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Photographie de Richard Poulin

Dans la foulée d’Enfances dévastées. L’Enfer de la prostitution, sorti l’an dernier, Richard Poulin, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa et auteur de plusieurs ouvrages sur les industries du sexe, vient de publier le tome 2, Pornographie et hypersexualisation.

Rempli de statistiques qui font froid dans le dos, le tome 1 d’Enfances dévastées a donné l’occasion à Richard Poulin de dresser un tableau de l’industrie de la prostitution — en particulier de l’exploitation sexuelle des enfants — et d’évaluer son ampleur à l’échelle mondiale. Dans le tome 2, c’est à toute l’industrie porno graphique qu’il s’attaque. Il examine son importance, ses impacts, ses tendances, dont l’infantilisation des femmes et la sexualisation des enfants. Il analyse également son rôle dans l’hyper sexualisation généralisée et les conséquences de celle-ci. Enfin, il s’intéresse aux effets qu’elle a sur les jeunes, ce qui lui permet d’établir un lien entre leur consommation de porno graphie et leurs pratiques sexuelles, entre leur consommation et leur rapport au corps.

De plus en plus présente dans nos sociétés et consommée toujours plus tôt (soit dès l’âge de 11 ans pour les garçons, affirme Richard Poulin), la pornographie transforme les mentalités ainsi que les pratiques sociales et intimes. Ses codes s’imposent dans la vie de tous les jours. « La pornographie s’intègre dans un système où une société définit la virilité en termes de puissance, de pouvoir, y compris de pouvoir sexuel. Il apparaît alors normal aux yeux d’un bon nombre d’hommes d’utiliser sexuellement l’autre, d’en faire un objet. Dans la pornographie, le “non” initial de la femme se transforme en un “oui” tonitruant. L’envers de cette médaille, c’est que ça semble normal de les prendre sans leur consentement », déplore le sociologue, qui se montre très inquiet du recul des droits et des acquis des femmes ainsi que des transformations que la porno induit dans les rapports hommes-femmes. Surtout que c’est ce « modèle » qui est transmis aux enfants et aux ados… « Et ça explique, à mon avis, pourquoi il y a tant d’agressions sexuelles et qu’une bonne partie est commise par les jeunes », ajoute Richard Poulin.

Pour freiner l’essor de cette industrie et enrayer le processus pervers de normalisation, Richard Poulin préconise de relancer la lutte pour l’abolition de la prostitution. « La prostitution est le socle sur lequel se développe le tourisme sexuel, la traite des femmes à des fi ns de prostitution, etc. Si on ne s’attaque pas au socle, on peut difficilement combattre les autres phénomènes. » À ses yeux, il est également essentiel que tous les mouvements qui remettent en cause la société, à commencer par celui des femmes, participent à cette lutte contre les industries du sexe et cessent de voir ces questions d’une façon strictement libérale en se disant : « Ce sont deux adultes qui passent un contrat, on n’a pas à s’en mêler. » Selon ce chercheur, toutes les enquêtes démentent cela : « L’âge moyen de recrutement dans la prostitution est 14 ans et 80 % des personnes prostituées ont commencé à un âge mineur. »

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