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Photographie d'une docteure et sa patiente

Aux petits soins

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

On le sait, le système de santé souffre d’une maladie grave : la pénurie d’infirmières. Mais des remèdes existent. Aperçu de la pharmacopée de mesures qui permettraient d’attirer les infirmières et, surtout, de les garder…

Les infirmières sont épuisées. Que faire ? En engager plus, a-t-on envie de répondre tout de go. Or, il n’existe pas de solution miracle au problème de pénurie des effectifs infirmiers au Québec, estiment l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et les infirmières interviewées par la Gazette des femmes.

Un meilleur soutien clinique, une réorganisation du travail, de nouveaux rôles, des salaires plus alléchants, des horaires réguliers : un concert d’actions synchronisées s’impose pour remédier à la situation.

Le précieux soutien des mentors

Le Québec compte actuellement 70 000 infirmières en poste. L’OIIQ estime qu’en 2020, ce nombre n’aura pas augmenté, faible croissance démographique oblige. Pour le maintenir, il faut donc freiner les départs prématurés, autant des infirmières de la relève que de celles qui approchent de la retraite.

En 2002, l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal a constaté que trop d’infirmières fraîchement diplômées démissionnaient dans les 12 premiers mois suivant leur embauche. De concert avec le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), elle a donc mis sur pied, en 2004, un projet pilote de mentorat visant à soutenir la relève dans son processus d’intégration à la profession. Quatre infirmières ayant au moins huit ans d’expérience ont été jumelées avec une trentaine de nouvelles diplômées. L’année suivante, la direction reprenait le flambeau pour la poursuite du projet, injectant les fonds nécessaires à sa réalisation. Résultat ? « En 2006, nous avons comparé le bassin de cohortes avec mentors et sans mentors. Nous avons remarqué que le pourcentage de rétention était 15 % plus élevé parmi les “mentorées” », affirme Danielle Fleury, directrice des soins infirmiers au CHUM. Cela dit, d’après un état des lieux réalisé au printemps dernier par le comité stratégique du Comité des médecins, dentistes et pharmaciens, il manquerait 471 infirmières au CHUM; cette situation serait liée au climat de travail. D’autres correctifs devront donc être apportés pour favoriser la venue et la rétention des infirmières dans ce centre.

Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke suivra bientôt les traces du CHUM : la direction planche en ce moment sur un programme de mentorat qui verra le jour au début 2009. Une bonne nouvelle, mais l’OIIQ souhaiterait que cette mesure aille plus loin. « Il ne faut pas laisser ces initiatives à la discrétion de la direction des hôpitaux, expose la présidente de l’Ordre, Gyslaine Desrosiers. Le gouvernement du Québec doit confier une enveloppe protégée à chaque établissement de la province pour lui permettre d’assurer le soutien auprès de la relève. Il faudrait qu’une partie importante des heures de travail des infirmières de plus de 50 ans soit consacrée au mentorat et au transfert de connaissances. »

Mario Meunier, de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, est du même avis. En 2000, dans un objectif d’attraction et de rétention de la main d’œuvre, il a instauré un programme d’externat qui vise à soutenir les étudiantes de 2e année en soins infirmiers qui effectuent un stage dans un centre de santé. Le tiers des établissements de la région offrent le programme. « En ce moment, les fonds proviennent d’une enveloppe régionale. Or, il serait souhaitable qu’on puisse bénéficier d’une enveloppe du ministère de la Santé et des Services sociaux pour aller de l’avant, explique M. Meunier. J’ai effectué des recherches, et quatre autres agences régionales de la santé au Québec ont lancé des initiatives informelles qui vont dans cette direction. »

Des conditions de travail à améliorer

Comme toute entreprise, les établissements de soins de santé doivent offrir un cadre de travail compétitif à leurs employés s’ils veulent les garder. Or, au Québec, le salaire octroyé aux infirmières est le plus bas de toutes les provinces canadiennes et les postes à temps complet se font encore trop rares. En Ontario, les infirmières commencent au salaire annuel de 46 360 $, comparativement à 37 603 $ au Québec, à nombre égal d’heures. « Il faut combler cet écart et hausser les salaires », affirme l’OIIQ dans son mémoire Une nouvelle approche de planification des effectifs infirmiers : des choix à faire de toute urgence.

Autre solution pour retenir les infirmières au sein du réseau public de la santé : les horaires à la fois planifiés et plus flexibles. « Dans les hôpitaux anglophones québécois, les infirmières ont leur mot à dire dans la planification de leur horaire, ce qui n’est pas le cas dans les hôpitaux franco phones, explique Danielle Fleury, directrice des soins infirmiers au CHUM. Un exemple : aux soins intensifs, il faut au moins 10 infirmières. Celles-ci se rencontrent et se concertent, puis font un calendrier. » Dans le contexte actuel où de nombreuses employées québécoises exigent des mesures de conciliation travail-famille à leurs employeurs, les infirmières ne veulent pas être en reste.

Les infirmières de 50 ans et plus formulent quant à elles des demandes d’une autre nature. Si faire des heures supplémentaires obligatoires lorsqu’on a des bambins qui attendent à la maison n’est pas une partie de plaisir, en faire à 55 ans lorsqu’on a une journée dans le corps ne l’est pas non plus, plaident-elles. Des mesures de retraite progressive, comme celles qui ont été adoptées dernièrement au Nouveau-Brunswick, doivent être mises en œuvre rapidement pour garder les infirmières d’expérience plus longtemps, suggère Gyslaine Desrosiers. Quel que soit l’âge des infirmières, l’enjeu de l’accès à une semaine de travail de la durée souhaitée, à temps plein ou à temps partiel, apparaît primordial.

Les compétences méritent reconnaissance

L’un des sujets à la mode dans le réseau hospitalier est la réorganisation du travail, qui passe par des équipes tissées serré et de nouveaux rôles pour les effectifs en soins infirmiers. Ça veut dire quoi exactement ? Depuis l’adoption par le gouvernement du Québec, en 2002, de la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé (loi 90), les infirmières, toutes catégories confondues, se sont vu octroyer de nouvelles tâches et responsabilités. Le but : bâtir une pyramide de soins, du préposé aux bénéficiaires jusqu’au médecin, dans laquelle les infirmières interviennent selon leurs spécialités.

Depuis, « la bonne personne au bon endroit » est le nouvel adage quand vient le temps d’exposer les moyens de désengorger les hôpitaux et de valoriser le travail des infirmières au Québec. Par exemple, les infirmières auxiliaires peuvent maintenant procéder à des ponctions veineuses et administrer des vaccins. Elles délestent donc les infirmières de certaines tâches, ce qui laisse à ces dernières plus de temps pour coordonner et planifier les soins aux patients. « Auparavant, les auxiliaires étaient principalement confinées aux centres de soins de longue durée. Mais depuis la loi 90, il est devenu évident qu’elles peuvent grandement contribuer à résoudre le problème de pénurie des effectifs dans les hôpitaux », croit Louis Bolduc, coordonnateur à la qualité des soins à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Toujours dans un contexte de réorganisation du travail, l’OIIQ suggère d’intensifier l’intégration des infirmières praticiennes spécialisées dans le réseau de la santé québécois. Détentrices d’un diplôme de 2e cycle dans une spécialité, elles sont à même de dispenser un ensemble de soins à des patients qui ont des besoins complexes. Cette nouvelle voie professionnelle est en quelque sorte le chaînon manquant pour remédier à la rareté des ressources, dans la mesure où 1,5 million de Québécois n’ont pas de médecin de famille, explique Gyslaine Desrosiers. « En Ontario, il y a 800 praticiennes spécialisées. Au Québec, elles se comptent sur les doigts d’une main. Il faut en introduire 500 de plus. » Bonne nouvelle : le gouvernement du Québec a ouvert 115 postes d’infirmières praticiennes spécialisées qu’il financera à même ses propres budgets.

Bref, notre système de santé est mal en point, mais son mal est curable… Espérons que ces remèdes ne sont que le premier wagon d’un train de mesures qui le rendront d’attaque pour relever les défis qui l’attendent.

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