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Photographie d'un combat de boxe

Des Indiennes mettent K.-O. l’image traditionnelle de la femme. Non seulement elles boxent, mais elles sont maintenant des championnes mondiales.

Elle est Indienne, elle a une gauche d’enfer et elle a accompli ce qu’aucun boxeur mâle de son pays n’a réussi jusqu’à présent : Lekha KC a décroché l’or dans la catégorie des 75 kilos lors du quatrième Championnat mondial de boxe féminine qui se tenait à Delhi fin novembre.

Malgré son milliard et quelque d’habitants, le pays du cri­cket s’est rarement fait remarquer pour ses performances sportives à l’échelle internationale. Au terme de l’évènement qui réunissait le gratin mondial de la boxe féminine, les Indiens exultaient. Dans un Talkatora Indoor Stadium en délire, non seulement l’équipe du pays hôte a gagné le championnat grâce au nombre de médailles remportées, mais Lekha KC et trois de ses coéquipières ont raflé l’or dans 4 des 13 catégories, surpassant des nations aussi fortes que la Russie, la Corée et la Chine. Interrogée dans sa chambre d’hôtel à Delhi sur les obstacles surmontés pour poursuivre sa passion, la pugiliste de 25 ans, originaire de l’État du Kerala, répond d’emblée qu’ils ont été inexistants. Ses proches l’ont toujours soutenue, même si elle admet que les pressions exercées par ses parents pour qu’elle se marie — et mette un terme à sa carrière — se font de plus en plus sentir… Issue d’une famille de classe moyenne, la Kéralaise confie que sa seule préoccupation à moyen terme est la boxe, la boxe et encore la boxe. « Pour dissuader les filles de boxer, les gens leur disent souvent que c’est un sport à risque. Je ne pense pas qu’il soit plus dangereux que les autres; ma plus grosse blessure, je me la suis faite au judo, confie-t-elle. On est bien protégées et il y a toujours des docteurs à deux pas du ring. »

En revanche, elle déplore que, même si les hommes ne performent pas — ils n’ont jamais remporté une médaille à l’échelle internationale —, ils reçoivent plus de soutien financier. D Chandralal, le coach de Lekha KC et ancien entraîneur de l’équipe nationale junior masculine, confirme l’inégalité de traitement. Quand on lui demande de comparer ses boxeuses aux garçons, il n’hésite pas une seconde à dire qu’elles sont plus performantes. « L’entraînement pour les deux sexes est le même. Or, les filles sont plus assidues : beau temps, mauvais temps, elles y vont. Les garçons sont plus paresseux », lance-t-il.

Si, en Inde, on attend souvent des femmes qu’elles jouent un rôle plus traditionnel, loin du ring, l’entraîneur jure dur comme fer que la boxe féminine gagne du terrain. « Le succès de nos boxeuses ces dernières années attire d’autres femmes vers le sport », soutient-il. Une opinion que partage RS Tanwar, secrétaire général de la Delhi Amateur Boxing Association et entraîneur de l’équipe junior féminine nationale. « Dans mon gym, les Indiennes sont toujours plus nombreuses à boxer », affirme-t-il. Selon lui, dans la capitale, elles sont désormais une bonne centaine à revêtir le short en soie et les gants de cuir — contre quelque 600 boxeurs. Il y a cinq ans, elles étaient une vingtaine. « Et chez les juniors, il y a autant de filles que de garçons », souligne-t-il.

Dans son bureau décrépit du Jawaharlal Nehru Stadium à Delhi, au milieu des trophées et des photos encadrées — tant de boxeurs que de saints hindous —, Raj Kumar, secrétaire adjoint de la Indian Amateur Boxing Federation, explique que l’intérêt féminin pour la boxe a aussi augmenté grâce au gouvernement. « L’État encourage les jeunes — surtout ceux issus de milieux pauvres — à exceller dans le sport en leur donnant des bourses. Il offre des emplois dans le secteur public à ceux et celles qui remportent des compétitions. Pour augmenter leurs chances de succès, les filles se dirigent vers des sports traditionnellement masculins, où la compétition est moindre. »

Et pour les meilleures d’entre elles, la boxe peut s’avérer une option véritablement lucrative : chaque médaillée d’or indienne du quatrième Championnat mondial a quitté le tournoi avec un million de roupies dans ses poches, soit plus de 26 000 dollars canadiens. Autant dire une petite fortune au pays de Gandhi.

Cependant, les commanditaires privés tardent à se manifester. « Comme la boxe féminine n’est pas encore une discipline olympique, les investisseurs privés la snobent », explique RS Tanwar. Mais un intense lobbying s’exerce pour que le sport fasse partie des Jeux du Commonwealth en 2010 à Delhi. « Notre victoire de novembre est un puissant argument en notre faveur », fait-il valoir. Et il n’est pas exclu que la discipline figure parmi celles des Jeux olympiques de 2012, à Londres. De son côté, profitant du momentum, la chaîne télévisée indienne NDTV prévoit diffuser dès cette année des matchs de boxe féminine, promettant de montrer une autre version de la féminité indienne.

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