple, je fréquente beaucoup plus Internet. Et j’ai le désir de vouloir faire comprendre. Je veux que les gens adhèrent à un projet parce qu’ils le comprennent et non parce qu’il leur a été imposé.

Je crois que certains avaient peur de voir arriver une jeune « qui veut tout révolutionner », ce qui peut être perçu négativement. Mais mon jeune âge a été très bien accepté.

Est-ce possible de mettre en pratique la conciliation travail-famille en politique municipale ?

J’ai un enfant de 3 mois et un autre de 4 ans et demi. Ils ont des mamies extraordinaires et un bon papa. Mais il faut être organisée et savoir planifier. En politique, on peut s’impliquer à divers degrés. Je crois que c’est possible de combiner les deux, en mettant la famille à contribution, entre autres.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

J’ai décidé de me représenter en 2009. Quatre ans, ça passe vite, et il y a plusieurs dossiers que j’aimerais mener plus loin. Mais je vais essayer de ne pas baser ma campagne sur la continuité, car c’était le slogan de mon ancien adversaire… Sorel-Tracy est une ville avec une richesse énorme, où il y a encore tellement de choses à faire ! Par exemple, on lui fait prendre le tournant vert, on veut qu’elle devienne un pôle de développement durable. Et on a un projet pour 2009 qui permettra de redonner les berges aux citoyens. Mais pour plus tard, seul l’avenir le dira !

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