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Photogrophie prise sous la tour Eiffel

Des photos pour la liberté

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Fidèle à sa tradition, Reporters sans frontières a publié en décembre dernier un album de photos pour financer ses activités de soutien aux journalistes emprisonnés. Discussion avec la directrice générale de l’organisme au Canada.

« Être journaliste à Kandahar, c’est dur. Mais être femme et journaliste à Kandahar, c’est pire », avait déclaré l’an dernier Emily Jacquard, directrice générale de Reporters sans frontières Canada, lors de la 17e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés. Elle présentait alors les Afghanes Mehria Azizi, camerawoman pour l’ONG Aina, et Najiba Ayubi, directrice du groupe de presse indépendant Killid.

« La situation n’est pas meilleure en Iran », affirmait cette année Mme Jacquard. Les femmes journa­listes qui se battent pour dénoncer les atteintes aux droits des Iraniennes risquent gros. Récemment, Maryam Hosseinkhah, rédactrice sur le site Internet Zanestan (« La cité des femmes »), a été arrêtée, accusée de troubler l’ordre public et de faire de la publicité contre le régime. Le mensuel en ligne a été fermé sur ordre du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, maître d’œuvre de la répression contre les cyberféministes.

La Journée de soutien aux journalistes emprisonnés est également l’occasion pour Reporters sans frontières (RSF) de proposer à des rédactions fran­çaises et étrangères de parrainer des journalistes victimes de répression. « Les parrains sont invités à soutenir leurs confrères en prison et à demander leur libération. Leur cause est ainsi médiatisée. De cette manière, les journa­listes en captivité savent qu’on continue à parler d’eux. Car la plus grande prison du monde, c’est l’oubli ! »s’écrie Emily Jacquard en entrevue.

Au moment où vous lisez ces lignes, près de 135 journalistes sont emprisonnés dans le monde, simplement pour avoir voulu faire leur travail, soit informer les populations des agissements de leurs gouvernements. L’an dernier seulement, 117 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués. Depuis la création de Reporters sans frontières il y a 20 ans, les chiffres sont à la hausse. « La guerre en Irak a fait monter les statistiques, dit Mme Jacquard. C’est un conflit meurtrier. Depuis qu’il a commencé, trois fois plus de professionnels des médias ont été tués qu’en 20 ans de guerre au Vietnam. »

La Chine figure également au sommet de la liste des pays répressifs. « C’est la plus grande prison du monde pour les journalistes et les cyberdissidents. À moins d’un an des Jeux olympiques de Pékin, le gouvernement continue de bloquer des milliers de sites Internet, de censurer l’information sur le Web et d’emprisonner des internautes », explique la directrice générale. Sans parler de la Corée du Nord, de Cuba, de l’Érythrée, de la Birmanie, pays dont les leaders politiques agissent en véritables prédateurs de la liberté de presse.

Devant ce triste constat, RSF poursuit sa mission : soutenir les journalistes persécutés et leurs familles. Communiqués, pétitions, bourses d’assistance, aide dans la poursuite des criminels devant la justice en partenariat avec Amnistie internationale : l’organisme travaille fort pour dénoncer les atteintes à la liberté de presse dans le monde.

Pour financer ses activités, RSF bénéficie de dons privés, organise des collectes de fonds et des ventes aux enchères. Mais surtout, l’organisme publie trois fois l’an un album de photographies. « Les photographes nous cèdent leurs droits. Les revenus de la vente de ces albums représentent près de 60 % de notre budget, ce qui garantit notre indépendance. »

La récente édition de décembre est consacrée à des photos de Sabine Weiss. « Cette photo­graphe d’origine suisse croque le portrait des gens dans leur vie de tous les jours, un peu à la manière d’Henri Cartier-Bresson », explique Emily Jacquard.

Ces albums sont magnifiques, vous verrez. Et comme si ça ne suffisait pas, ils servent une noble cause.

Ces albums sont vendus au coût de 14 $ dans les librairies et Maisons de la presse internationale. Pour en savoir plus sur la liberté de la presse dans le monde, visitez le site Reporters sans frontières.

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