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Photographie de Mme Maryse Turcotte

Les sportives et les sportifs les plus admirés ne sont pas toujours ceux qui ont le plus beau parcours… tandis que celles et ceux qui font preuve d’un courage exemplaire restent souvent dans l’ombre.

Le Tour de France, l’athlétisme mondial, le soccer, le football et même le golf : désormais, aucun sport n’échappe à son lot de scandales. Violences en tous genres, dopage, agressions, fraudes font la une des quotidiens du monde entier. Hier, nos enfants avaient les posters de leurs vedettes adorées affichés fièrement sur les murs de leur chambre, mais aujourd’hui, pouvons-nous honnêtement parler de modèles ?

Depuis les Championnats du monde de natation en 2005 à Montréal, les clubs de plongeon, de natation, de water-polo et même de nage synchronisée ont vu leur affluence augmenter. Mais après le phénomène de mode, que reste-t-il ? La « Despatiemania » est encore bien présente, mais s’agit-il vraiment d’un modèle ?

Même s’il ne faut rien enlever à la gloire du « petit » Alexandre, qu’il doit à la force de son travail et à sa volonté à toute épreuve, il n’en demeure pas moins que l’athlète « amateur » s’est vite transformé en mini-PME… Sa réussite ne se chiffre plus seulement en qualité de plongeon, mais en nombre de contrats signés. On ne peut pas lui en vouloir de profiter de ce système : le sport amateur canadien est resté tellement longtemps dans un misérabilisme crasse ! Mais on peut tout de même s’interroger sur l’image de l’athlète d’aujourd’hui.

À l’heure actuelle, on en oublie l’essence même du sport. On ne parle plus de passion ou de dépassement, mais de milliards pour organiser des compétitions sportives, de comptes de banque et de jet-set. Aujourd’hui, si on plonge très bien, on peut faire du cinéma sans même avoir suivi de cours. Tout est possible. C’est le phénomène du sport-réalité. On est loin d’autres sportifs qui réussissent dans l’ombre, tranquillement, et qui s’en vont sur la pointe des pieds finir leurs études, entreprises parallèlement à leur sport de haut niveau.

L’haltérophile Maryse Turcotte s’est toujours tenue loin des projecteurs. Elle a pourtant été l’une des athlètes amateurs les plus titrés de l’histoire canadienne. L’étudiante au doctorat en médecine est un modèle dans sa communauté sherbrookoise, mais pourquoi pas au-delà de la frontière estrienne ?

Aujourd’hui, les modèles sont ceux que l’on voit, ceux qui sont riches, ceux qui paradent dans les cocktails mondains ou sur les plateaux de télévision. On se fiche qu’ils soient violents ou dopés jusqu’à l’os, on veut des acteurs d’un spectacle rentable et surtout planétaire.

Zinedine Zidane termine sa carrière sur un coup de tête (un vrai « coup de boule ») et des clubs de soccer n’hésitent pas à porter son nom. Je pense que l’entourage de ces jeunes athlètes — parents, entraîneurs, éducateurs — a la responsabilité de les amener à réfléchir à la portée d’un tel geste.

À une autre époque, on adulait Eddie Merckx en cyclisme, Carl Lewis en athlétisme et José Théodore au hockey. Tous sont tombés pour dopage.

Existe-t-il encore des modèles aujourd’hui ? Certainement, mais pas dans le sport-spectacle. Les modèles, il faut les chercher ailleurs. Le jeune d’un rang abitibien qui accède aux Jeux du Canada sans toutefois monter sur le podium peut être un exemple de persévérance, de courage et de dépassement, surtout quand on connaît la rareté des infra­structures sportives dans certaines de nos régions. Pourquoi le classement serait-il le seul critère de réussite ? Pourquoi un jeune qui réussit son petit exploit ne serait-il pas valorisé au même titre que s’il avait gagné une médaille dans une compétition nationale ou internationale ?

Il y a quelques années, mon confrère Serge Arsenault, journaliste sportif, avait eu la brillante idée de créer les Lys d’Or. Le principe était simple : on récompensait l’athlète s’il avait atteint son objectif aux Jeux olympiques de Barcelone et à ceux de Lillehammer. Des athlètes classés au 11e et au 20e rang ont ainsi reçu un prix. Ils sont devenus des modèles pour les jeunes de leur coin de pays !

Encourageons ce type d’initiative. La passion, le dépassement de soi, la volonté, le courage, la persévérance devraient être les qualités de nos modèles de demain.

Loin de moi l’idée de condamner les sportifs de haut niveau, mais force est de constater que les exigences commerciales de leurs sports respectifs sont incompatibles avec l’éthique qu’ils devraient respecter. Le sport devenu spectacle les a condamnés aux rôles d’acteurs et de funambules d’un immense cirque sportif.

Sont-ils les modèles que nous voulons ? Moi, je préfère Maryse Turcotte à Zidane !

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