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Photographie d'un paysage du Népal.

Namaste ! Mero nam Geneviève ho. Mâ Canada bata a co. Tapaï ko dhes dérai soundar tsa ! « Bonjour ! Mon nom est Geneviève. Je viens du Canada. Votre pays est magnifique ! »

Du chinois ? Non, du népali, la langue du Népal. Coincé entre deux géants, l ’Inde et la Chine, et adossé au Tibet, le Népal est connu pour sa capitale, Katmandou — populaire destination hippie des années 1970 —, et ses sommets enneigés, dont le fameux mont Everest.

Au printemps dernier, je m’y suis rendue non pour escalader le « toit du monde », mais pour y rencontrer des femmes qui se sont révélées exceptionnelles et qui m’ont profondément touchée. Sans rien me demander en retour, pas même une roupie, elles m’ont accueillie comme une reine, m’ont offert le couvert et le gîte, m’ont décrit leur quotidien, m’ont confié leurs espoirs et les rêves qu’elles caressent pour leurs enfants et leurs petits enfants. Nima, Lhakphuti et Jantmou Sherpa, Shyambu Magar, Yanjee Limbu et les autres en avaient long à raconter…

D’abord, quelques repères. Ces femmes habitent une région montagneuse située à l’est du pays. On ne peut atteindre leurs villages qu’à pied ou en avion, car aucune route ne les relie à la capitale. Leur principal moyen de subsistance est l’agriculture, qui se pratique en terrasses à cause du relief accidenté. Ces autochtones sont issues des peuples sherpa, gurung, tamang, rai, limbu et magar, comme l’indiquent leurs noms de famille. Mariées, mères, grands-mères ou arrière-grands-mères, elles ont entre 19 et 65 ans. Quelques-unes ont eu la chance d’étudier jusqu’en 10e année, mais la très vaste majorité n’a pas fréquenté l’école ou a dû l’abandonner très tôt pour aider à la maison. Leur espérance de vie est de 51 ans, ce qui peut s’expliquer par un taux de mortalité périnatale très élevé.

Quand je leur demande quelles sont leurs principales préoccupations, elles me répondent à l’unisson : avoir accès à des services de base, de santé et d’éducation. Une jeune enseignante de Nundhaki me fait remarquer que l’hôpital le plus proche se situe à deux ou trois jours de marche et qu’aucun village de la région n’est pourvu d’un dispensaire. Non seulement les soins de santé sont-ils quasi inaccessibles, mais les habitants ne reçoivent même pas l’information la plus élémentaire sur l’hygiène de vie et l’usage des médicaments.

Par ailleurs, une mère regrette que ses fils aient dû quitter le village pour poursuivre leurs études secondaires en ville, ajoutant du même souffle que cet éloignement nécessaire devient un obstacle supplémentaire à l’éducation de ses filles : les jeunes Népalaises non mariées ne sont pas autorisées à quitter leur famille et, une fois mariées, elles n’ont plus le temps d’étudier…

Au-delà de l’accès à des services essentiels, ces femmes souvent analphabètes s’inquiètent d’enjeux culturels, linguistiques et identitaires. À Wana, elles déplorent que seuls le népali et l’anglais soient enseignés à l’école. Elles voudraient que les langues autochtones — gurung, rai, limbu, etc. — le soient aussi. Les femmes sherpas de Gupha Pokhari souhaitent que le gouvernement subventionne la construction d’une gompa — monastère bouddhiste — afin que les villageois puissent pratiquer collectivement leur religion, préserver leurs traditions et avoir un lieu de rassemblement.

Dès que nous parlons de la vie quotidienne, la question de l’égalité entre les femmes et les hommes est soulevée. À quoi ressemble leur journée type ? Une jeune mère de Wana me résume son emploi du temps : « Je me lève à 5 h et je me couche à minuit. Entretemps, je n’arrête pratiquement pas. Je m’occupe du feu, des repas, des tout petits, du ménage, du lavage, des travaux dans les champs, du tissage, de la couture, etc. Mon mari, lui, ne travaille que sept à huit heures par jour. » Toutes trouvent injuste de ne pas pouvoir fréquenter l’école aussi longtemps que les hommes et espèrent ardemment que la situation changera pour leurs filles et leurs petites-filles.

Toutes ces autochtones sont partagées quant à l’avenir du Népal. Certaines, plutôt optimistes, fondent beaucoup d’espoir dans l’Assemblée constituante élue en avril 2008 et chargée de rédiger la Constitution de la nouvelle république. D’autres, plus sceptiques, me disent que l’histoire ne fait que se répéter. Elles me rappellent les événements du tournant des années 1990, alors que le pays avait tenté en vain un virage démocratique. D’autres encore n’expriment aucune opinion, car elles n’ont pas entendu parler de ce processus politique pourtant historique. C’est le cas des femmes de Gupha Pokhari, un village oublié des candidats, aux murs vides d’affiches électorales, aux postes de radio muets.

Malgré des conditions de vie difficiles, ces femmes impressionnantes sont loin de se laisser abattre. Elles s’activent et se solidarisent autour de plusieurs initiatives — groupes de mères et microcrédit, notamment — pour soutenir le développement de leurs communautés. Véritables forces tranquilles, elles inspirent fierté, courage et leadership. Je compte bien les recroiser un jour. Et je leur dis merci.

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