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Photographie de Pascale Gauthier, Marie-Philippe Garon et Sara St-Laurent

2 octobre, 16 h 30, École Les Compagnons-de-Cartier. Le soleil s’éternise, l’air sent les feuilles sèches. Ma mission : faire parler quatre garçons et trois filles de devoirs, d’études et de décrochage scolaire. Si, au départ, je sens un certain malaise, la glace fond vite. D’une question à l’autre, Antoine, Pascale, Philippe, Pierre-Antoine, Marie-Philippe, Samuel et Sara me racontent leurs stratégies pour réussir à l’école. Finalement, que l’on soit de sexe féminin ou masculin, il ne semble pas y avoir 36 solutions. Il faut s’asseoir, étudier et avoir un but.

Plus de garçons que de filles décrochent de l’école. Vous avez une idée de la raison ?

Marie-Philippe : C’est en partie l’effet des stéréotypes, je crois. On s’attend à ce qu’il y ait plus de gars que de filles qui décrochent.

Antoine : Les profs, c’est plus souvent des femmes et elles s’entendent mieux avec les filles. Je vois plus souvent des gars s’engueuler avec leurs profs que des filles.

Marie-Philippe : Je suis d’accord. Aussi, ce n’est pas tous les gars, mais j’en vois un bon nombre qui disent : « J’ai eu 36 %, je suis cool. » C’est le genre « je m’en fous de l’école, c’est plus cool de s’en foutre que d’étudier ». Pour eux, étudier, c’est pas cool.

Pierre-Antoine : En secondaire 1, 2 et 3, les filles sont plus matures que les gars. Elles ont plus « le rythme de l’étude ». Le déclic se fait plus tard chez les gars. Par exemple, pour moi, il s’est fait seulement l’an passé, depuis que j’ai un but. Aller à l’école, avant, je voyais ça comme une tâche. C’était plate.

Antoine : Mais se vanter d’avoir de mauvaises notes, il n’y a pas que les gars qui font ça. J’ai vu des filles le faire.

Marie-Philippe : C’est vrai, il y en a.

Antoine : Si j’ai une bonne note, je suis content, mais si j’ai une mauvaise note, je vais peut-être essayer d’en rire.

Marie-Philippe : Je trouve que ce qu’Antoine dit est juste. Je n’avais jamais vu ça de cette façon, que c’était peut-être une façon de dédramatiser. Moi, je capote quand j’ai une mauvaise note.

Pascale : Si certains jeunes décrochent, c’est peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas de but. Si tu te fixes un but, tu sais où tu t’en vas. Tu vas avoir de la conviction et tu vas mettre le temps et l’énergie pour l’atteindre.

Antoine : Il faut dire aussi qu’au début de l’année, les notes comptent pas mal moins qu’à la fin de l’année. Alors, il y a beaucoup d’élèves qui ne se forcent pas en début d’année scolaire. Comme moi l’an dernier. Je ne suis pas stupide et je savais qu’à la fin, je devrais me rattraper. Mais le problème, c’est que tu n’es pas toujours capable de te rattraper.

Marie-Philippe : Si tu commences l’année du mauvais pied, tu prends un mauvais beat. Et à la fin de l’année, c’est dur de te « grounder ».

Pierre-Antoine : Ce que j’ai remarqué, c’est que c’est en secondaire 3 que le monde comprend qu’il faut travailler. Même s’il y en a qui gardent le même beat relax jusqu’en secondaire 5.

Marie-Philippe : C’est vrai, en 3e secon­daire, il y a un début de prise de conscience et de transition, mais pour beaucoup de personnes, ça se passe en 4e secondaire seulement.

Antoine : Pour aller au cégep, ce sont les notes de 4e et 5e secondaire qui comptent, alors moi, jusqu’à cette année, je me disais : « Avant, ça ne sert à rien. »

Pierre-Antoine : Secondaire 3, c’est facile si on compare à secondaire 4. Il y a vraiment une différence. Peut-être que ça en décourage certains et que ça les incite à décrocher.

Antoine : La différence, c’est qu’en 4e secondaire, tous les crédits, faut travailler pour.

Sara : Je ne vois pas beaucoup de différences entre les filles et les gars, ni dans les notes ni dans les comportements. Dans mon groupe, il y a un gars et une fille qui ont décroché.

Marie-Philippe : Il y en a qui n’ont qu’un intérêt : faire le party. Ils lâchent puis ils reviennent à l’école plus tard.

Et vos parents, qu’est-ce qu’ils vous disent par rapport à l’école ? Ils vous encouragent ?

Philippe : Rien. Mes parents me laissent aller. En secondaire 4, tu es rendu assez vieux pour gérer tes affaires. Si tu fais pas tes devoirs, c’est toi le pire.

Et avant, tes parents te disaient de les faire ?

Philippe : Ils me l’ont toujours dit.

Samuel : Depuis secondaire 1, mes parents ne me disent plus de faire mes devoirs parce qu’ils savent que je les fais, qu’ils n’ont pas besoin de me pousser.

C’est durant ton primaire que tu as acquis cette discipline ?

Samuel : Oui.

Antoine : C’est une méthode de travail. Quand tu arrives le soir, tu fais tes devoirs tout de suite. Avant, il m’arrivait de me dire : « Je vais les faire plus tard. » Par exemple, après le basket. Mais à un certain moment, tu en as trop à faire. Tu ne les fais donc pas aussi bien.

Marie-Philippe : Je pense que les parents qui poussent dans le dos de leurs enfants au secondaire se trompent. Au primaire, les parents doivent donner de bonnes habitudes de travail à leurs enfants. Mais quand on arrive au secondaire, on s’en rend compte de nos erreurs. Si tes parents te forcent à faire tes devoirs, te menacent de te priver de sorties, ça crée des froids inutiles. Tes parents veulent ton bien, mais ils ne peuvent pas te contrôler si toi tu ne veux pas travailler pour ta réussite.

La méthode de travail, c’est important de l’acquérir, mais il faut aussi avoir un but. Moi, je veux être à l’aise financièrement. Beaucoup de jeunes disent qu’ils veulent avoir de l’argent mais ne prennent pas les moyens d’y arriver; ils ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire dans la vie et ils n’ont pas les notes pour avoir un travail payant.

En résumé, les bonnes habitudes doivent se prendre au primaire et, une fois au secondaire, il faut avoir un objectif professionnel ?

Marie-Philippe : Oui, parce qu’au secondaire, tu veux commencer à être indépendant, être traité en adulte.

Sara : Moi, je fais mes devoirs à la dernière minute et j’ai quand même des bonnes notes. Je fais ça parce que quand j’étais au primaire, mes parents me forçaient trop. D’une certaine manière, trop pousser, ça pose des problèmes, ça amène des chicanes.

Pierre-Antoine : Comme Marie-Philippe le disait, c’est vrai que les habitudes se prennent tôt. Mais le primaire, c’est presque une garderie : si tu ne travailles pas, il n’y a pas de conséquences. Alors quand tu arrives au secondaire et que tu n’as pas développé d’habitudes de travail, tu « rushes » un coup. Moi, j’ai « rushé ». Je pense que c’est bon que les parents poussent, mais c’est pas suffisant.

Entre filles et entre garçons, qu’est-ce que vous vous dites à propos des études ?

Marie-Philippe : Que je sois avec des filles ou avec des gars, quand je dis : « Yé ! J’ai eu 96 % », on me regarde de la même façon et on me dit que je suis « bolée ». Ça m’énerve un peu. Qu’est-ce que cela veut dire dans le fond ? S’ils étudiaient, ils auraient probablement les mêmes notes. En même temps, c’est peut-être juste une joke, mais ça devient tannant.

Pierre-Antoine : Moi aussi, je travaille un coup pour avoir les notes que j’ai. Et ça a été long avant que je voie la différence. Alors j’avoue que quelqu’un qui me dit : « J’ai 96 % », ça me tanne.

Antoine : Moi, ça m’énerve si tu m’arrives avec 96 %. Mais je sais bien que pour avoir ce résultat-là, on ne fait pas de party, on fait juste étudier…

Marie-Philippe : Je respecte qu’une personne soit fière de son 75 %, mais moi, si j’avais 75 %, je serais en larmes. Avec le temps, j’ai appris à avoir du tact et à ne pas parler de mes bonnes notes à n’importe qui. Mais c’est quand même agréable de pouvoir parler de tes notes avec une amie studieuse, par exemple.

Pierre-Antoine : Mais je dirais qu’en général, on ne compare pas nos notes. Si j’ai 75 % et que je sais que j’ai travaillé pour ça, je suis fier. On n’a pas besoin de se comparer.

Est-ce que vous vous encouragez à avoir de bonnes notes ou ça ne fait pas cool ?

Marie-Philippe : En secondaire 1, 2 et 3, c’est moins cool d’avoir des bonnes notes. Mais après, on se rend compte que la question, c’est pas d’être cool ou pas cool. On prend de la maturité, on voit que ça n’a juste aucun rapport.

Antoine : Quelqu’un qui dit que les bonnes notes sont cool, c’est souvent juste pour ne pas perdre la face. Pierre-Antoine :v La question de départ, c’est : « Est-ce que l’on s’encourage ? » Je dirais qu’on ne s’encourage pas en disant : « Let’s go, t’es bon ! » Mais on peut dire à un chum : « C’est le fun ce que tu veux faire plus tard. »

Philippe : J’avais un ami qui prenait de la drogue. C’est un autre facteur qui joue dans le décrochage. J’essayais de le raisonner. Il se plaignait qu’il n’avait pas de bonnes notes, mais il en prenait tous les jours.

La drogue, c’est un problème…

Antoine : Ça peut avoir un effet sur la réussite. Ça t’amène à des soirées et pendant ce temps-là, tu n’es pas à ton étude. Ça n’aide pas.

Philippe : Il y en a qui en prennent le matin ou le midi. Il y a une différence entre en prendre le soir et la fin de semaine et en prendre le jour à l’école.

Autant les filles que les garçons ?

Sarah : Non, des gars surtout.

Marie-Philippe : Les gars sont plus téméraires. Ils essayent plus de trucs.

Philippe : Une gang de filles et une gang de gars, c’est bien différent.

Marie-Philippe et Sara : Ça dépend de la gang.

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