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Photographie d'une femme en burqa, coiffée d'un casque.

Elles sont venues en grand nombre, des quatre coins du Caire et de plus loin. Aux côtés de leur mari, de leurs frères, de leurs fils, parfois même seules, elles ont envahi la place Tahrir pendant . Gros plan sur quelques Égyptiennes qui n’ont pas craint d’entrer dans le ventre de la révolution.

Marianne, la jeune Copte, avec sa croix autour du cou; Mona, qui s’est déplacée depuis le bord de la mer Rouge; Rasha, la mère monoparentale d’Héliopolis; ou Dina, venue soigner les blessés. Lorsqu’on leur demande si voir autant de femmes manifester les surprend, elles sont presque vexées. Cette révolution n’est pas une affaire de classes, encore moins de religion ou de sexe. C’est une révolution du peuple, répondent-elles à l’unisson, chacune avec sa vision de l’avenir du pays.

Autour de Maria, une jeune étudiante de 21 ans, l’attroupement grossit. Elle a attaché ses longs cheveux bouclés, et son visage élancé se découpe dans la lumière dorée du soleil couchant. Le menton haut, elle se tourne fermement vers les passants qui lui enjoignent de ne pas parler à un étranger. Le regard fixe, elle argumente calmement avec eux. La veille, le président Moubarak a juré qu’il ne se soumettrait pas aux pressions étrangères et resterait en poste. « Voilà le résultat de sa propagande, déplore-t-elle. Même maintenant, les gens continuent à croire ses mensonges, car ils n’ont rien connu d’autre en 30 ans. Notre défi est désormais de changer la façon de penser des gens. »

Originaire des beaux quartiers d’Héliopolis, à quelques pâtés de maisons du palais présidentiel, elle fréquente la place Tahrir en secret. « Je ne l’ai pas dit à ma famille. Elle aurait bien trop peur et me l’aurait interdit, confie-t-elle. Quand je viens ici, je me sens chez moi. Il y a toutes sortes de gens, tous unis. L’Égypte, ce n’est plus un pays, c’est un peuple, et Moubarak n’en fait plus partie. » Maria s’emporte, elle hurle presque. Déterminée, passionnée. La foule de curieux se fait plus dense. « Le peuple a gagné sa dignité, sa fierté et sa voix. Maintenant, cette voix, nous devons l’utiliser pour en faire ce que nous voulons. C’est la première fois que nous le pouvons, et personne ne pourra nous arrêter. » Sera-t-elle la voix des femmes également? « Hommes, femmes, tous les Égyptiens jouent le même rôle maintenant. »

Un peu plus loin, Dalia Sitteen, une dentiste de 30 ans, serre entre ses mains un drapeau égyptien, le visage soigneusement enveloppé d’un voile aux motifs floraux. « Cette révolution, c’est comme un rêve devenu réalité. Quand j’entre dans l’enceinte de la place, je me sens en contrôle, dit-elle. C’est pour mes enfants que je viens ici. C’est mon rôle de mère. Quand ils seront grands, je leur dirai que j’étais là, que j’ai défendu mon pays. »

Après la violente répression policière du , le président Moubarak avait accepté de se retirer, mais seulement six mois plus tard. « Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. J’avais peur que les manifestants aient baissé les bras, que la place soit vide, raconte-t-elle. Maintenant, je n’ai plus peur. J’ai compris que la révolution est une rue à sens unique. Il n’y a pas de demi-tour possible. » Ne plus avoir peur, ça ouvre des portes? « Oui. Maintenant, on peut se raconter des blagues sur Moubarak sans craindre d’être sur écoute téléphonique… »

Il faudra du temps, « quelques années peut-être », pour former une nouvelle société, mais elle garde confiance. Le changement est déjà entamé. « Mes enfants vivront dans un pays très différent. Tout le monde se sourit ici, les gens sont polis et semblent mieux se comporter avec les femmes. » Alors, verra-t-on une femme se présenter aux prochaines élections présidentielles? La réponse vient de Jasmine, 65 ans. « Non, les femmes sont trop sensibles. La politique, c’est un métier d’hommes. » Elle ajoute : « Il faudra du temps pour changer les mentalités, mais nous sommes patients. »

La révolution des femmes égyptiennes, ce n’est donc pas pour tout de suite. « Jusqu’à maintenant, hommes et femmes ont été égaux… dans l’oppression du régime », conclut Dina, une jeune médecin bénévole de 34 ans.

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