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Image d'un corps humain (squelette).

Maîtresses de notre santé

par 

Journaliste et éditorialiste de nombreuses années au quotidien Le Devoir, elle a écrit sur de nombreux enjeux de société, notamment ceux touchant les jeunes et les femmes. Son secteur de prédilection reste l’éducation. Depuis 2002, elle est directrice des publications à l’Université de Montréal. J

Quelle est la meilleure façon de se réapproprier son corps et sa santé? Lire et se renseigner, prescrivent les spécialistes. L’histoire démontre qu’en période de ménopause, le conseil est plus que judicieux! Voici un bon début.

La directrice du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF), Lydya Assayag, est formelle : « Je souhaite qu’on cesse de dire aux femmes quoi faire ou ne pas faire. Donnons-leur toute l’information; à elles de décider. »

Par où commencer? En matière de santé des femmes de 40 ans et plus, Notre soupe aux cailloux est un incontournable. Publiée par le RQASF, cette trousse a remporté le Prix d’excellence du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec en 2006.En fait, l’ensemble des publications du Réseau mérite qu’on y jette un oeil attentif.

Récemment, une nouvelle association qui vise notamment à assurer l’accès à une information juste, critique et indépendante en matière de santé a vu le jour au Québec. La Coalition pour la santé sexuelle et reproductive, qui compte parmi ses membres Abby Lippman, épidémiologiste et professeure à l’Université McGill, fonde sa vision de la santé sur le contrôle et l’autonomie concernant les choix, les décisions et les actions liés à la santé sexuelle et reproductive. Au nombre de ses actions prioritaires, elle entend informer le grand public de la commercialisation et de la médicalisation de la sexualité et de la vie reproductive des femmes.

La professeure Lippman s’inquiète de cette médicalisation de la santé des femmes, qui embrasse aujourd’hui toutes les étapes de leur vie reproductive. Elle insiste : ce qu’il importe de se demander, c’est si l’évolution de la médicalisation favorise ou non la liberté de choix. « Les tests prénataux, par exemple, offrent-ils véritablement plus de choix aux femmes ou les confrontent-ils à des dilemmes déchirants, comme celui d’accepter ou non de mettre au monde un enfant atteint de trisomie? Or, quel est mon véritable choix si je sais qu’il n’y aura pas de services pour mon enfant? » demande-t-elle. Va pour la technologie, mais si l’environnement social ne suit pas, personne n’est plus avancé, ni plus heureux.

Autre illustration éloquente de la médicalisation de la santé des femmes : le contrôle des menstruations. L’usage d’un contraceptif oral pour réduire le nombre de périodes menstruelles ou les faire carrément disparaître est désormais accepté. On diminue ainsi l’inconfort tout en prévenant l’anémie, l’endométriose, et même le cancer du sein pour certaines. « Soudainement, les menstruations ne sont plus un phénomène naturel. Elles sont même susceptibles d’être une source de problèmes dans l’avenir. On prend donc des pilules pour réparer des défectuosités hypothétiques », s’indigne Abby Lippman.

J’ai mal à ma ménopause, docteur

Se renseigner, on veut bien. Mais l’information est souvent contradictoire et incomplète. Surtout lorsqu’il est question de ménopause. Après avoir adopté en masse l’hormonothérapie de remplacement dans les années 1960, 1970 et 1980, les femmes sont aujourd’hui beaucoup plus réticentes à recourir aux hormones pour compenser la baisse radicale de progestérone et d’estrogènes qui caractérise la ménopause, et pour soulager les inconvénients engendrés. Avec raison. Mais se privent-elles ainsi d’un précieux soutien qui leur redonnerait leur qualité de vie? La seule chose qui est claire, c’est que les spécialistes ne s’entendent pas.

L’historique du traitement hormonal de remplacement est marqué par des virages à 180 degrés qui suscitent une perplexité légitime. Durant les années 1970 et 1980, le recours à l’hormonothérapie pour alléger les bouffées de chaleur, mais aussi prévenir certaines maladies chroniques, notamment l’ostéoporose, était courant, voire banal. Des millions de femmes, ici et ailleurs, prenaient de l’estrogène, accompagné ou non de progestérone.

Puis, par une chaude journée de juillet 2002, la bombe éclate. Menée sous l’égide des National Institutes of Health, l’étude américaine Women’s Health Initiative (WHI) rapporte que les femmes qui prennent des hormones courent un plus grand risque de développer un cancer du sein et des maladies cardiovasculaires. La responsable : la progestérone synthétique — comme le Provera — utilisée dans la plupart des hormonothérapies de remplacement. C’est la panique. Du jour au lendemain, un grand nombre de femmes cessent tout traitement hormonal.

« Avant cette panique, presque toutes les femmes prenaient des hormones. Ça n’avait pas de sens. Mais aujourd’hui, on leur fait peur et ce n’est guère mieux. La détresse des femmes est réelle. »

— Dre Michèle Moreau, directrice de la clinique sur la ménopause au CHUM

Selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOCG), 60 % des femmes ressentent des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes à l’approche de la ménopause. Pour 15 % d’entre elles, les malaises s’étaleront sur plus de 15 ans! Pour les autres, sur 7 ans. La SOCG évalue que prendre des hormones durant moins de cinq ans est inoffensif. Et elle juge que les résultats de l’étude WHI sont faussés parce qu’une majorité des participantes étaient ménopausées depuis 15 ans et que 70 % avaient plus de 60 ans. La Société canadienne du cancer n’est pas de cet avis. Elle recommande plutôt d’éviter les hormones, sauf dans le cas de symptômes graves. Elle met aussi les femmes en garde contre la corrélation entre prise d’hormones et cancer du sein.

La directrice du RQASF, elle, dénonce vertement l’approche biomédicale faisant de la ménopause une maladie à traiter. « La ménopause incarne la sagesse du corps et la fin d’un cycle qui a débuté avec la puberté. C’est naturel. Ce n’est pas une maladie », rappelle Mme Assayag. Elle s’interroge sur les effets à long terme de la prise d’hormones. À son avis, il faut en limiter l’usage le plus possible.

Qui a raison, qui a tort? Au milieu de ce brouillard, les plus sceptiques peuvent se tourner vers d’autres options pour soulager leurs symptômes.

Traitements en douceur

Depuis une quinzaine d’années, la palette des hormones s’est élargie avec les hormones bio-identiques. Au Québec, la plus grande partisane de ce type d’hormones est sans conteste la Dre Sylvie Demers, auteure du respecté Hormones au féminin. Repensez votre santé (Éd. de l’Homme, 2008).

Médecin et biologiste, la Dre Demers y fait l’apologie de la prise d’hormones bio-identiques : l’estradiol-17ß (par voie transdermique) et le Prometrium (un progestatif en capsules). Produites en laboratoire à partir de précurseurs d’hormones extraites de soya et d’igna me sauvage, elles ont une structure moléculaire qui correspond à ce que l’on trouve dans le corps. Elles sont donc identiques aux hormones que produisent les ovaires. Selon ce qu’on peut lire dans l’ouvrage de la Dre Demers, elles ont « des bienfaits inestimables pour le bien-être, la santé et même la longévité des femmes. Ces hormones sont essentielles, entre autres, à une bonne santé des systèmes cardiovasculaire (coeur et artères), nerveux (cerveau et nerfs), endocrinien et osseux. Par exemple, […] l’ostéoporose ménopausique, de loin la principale cause d’ostéoporose chez les femmes, est causée par le déficit en hormones féminines, et non, comme plusieurs le croient, par un déficit alimentaire en calcium ou par une déficience en vitamine D ».

Le hic? Ces hormones ne sont pas remboursées par le régime public d’assurancemédicaments, car elles sont plus chères et sont considérées comme des médicaments d’exception. Le régime les rembourse seulement pour les femmes intolérantes à la prise d’hormones par voie orale ou pour qui la voie transdermique s’avère préférable en raison d’une condition médicale particulière. Une pétition a été déposée qu’une couverture adéquate soit offerte à toutes les femmes. Selon la Dre Demers, ces hormones finiraient par être remboursées si plus d’information circulait à propos de leurs bienfaits.

Mia Lundin, infirmière américaine agréée et praticienne, recommande elle aussi le recours aux hormones bioidentiques, comme en témoigne ce passage de son livre Aux femmes qui ont l’impression de devenir folles (Éd. de l’Homme, 2011) : « Bien que la popularité des hormones bio-identiques soit assez récente, j’en prescris depuis près de 20 ans, en association avec des thérapies nutritionnelles et des modifications du style de vie. »

L’ouvrage de Mme Lundin s’attarde à expliquer la fluctuation des hormones féminines pour outiller les femmes afin qu’elles puissent comprendre la chimie de leur cerveau et faire des choix éclairés à l’égard de leur santé et de leur bien-être. La méthode? Observer ses émotions et ses humeurs pendant plusieurs semaines pour en tirer des conclusions sur la variation de ses hormones. Convaincue que les hormones féminines modifient la chimie du cerveau et que ces changements déterminent l’état émotionnel et l’humeur, l’auteure recommande de prendre des hormones bio-identiques pour rééquilibrer minimalement ses hormones, le tout conjugué à une série de conseils nutritionnels, dont la prise d’acides aminés et une alimentation protéinée.

Le livre porte peu d’attention à l’incidence des conditions sociales, psychologiques et économiques sur la santé des femmes, hormis qu’il incite à diminuer ses sources de stress, ce dernier influençant la production des neurotransmetteurs — qui varient également au rythme des changements hormonaux.

Pour apaiser les effets désagréables de la variation hormonale, d’autres se tournent vers l’acupuncture ou le yoga. Christine Bouchard, qui tient une clinique d’acupuncture à Sorel-Tracy, propose un « rebalancement hormonal » aux femmes désemparées qui frappent à sa porte. L’objectif : stimuler les glandes. Si le traitement fonctionne pour certaines, elle admet qu’il est insuffisant pour d’autres, notamment « pour calmer la petite angoisse sans fondement qui vous suit partout ».

Le yoga hormonal thérapeutique s’avère une autre voie digne d’intérêt. Les exercices et les postures qui y sont proposés stimulent eux aussi la production hormonale. La sécheresse vaginale, les troubles du sommeil et l’irritabilité sont les désagréments qui disparaissent le plus rapidement, avec une pratique de trois ou quatre fois par semaine. La professeure de yoga Éliette Aubin prend soin de souligner que l’étape de la ménopause appelle un mode de vie sain : alimentation équilibrée, exercice physique et réduction des excitants que sont le café, la cigarette et l’alcool. Bref, le temps des excès est révolu!

Toutes les personnes à qui nous avons parlé nous l’ont dit et redit : à l’arrivée de la ménopause, le corps réagit autrement et on n’a pas d’autre choix que de l’écouter. Et pour décoder ce qu’il nous raconte, il faut se renseigner… même si l’opération n’est pas de tout repos.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Ghislaine Couture

    J’apprécie l’honnêteté des propos de ce texte toutefois à l’arrivée de la ménopause, c’est aussi le départ des enfants pré-adultes,souvent un changement de carrière et d’autres petits bobos que nous présentent la vie au quotidien.

    Pas toujours facile de décoder entre la ménopause et une maladie chronique ou une autre maladie qui fait son apparition durant cette période de vie. Même si on se renseigne, que l’on fasse du yoga, de la méditation ou une introspection sur sa vie; on finit toujours socialement par nous proposer une camusole chimique pour t’aider à mieux t’écouter!

    Cette réalité semble bien simpliste mais la ménopause n’arrive pas avec un livre personnalisé sur l’art de s’écouter. Pour beaucoup de femmes qui ont grandi dans la résilience, cette réalité frappe encore plus difficilement quand nous avons du nous battre pour être reconnu comme des femmes à part entière dans cette société.♥

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